Convergence, déontologie, éthique et Twitter ont été les mots marquants de notre couverture de l'actualité médiatique en 2010. Quels seront ceux qui marqueront la prochaine année? Pour le savoir, nous avons consulté la boule de cristal du journaliste et analyste médias Craig Silverman. À l'emploi du PBS MediaShift et de Idea Lab, il est aussi derrière le réseau hyperlocal OpenFile qui s'installera à Montréal dans les prochains mois. Pour 2011, il mise notamment sur les termes iPad, journalisme de données et hyperlocal.

Convergence, déontologie, éthique et Twitter ont été les mots marquants de notre couverture de l'actualité médiatique en 2010. Quels seront ceux qui marqueront la prochaine année? Pour le savoir, nous avons consulté la boule de cristal du journaliste et analyste médias Craig Silverman.

À l'emploi du PBS MediaShift et de Idea Lab, il est aussi derrière le réseau hyperlocal OpenFile qui s'installera à Montréal dans les prochains mois. Pour 2011, il mise notamment sur les termes iPad, journalisme de données et hyperlocal.

La course aux applications iPad

Annoncée en janvier par le patron d'Apple, Steve Jobs, la tablette multimédia est arrivée sur le marché canadien en mai. Très vite le portail Branchez-vous.com a lancé son application. D'autres médias d'ici, dont The Gazette et Maclean's, ont suivi lentement, mais demeurent minoritaires. Selon Craig Silverman, la donne va changer en 2011. Il s'attend en effet à ce qu'un grand nombre d'éditeurs canadiens de magazines, de journaux et de sites web d'information lancent des applications iPad dans les prochains mois.

Néanmoins, il croit que la plupart des applications qui émergeront en 2011 ne seront pas très avant-gardistes. «Je pense que l'on peut compter sur deux ou trois applications foncièrement innovantes qui présenteront vraiment les contenus d'une manière nouvelle, mais la plupart reproduiront des choses qui existent déjà».

Craig Silverman attribue notamment ce manque d'innovation à la qualité de la formation offerte aux futurs journalistes. Il estime qu'il y a un manque flagrant de journalistes ayant des aptitudes en programmation informatique et en analyse de données au pays. Des qualités qui sont pourtant de plus en plus demandées. «À Toronto, CBC cherche à embaucher plusieurs journalistes de données et producteurs web et ça ne fait que commencer.»

Face à la demande croissante des entreprises de presse, Craig Silverman croit que les universités canadiennes vont être plus agressives d'ici la prochaine rentrée scolaire pour s'adapter à cette nouvelle demande. L'Université King's de Halifax a déjà annoncé la création d'une maîtrise axée sur le journalisme entrepreneurial et le journalisme de données et l'analyste s'attend à ce que d'autres institutions, comme Ryerson à Toronto, lui emboîtent le pas.

Le journalisme de données

Le data journalism ou journalisme de données est selon lui une autre tendance à surveiller pour 2011. «Je pense que nous allons assister à l'émergence d'un nombre important d'expériences en journalisme de données l'année prochaine. Pour le moment, il s'en fait très peu au Canada, mais les conglomérats médiatiques vont mettre plus d'effort là-dedans dans les prochains mois», prévoit Craig Silverman.

Le journalisme de données consiste à exploiter des bases de données pour en extraire de l’information compréhensible par tous. Il implique un traitement de l'information différent et une narration différente. En effet, au lieu de créer un texte, le journaliste de données rapporte une même information en chiffres, en infographie, en cartes et autres dessins.

Craig Silverman estime que les médias d'ici vont être d'autant plus tentés par ce journalisme nouveau genre qu'il est fort probable que les Canadiens soient appelés aux urnes en 2011. «Dans un contexte d'élections fédérales, le journalisme de données offrirait de nouvelles façons de couvrir autant la campagne électorale que ses résultats».

Toujours au plan numérique, il prévoit que Twitter va s'imposer davantage auprès des journalistes politiques dans le cas d'une campagne électorale. D'ailleurs, Radio-Canada a d'ores et déjà annoncé que les réseaux sociaux seront au cœur du travail de ses troupes lors de la prochaine campagne électorale.

De nouveaux joueurs en vue

Si le gouvernement fédéral devait rester conservateur au terme de cette éventuelle campagne électorale 2011, Craig Silverman prévoit qu'il continue son action en faveur d'une plus grande présence de capitaux étrangers dans les entreprises canadiennes de télécommunications et de médias. À l'heure actuelle, pour être admise au pays une entreprise doit être sous contrôle canadien, c'est-à-dire que 80% des membres de son conseil d'administration doivent être Canadiens.

Cependant, le ministre de l'Industrie Tony Clément a plusieurs fois manifesté son désir d'assouplir ses règles dans le secteur des télécommunications et Craig Silverman croit qu'il s'intéressera aux contenus dans la prochaine année. Il pourrait d'ailleurs fort bien être encouragé sur sa lancée par des groupes médiatiques américains. L'analyste s'attend en effet à ce que le site The Huffington Post ainsi que le réseau hyperlocal Patch souhaitent s'étendre de notre côté de la frontière.

L'hyperlocal est d'ailleurs également une tendance à suivre pour 2011, selon lui: «L'hyperlocal n'a pas encore réellement émergé significativement au Canada, mais il faut s'attendre à beaucoup d'action dans ce secteur dans les prochains mois. Il va certainement y avoir beaucoup de projets indépendants sur le modèle d'OpenFile ou de RueMasson.com, mais aussi, je ne serais pas surpris qu'une grande société médiatique, comme Torstar ou Radio-Canada, tente l'expérience».

 

Voir aussi notre bilan 2010 en deux volets:

Convergence: la prise de conscience

2010: année du journalisme en 140 caractères

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