Du dépôt du Rapport Payette, en janvier, à la chasse aux blogueurs du Huffington Post Québec, en décembre, 2011 aura été une année mouvementée pour les journalistes québécois. Autant dire que l'équipe de ProjetJ ne s'est pas ennuyée. Pour conclure 2011, nous vous offrons une rétrospective chronologique des évènements marquants de l'année. En voici la première partie.

Du dépôt du Rapport Payette, en janvier, à la chasse aux blogueurs du Huffington Post Québec, en décembre, 2011 aura été une année mouvementée pour les journalistes québécois. Autant dire que l'équipe de ProjetJ ne s'est pas ennuyée. Pour conclure 2011, nous vous offrons une rétrospective chronologique des évènements marquants de l'année. En voici la première partie.

Janvier

La professeure Dominique Payette présente le rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information. Communément appelé «le Rapport Payette», ce document fait 51 recommandations au gouvernement. En premier lieu, il demande l'adoption d'une loi sur le statut des journalistes professionnels, afin de cibler clairement les bénéficiaires d'une aide publique à l'information. Pour les chercheurs, l'État doit mettre la main à la poche pour soutenir financièrement l'information d'intérêt public, car elle «ne trouve plus de financement bien qu'elle soit le fondement de nos compétences civiques comme citoyens». Ce document va être la clef de voûte d'une vaste réflexion qui occupera le milieu journalistique tout au long de l'année.

Le rédacteur en chef du Trente, Jonathan Trudel, remet sa démission pour protester contre la réduction de la publication du magazine de la FPJQ à trois numéros par an au lieu de dix. Face à un déficit structurel de plus de 20 000 dollars et à une crise des revenus publicitaires, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec plaide ne plus pouvoir maintenir tous ses services intacts. La nouvelle a l'effet d'une bombe auprès des membres de la fédération qui se plaignent qu'elle ne leur ait pas fait part des difficultés du magazine et qu'elle ait pris une décision unilatérale. Pour la fondatrice du Trente, Paule Beaugrand Champagne, la FPJQ a pris une décision «complètement inconséquente».

Février

Alors que le conflit de travail au Journal de Montréal amorce sa troisième année, les parlementaires tentent d'en comprendre les causes et les conséquences dans le cadre des travaux de la Commission de l'économie et du travail. Excluant la convergence de l'agenda, les députés s'astreignent à étudier les dispositions antibriseurs de grève prévues dans le Code du travail,  principalement la notion d' «établissement». Ils accoucheront d'un rapport en novembre qui recommandera la modernisation du Code du travail, afin d'empêcher qu'un employeur ne puisse traverser les piquets de grève grâce au télétravail.

Le printemps arabe bât son plein. C'est «le moment CNN de Al-Jazira». En Égypte, la révolution populaire prend un tournant dramatique pour les journalistes alors que plusieurs sont agressés sur la place Tahrir, dont une équipe de Radio-Canada, ainsi que la journaliste américaine Lara Logan, de CBS. Les partisans du régime Boubarak se livrent littéralement à une chasse aux reporters. Partout au Moyen-Orient, ceux-ci travaillent désormais au péril de leur vie. Plusieurs n'en reviendront pas vivants, dont les photographes de guerre Tim Hetherington et Chris Hondros, tués en Libye en avril.

Mars

C'est le retour au travail au Journal de Montréal après plus deux ans de lock-out. La mort dans l'âme, 64,1% des travailleurs du Journal acceptent, fin février, l'offre patronale qui prévoit la suppression de plus 70% des emplois. Pour le journaliste Yves Chartrand, c'est un «Waterloo syndical». La CSN et le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal sont pointés du doigt pour leur manque de combativité et leur amateurisme au cours du conflit. La controverse aura raison de la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui quittera son poste peu après. Pour sa part, le public est accusé d'avoir appuyé indirectement l'employeur, Quebecor, en continuant de lire le quotidien tout au long du conflit.

ProjetJ et Le Devoir révèlent le même jour que La Presse abandonnera progressivement le papier d'ici trois à cinq ans pour se consacrer au numérique. Le groupe Gesca met en branle son «plan iPad» dans tous ses quotidiens, un plan basé sur un modèle d'affaires entièrement tourné vers le numérique. De nombreux quotidiens canadiens suivront le même chemin tout au long de l'année, dont L'Acadie Nouvelle qui offre désormais un iPad2 version Wi-Fi 16 go à ses abonnés numériques pour 29 dollars par mois pendant 36 mois. Deux quotidiens de Toronto s'apprêteraient également à lancer de telles offres.

Avril

Le paysage médiatique canadien grandit. Quebecor lance Sun News, une chaîne anglophone d'information en continu surnommée la Fox News du Nord. En entrevue à ProjetJ, Luc Lavoie, un des architectes de la chaîne, promet que son équipe se distinguera par son identité irrévérencieuse et populiste, qu'elle bousculera l'ordre établi en misant sur le débat et la nouvelle brute. Huit mois plus tard, elle affiche toutefois des cotes d'écoutes peu convaincantes et fait essentiellement parler d'elle pour ses attaques récurrentes contre le réseau public, CBC.

Le Rapport Payette en main, la FPJQ organise un référendum sur la certification professionnel. 86,8% de ses membres se prononcent en faveur de la création d'un titre professionnel protégé. Pour la fédération, un titre atténuerait «la confusion des genres, et permettrait aux journalistes professionnels de se différencier de la masse de journalistes citoyens, blogueurs et autres communicateurs qui évoluent à la périphérie du journalisme». De plus, il améliorerait «la position des journalistes face aux pressions externes et internes qui interfèrent avec la mission sociale d'informer» et leur permettrait «de revendiquer des droits de façon plus efficace, comme la protection des sources». Déjà, la légitimité de la FPJQ à titre de gardienne du titre est mise en doute.

Mai-Juin-Juillet

Rescapé du lock-out au Journal de Montréal, Rue Frontenac peine à voler de ses propres ailes depuis que ses journalistes ne touchent plus de cotisations syndicales et que les syndicats ne lui achètent plus de publicité. En mai, pour tenter de sauver le site, ses artisans sabordent l'hebdomadaire gratuit six mois après l'avoir lancé et cherchent désespérement un investisseur. L'homme d'affaires Marcel Boisvert, directeur général d'Estrieplus.com, sauve le site de la faillite, mais échoue à gagner la confiance de ses journalistes. Tous quittent le navire en juillet. Refusant de retourner au Journal de Montréal, certains sont repêchés par d'autres médias, mais plusieurs quittent la profession.

(ajout post-publication 29/12/11) Outre-frontières, le journalisme britannique est secoué par le scandale des écoutes illégales. Au coeur de la tempête, la tabloïd News of the World cesse de paraître en juillet. Fleuron de l'empire News Corp. de Rupert Murdoch, il est accusé d'avoir espionné les boîtes vocales de quelque 4000 personnes, dont celles de victimes des attentats de Londres de 2005 et de proches de soldats morts en Afghanistan et en Irak. L'affaire éclabousse tout l'empire Murdoch, ainsi que Scotland Yard et le gouvernement Cameron. Ailleurs dans le monde, les projecteurs se tournent vers toutes les publications de News Corp. et l'éthique des empires de presse est questionnée jusqu'au Québec.

 

Revenez-nous demain pour la seconde partie de cette rétrospective!

 

 

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