Lise Millette |

Récemment je me suis retrouvée à l’Assemblée nationale avec le mandat de produire un reportage radio, un texte pour le site Internet, des photos pour accompagner l’article et une captation vidéo pour une nouvelle plateforme que nous venons à peine de mettre sur pied. La totale quoi!

Évidemment, j’étais libre d’accepter ou non le mandat, mais – avouons-le – l’idée de jouer à l’omnisciente l’espace d’un moment revêtait un certain attrait et la perspective, appelons-la sociologique, de porter jusqu’à son extrême le concept du multi plateforme tout autant. Sauf que, à vouloir tout faire, on ne peut pas tout faire bien ou si on y parvient, le vivre frôle la démesure.


Lise Millette |

Récemment je me suis retrouvée à l’Assemblée nationale avec le mandat de produire un reportage radio, un texte pour le site Internet, des photos pour accompagner l’article et une captation vidéo pour une nouvelle plateforme que nous venons à peine de mettre sur pied. La totale quoi!

Évidemment, j’étais libre d’accepter ou non le mandat, mais – avouons-le – l’idée de jouer à l’omnisciente l’espace d’un moment revêtait un certain attrait et la perspective, appelons-la sociologique, de porter jusqu’à son extrême le concept du multi plateforme tout autant. Sauf que, à vouloir tout faire, on ne peut pas tout faire bien ou si on y parvient, le vivre frôle la démesure.

Sur le terrain, je n’étais pas la seule à m’interroger sur les limites du concept du journaliste orchestre. Un autre collègue, cette fois pour la Presse canadienne, pestait contre le fait de devoir prendre des photos en plus de réaliser sa couverture régulière.

Cela dit, plus les obligations augmentent, plus le temps à consacrer à la sympathie professionnelle diminue. Rapidement, j’ai franchi les limites du raisonnable pour basculer dans le ridicule le plus complet! La valise de la caméra au bras, le trépied en bandoulière sur une épaule et sur l’autre le sac transportant l’appareil numérique pour la captation audio, sans oublier l’appareil photo quelque part sur une partie sous sollicitée de mon corps : l’expression crouler sous les responsabilités prenait tout son sens et pour la discrétion, on repassera. Et bien sûr, exit le sac à main.

Les premiers discours m’ont permis de réaliser que la tâche dépassait largement la prémisse trépidante initiale. Après un premier panorama latéral de la salle, il me fallait prendre une pause pour marquer un changement de piste sur le magnéto avant de revenir prendre quelques clichés pour ensuite effectuer un nouveau zoom sur une personnalité qui s’avançait au micro. Le tout en espérant qu’elle tienne la pause suffisamment longtemps pour une seconde capture photographique.

Outre la mécanique qui prenait des airs d’une nouvelle figure de gymnase, le loufoque de l’expérience me donne à réfléchir : qu’est-ce que les médias ont vraiment à gagner avec ce multi plateforme sauvage se résumant à demander à une seule et même personne de tout faire? Forcément, on ne rédige pas pour l’écrit comme pour la radio et transposer bêtement le tout en images demeure tout aussi réducteur que vain.

À vouloir éviter de se faire damer le pion par le web et à prétendre pouvoir tout offrir, on se retrouve projeté à corps défendant dans une logique d’intégration de toutes les formes. Mais pour quel résultat en définitive? Bien sûr les impératifs financiers commandent de faire autrement, mais est-ce vraiment ce que l’on nous propose en combinant simplement tout ce qui se fait, sans véritable innovation? Le cumul de fonctions n’est pas une révolution, loin s’en faut!

Reste que ce produit que l’on veut vendre devient en fait une mosaïque éclatée et morcelée. Non seulement la réalisation en est épuisante pour ceux qui ont à nourrir la bête, mais en bout de ligne, on remplace les spécificités de chacun des médias par une diversité de l’offre qui a perdu de vue son essence fondamentale : bien faire pour bien rendre.

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