«L'opinion nuit au journalisme. Il y a presque plus de commentateurs que d'acteurs de la grève étudiante!», dénonçait hier soir le professeur Thierry Watine de l'Université Laval. Comme lui, de nombreux chercheurs et personnalités de l'industrie réunis hier soir pour souligner le vingtième anniversaire du Centre d'étude sur les médias (CEM), ont souligné que la crise sociale en cours au Québec révèle avec violence les dangers de la confusion des genres et de la place grandissante que l'on accorde au commentaire aux dépens du journalisme objectif, indépendant et rigoureux.

Voir aussi: GGI – Les manifestants s'en prennent aux médias

«L'opinion nuit au journalisme. Il y a presque plus de commentateurs que d'acteurs de la grève étudiante!», dénonçait hier soir le professeur Thierry Watine de l'Université Laval. Comme lui, de nombreux chercheurs et personnalités de l'industrie, réunis hier soir pour souligner le vingtième anniversaire du Centre d'étude sur les médias (CEM), ont souligné que la crise sociale en cours au Québec révèle avec violence les dangers de la confusion des genres et de la place grandissante que l'on accorde au commentaire aux dépens du journalisme objectif, indépendant et rigoureux.

L'ex-vice-président des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, s'est notamment inquiété de la différence de moins en moins marquée entre l'information et l'éditorial. Cette confusion engendre une méfiance du public à l'égard des médias qui s'exprime avec violence depuis plusieurs semaines dans les rues de Montréal où des manifestants s'en prennent directement aux journalistes.

En plus des policiers qui ne parviennent pas toujours à différencier les professionnels de l'information des militants, les reporters essuient quotidiennement des insultes, parfois même, des projectiles. Ils font face à des manifestants qui refusent de leur parler, les empêchent de filmer, de prendre des photos ou d'enregistrer du son, et endommagent leur matériel. Hier soir, un manifestant a par exemple coupé le fil du casque d'écoute du reporter Akli Aït Abdallah de la radio de Radio-Canada. (Photo prise par notre collaborateur Jean-Hugues Roy)

Pour le professeur Normand Landry, spécialiste des questions de liberté d'expression et enseignant-chercheur à la Téluq, «le virage des journaux quotidiens vers un modèle beaucoup plus magazine, où on donne un espace considérable à des chroniqueurs vedettes, crée une confusion chez beaucoup de gens». «Ils associent les journaux, non plus à des plateformes d'information, mais à des organes de propagande, surtout quand un média à une ligne éditoriale très claire sur un enjeu controversé.»

«Quand on donne deux ou trois pages à des chroniqueurs qui martèlent les mêmes arguments et que de l'autre côté on a des journalistes extrêmement compétents qui font un travail de terrain fabuleux, mais auxquels on donne un espace plus limité, moins intéressant dans le journal, ça n'aide pas à changer la perception du public, explique-t-il. C'est difficile dans ce contexte de leur montrer que le journal n'est pas là pour prendre part au conflit et l'orienter, mais pour les aider à le comprendre.»

Mais, plus fondamentalement, le chercheur estime que la vocation commerciale des entreprises de presse interfère avec leur rôle d'information. «C'est beaucoup plus payant d'avoir quelques chroniqueurs vedettes qui assurent un grand lectorat qu'une armée de journalistes qui font un travail d'analyse objectif sur le terrain», note-t-il. «Je pense qu'il y a du grand journalisme qui se fait au Québec en ce moment, y compris sur la crise. Le problème ne vient pas des journalistes, il vient des institutions médiatiques. Des institutions qui ont la propension à vendre de la copie plus qu'à faire de l'information.»

Pour M.Landry, la plus récente édition du magazine Maclean's est le meilleur exemple d'une dérive et d'un mélange des genres qui nuit au journalisme. Il estime que ce type de couverture n'aide pas le lecteur à se faire une idée objective de la nature et de la complexité des enjeux. «C'est une Une qui n'informe pas, c'est une Une qui est construite de manière à choquer et à vendre de la copie», dénonce-t-il. Le Devoir fait une descrition critique du numéro en question du magazine anglophone.

Dans le même esprit, Alain Saulnier, l'ex-directeur général de l'information de Radio-Canada, également présent hier soir à l'invitation du CEM, déplore que la couleur politique et les intérêts commerciaux des entreprises de presse teintent le travail journalistique. «Si les gens ne voient que la couleur de l'entreprise pour laquelle un journaliste travaille à travers ses écrits ou ses reportages, ils vont se méfier», a-t-il déclaré au Magazine du Conseil de presse.

En ce sens, il s'inquiète de l'impact de la convergence horizontale sur l'indépendance journalistique: «Si votre employeur est aussi bien propriétaire d'un média, d'un câblodistributeur, d'une entreprise de satellite et que, en plus de ça, il est propriétaire de multiples entreprises qui ne sont pas juste reliées aux médias, de quelle manière on va pouvoir permettre aux journalistes d'être indépendants sur tous ces sujets qui s'offrent à lui?»

L'entrevue avec Alain Saulnier réalisée par Julien Acosta du Magazine du Conseil de presse:

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