Six jours après la sortie du premier article de La Presse au sujet de la gestion des fonds publics au cabinet de l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, le Conseil de presse du Québec confirme avoir reçu quatre plaintes contre le quotidien de la rue Saint-Jacques. Les plaignants reprochent au journal d'avoir rapporté des informations inexactes, incomplètes et partiales.

Six jours après la sortie du premier article de La Presse au sujet de la gestion des fonds publics au cabinet de l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, le Conseil de presse du Québec confirme avoir reçu quatre plaintes contre le quotidien de la rue Saint-Jacques. Les plaignants reprochent au journal d'avoir rapporté des informations inexactes, incomplètes et partiales.

Joint hier avant l'afflux de plaintes, le secrétaire général du Conseil de presse, Guy Amyot confiait que des plaintes au sujet du traitement de l'affaire Duceppe seraient «parfaitement recevables». Il estime que la couverture de La Presse est «éminemment d'intérêt public», car il s'agit de la gestion des fonds publics. Néanmoins, souligne-t-il, «un traitement équitable doit être fait». Selon lui, une question essentielle se pose: «est-ce que La Presse a fauté en ne mentionnant pas le règlement régissant les finances des chefs de partis?».

Pour la rédactrice en chef du Devoir, Josée Boileau, il est clair qu'il fallait énoncer la règle, comme l'ont fait son journal et l'émission 24 heures en 60 minutes de RDI. Dans un texte publié hier, sur ProjetJ, elle explique que dans la course effrénée aux scoops, «on en oublie parfois ce réflexe de base: vé-ri-fier», mais «vu l’ampleur de l’histoire, cela s’imposait d’autant plus».

En omettant d'énoncer la règle, La Presse a laissé croire que la pratique rapportée était interdite par la Chambre des communes, elle a donc «trompé la population», estime l'ex-député bloquiste Thierry St-Cyr. «Cette fausse information a généré un débat basé sur une prémisse fausse», écrit-il dans sa lettre de plainte adressée à La Presse et publiée mardi sur Facebook.

«Des interprétations différentes des règles»

Face à la controverse, l'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte saute dans la mêlée pour défendre ses troupes. «Les informations qu'on a publiées sont confirmées et appuyées par un grand nombre de sources, c'est une enquête journalistique qui a été faite selon les règles», souligne-t-il à ProjetJ.

Pour lui, la différence de couverture entre Le Devoir et La Presse relève d'une question d'interprétation des règles de la Chambre des communes régissant l'utilisation des fonds versés aux élus. «Si on juge la pratique autorisée par M. Duceppe sur la base des précédents et du standard éthique que le chef du Bloc imposait à ses adversaires, il ne fait pas de doute qu'il a commis une faute», note-t-il dans son éditorial du jour.

«Si c'est une question d'interprétation, c'est encore pire que de la négligence!», s'insurge Thierry St-Cyr, qui envisage lui-aussi de déposer une plainte au Conseil de presse. Selon lui, s'il s'agit d'un problème d'interprétation, La Presse aurait dû, dès le départ, comme Le Devoir, indiquer que les règlements étaient flous et sujets à interprétation, ce qu'elle n'a pas fait. Pour lui, «au-delà du débat sur la gestion des fonds publics, il y a un problème fondamental de journalisme: comment un quotidien peut-il publier, en une, une information que le simple citoyen peut corriger après quelques minutes de recherche en ligne?».

«Des pratiques qui desservent le journalisme»

Pour sa part, l'ancienne conseillère au cabinet de Gilles Duceppe, Marie-France Charbonneau, jointe par ProjetJ, dénonce des pratiques journalistiques qui «desservent le journalisme, l'intérêt public et la Politique». Directement visée par la couverture de La Presse, puisque son salaire a été payé à même le budget accordé au Bloc par la Chambre des communes, elle est d'avis que les journalistes de La Presse «ont usé du pouvoir des médias sur le dos d'individus pour servir leur propos». Elle leur reproche de ne pas l'avoir contactée dès le début pour lui permettre de faire valoir sa version des faits.

Les journalistes de La Presse l'ont jointe lundi, deux jours après la publication du premier texte en une et alors qu'elle avait déjà envoyé une lettre de plainte, explique-t-elle. Sa version des faits a été rapportée dans un article daté de mardi. Néanmoins, loin de l'absoudre de tout doute, celui-ci la pointe davantage du doigt. «En rajouter une couche dans le journal à mon sujet, dans d'autres milieux on appellerait ça de l'intimidation», juge Mme Charbonneau qui confie que sans ce nouvel article, elle aurait renoncé à déposer une plainte au CPQ. Guy Amyot s'interroge: «Lorsqu'on écrit un texte si controversé (celui de samedi), ne doit-on pas, par souci d'équilibre et d'équité, y inclure la réaction des personnes visées?».

Les journalistes Joël-Denis Bellavance et Hugo de Grandpré, auteurs de l'enquête, répondent à Mme Charbonneau directement au bas de sa réplique publiée hier dans La Presse: «Vous avez bien sûr votre version des faits, mais les informations dont nous avons fait état dans l'article ont été validées par quatre sources au sein du parti. Nous avons aussi consulté votre conjoint et ex-patron, François Leblanc. Ses propos ont été largement rapportés dans notre reportage. Le style de gestion adopté par l'administration de Gilles Duceppe a suscité un vif mécontentement au sein du Bloc Québécois. L'histoire que nous avons rapportée, et qui vous concerne, illustre concrètement cette grogne.»

 

Voir aussi:

Affaire Duceppe: La Presse critiquée

L'Affaire Duceppe: d'abord du journalisme

 

 

[node:ad]