En décembre 2001, les premiers militaires canadiens sont déployés en Afghanistan en réponse aux attentats du 11 septembre. Martin Forgues sert alors dans les Forces canadiennes. Aujourd'hui journaliste, il a porté les galons pendant presque 12 ans. Portrait d'un journaliste au parcours atypique qui a fait la Bosnie et l'Afghanistan en treillis.

En décembre 2001, les premiers militaires canadiens sont déployés en Afghanistan en réponse aux attentats du 11 septembre. Martin Forgues sert alors dans les Forces canadiennes. Aujourd'hui journaliste, il a porté les galons pendant presque 12 ans. Portrait d'un journaliste au parcours atypique qui a fait la Bosnie et l'Afghanistan en treillis.

En 1999, Martin Forgues s'engage au sein du Régiment de Maisonneuve à Montréal à temps partiel, alors qu'il fait son DEC en sciences humaines. Pour lui, l'armée ne devait être qu'un emploi d'étudiant. «Je voulais profiter des subventions offertes par l’armée aux étudiants post-secondaire (50% des frais de scolarité par année) et je trouvais plus intéressant d’aller jouer au soldat que de tourner des galettes de viande ou de vendre des souliers dans une boutique», explique-t-il.

Mais, deux ans plus tard, le voilà assis avec tout son barda dans un avion militaire en partance pour la Bosnie. Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche sous le bras, il s'en va participer à l'opération de maintien de la paix en ex-Yougoslavie sous l'égide de l'ONU et de l'OTAN. Après cette première mission, il devient instructeur à la base de Valcartier. Puis, il est déployé à nouveau, cette fois, en Afghanistan.

«J’ai été surtout attiré par le défi que représentait la difficulté de la formation, la nécessité de dépasser constamment mes propres limites et la camaraderie qui se forme lorsqu’une équipe doit travailler ensemble pour vaincre l’adversité. Je ne mentirai pas, manier toutes ces armes et s’exercer à attaquer une position en débarquant d’un hélicoptère furent toute une expérience!», raconte-t-il.

Sa mission sur les traces de Ben Laden l'a profondément marqué. Martin Forgues y a été témoin de la déshumanisation qu’engendre la guerre. Il y a vécu plus d'une fois le deuil et la frustration devant la mort. «De quoi pomper l’humanité hors de l’âme», dit-il. Il a narré cette aventure sur Canoë où il a tenu un blogue tout au long de son déploiement, un premier flirt avec le journalisme. Pendant ces sept mois, il a également rencontré plusieurs journalistes venus couvrir la mission canadienne en territoire afghan, dont Fabrice de Pierrebourg (tous les deux sur cette photo – archives personnelles de Martin Forgues).

[node:ad]

De retour au pays, il panse ses plaies et fait le point sur sa vie. «L'armée n’a jamais été mon plan de carrière et j’ai senti, à 29 ans, qu’il était temps de tourner la page pendant que c’était encore possible et me diriger vers mon ambition première, le journalisme. J’étais sur le point d’être déployé une seconde fois en Afghanistan, mais le cœur n’y était plus et j’ai senti qu’il serait dangereux pour moi et mon équipe si j’y accomplissais mon travail sans y mettre tout ce que j’ai.»

Il fait donc un trait sur ses galons de sergent, sur une carrière militaire en pleine ascension et sur un salaire confortable pour se lancer tête première dans le journalisme à la pige. Un an et demi plus tard, il collabore aux magazines L’Actualité, Châtelaine, Dernière Heure et Legion et au site Open File. Il aiguise également ses premières armes à l'antenne à CIBL et à la Télévision communautaire Frontenac, Politique publique. En parallèle, il tient un blogue et planche sur la production d’un premier documentaire.

Mais plus d'une décennie dans l'armée, ça marque un homme. Martin Forgues rêve de retourner en zone de guerre, à titre de journaliste cette fois. «L’action et l’adrénaline qu’on retrouve dans l’armée et, par ricochet, dans une zone de guerre me manquent un peu. Mais surtout, la guerre est un des grands drames de l’humanité, une faillite politique et morale qui génère son lot de tragédies qui doivent être racontées, même les plus sombres et les plus macabres.» Il déplore d'ailleurs le peu d'intérêt des médias québécois pour la chose militaire.

«Je sais que le Québec n’est pas très militariste, mais la défense est un poste budgétaire important qui mérite d’être scruté. On parle beaucoup du F-35 ces derniers temps, c’est bien, mais il y a une multitude d’autres sujets à couvrir, un potentiel quasi infini d’histoires de soldats à l’angle un peu plus «human», des missions onusiennes où le Canada est encore présent militairement dans un rôle un peu plus réduit qu’en Afghanistan et j’en passe.»

En attendant d'être à nouveau «déployé», calepin en main cette fois, Martin Forgues a toujours Un dimanche à la piscine à Kigali sous le bras. «J'ai décidé que je voulais être journaliste en découvrant le travail de Gil Courtemanche, au début des années 2000. Je n’ai pas vraiment d’ «idole» dans la vie, mais j’estime que si j’accomplis le tiers de ce que ce monument de l’indignation et d’un journalisme pratiqué tant avec le cœur que la tête a fait, je serai heureux.»

 

ProjetJ a publié deux textes de Martin Forgues en section Idées: J'ai échangé ma visibilité contre tous mes droits et Photos de militaires: la vérité doit être dévoilée sans censure ni vernis