La Presse s’est tourné vers des programmes universitaires francophones hors de journalisme pour s’attaquer au problème de la diversité au sein du journal.

Une photo de bureau est généralement un gage de fierté, mais de la gêne entourait aussi celle-ci.

En décembre 2016 La Presse a publié un portrait de l’organisation. L’absence quasi totale de visages non-blancs parmi les quelques 250 employés contrastait avec les positions multiculturelles du journal.

« Les gens [sur les réseaux sociaux] nous mettaient en face dans notre contradiction », dit Sébastien Rodrigue, directeur responsable des plateformes web et mobile.

A group shot of the La Presse newsroom published in December 2016. Une photo de groupe de la salle de rédaction de La Presse publiée en décembre 2016. Screenshot by J-Source.

C’est ce qui l’a poussé à organiser un stage de quatre semaines destiné aux reporters de minorités culturelles.

Eric Trottier, vice-président à l’information et éditeur adjoint, dit que La Presse a été sensible à la question de l’inclusion depuis longtemps.

« À La Presse, c’est généralement moitié femmes-moitié hommes en général, donc on a une bonne parité, même à la direction », ajoute Rodrigue.

Mais les questions reliées aux minorités culturelles ont été plus ardus à améliorer, ne serait-ce qu’au plan des reportages.

« On leur a mit sous le nez [des groupes de reporters] le fait que dans plein de reportages tu as interviewé 10 personnes, et elles étaient toutes des blancs francophones et on leur a dit ça ne correspond pas avec notre société d’aujourd’hui », dit Trottier.

Il y avait aussi la question des programmes universitaires en journalisme. Dans les années passées, les stages accueillant des candidats de tout origines confondus n’avaient attiré que très peu de minorités visibles. Les étudiants anglophones échouaient au test de français soumis par le journal tandis que les universités francophones offraient peu d’élèves de minorités visibles.

Le journal a alors décidé d’élargir son champ de recherche pour ce stage.

« Ce n’est pas comme être en médecine. Si tu es un médecin, tu es obligé d’avoir fait des études en médecine pour réussir. En journalisme, si tu es curieux, si tu es autonome, on va prendre cette personne-là », dit Alexandre Pratt, directeur principal de l’information chez La Presse.

Jeiel Onel Mézil, un des quatre stagiaires sélectionnés, venait de terminer ses études en finances au HEC Montréal quand il a débuté son stage en juillet. Il n’avait aucune expérience dans une salle de nouvelles ou même dans une salle de classe en journalisme. Être reporter était plutôt un but latent.

« C’est un métier qui a toujours rejoint mes intérêts. J’ai toujours su que je ferai un jour ou l’autre du journalisme dans ma vie ».

Mézil et Marissa Groguhé, une autre stagiaire, se sont démarqués à un point tel que La Presse leur a offert un poste jusqu’à la fin de 2017.

« Ils font partie de nos pages unes régulièrement. Ils contribuent vraiment à ce qu’on fait de meilleur », dit Trottier.

The four interns selected by La Presse in 2017. Les quatre stagiaires sélectionnés par La Presse en 2017. Screenshot by J-Source.

Mais ce mois a aussi présenté son lot de difficulté. Lela Savic se rappelle qu’apprendre à écrire rapidement lui demandait souvent de rester au bureau pendant quelques 12 heures. Quant à Mézil, « rédiger un lead qui punch très bien, c’est quelque chose qui n’est pas facile à apprendre ».

Pour Trottier, ces expériences font partie du but premier du stage, qu’il considère comme « un énorme succès ». 

« C’est clair qu’on va vouloir le refaire. On a peut-être trouvé une formule pour amener davantage de minorités dans la salle, ce qu’on n’arrivait pas à faire de façon naturelle dans le passé ».

Même s’il souhaitait « intrinsèquement » trouver des « perles rares » le stage recherchait premièrement à former des individus qui pourraient évoluer sur le marché, soit à La Presse ou ailleurs.   

Certaines des stagiaires conservent des souvenirs mémorables des conditions de leur expérience. Pour Rita Boghokian, diplômée en journalisme, même si ses collègues l’ont encouragé à utiliser ses contacts provenant de communautés culturelles pour des reportages, elle retient que le journal la considérait comme une journaliste à part entière. Ceci lui a permis d’écrire des articles sur une panoplie de sujets qui l’intéressaient.

« Ce n’était pas parce qu’on était des minorités qu’on couvrait des sujets de minorités ».

C’est cet esprit d’ouverture que Savic a noté chez ses collègues qui fait qu’elle aurait aimé que son séjour dure plus longtemps. L’expérience lui a aidé de passer d’étudiante à journaliste.

« Je repars de là avec une grande valise. J’ai appris que j’ai de très bonne capacités en entrevue. Que je suis de capable d’aller chercher les gens en entrevue. Ça m’a donné confiance en mes capacités de journaliste ».

Cette histoire a été financée par la campagne J-Source Patreon.