Il y a une semaine, l'animateur de Paquet Voleur, Joël Legendre, trônait en page deux du Journal de Montréal non pas parce qu'il venait de remporter un trophée Artis, mais parce qu'il poursuit au civil son ancien agent, Luc Myre. Le hic, c'est que le texte intitulé «Rupture difficile pour Joël Legendre»révèle l'homosexualité de l'animateur sans son consentement.

Il y a une semaine, l'animateur de Paquet Voleur, Joël Legendre, trônait en page deux du Journal de Montréal non pas parce qu'il venait de remporter un trophée Artis, mais parce qu'il poursuit au civil son ancien agent, Luc Myre. Le hic, c'est que le texte intitulé «Rupture difficile pour Joël Legendre» révèle l'homosexualité de l'animateur sans son consentement.

L'article de Marc Pigeon a aussitôt soulevé un véritable tollé dans le milieu artistique et médiatique, plusieurs personnalités l'ayant vertement critiqué. «C'est dégueulasse», s'est indignée l'animatrice Véronique Cloutier sur Twitter, tandis que l'humoriste Alex Perron se questionnait sur les capacités du journaliste à distinguer l'intérêt public de l'intérêt privé.

Une pratique courante

La direction du quotidien s'est pour sa part défendue en soulignant que «depuis toujours, les médias publient les déboires des vedettes de tous genres exposés devant les tribunaux». «Plus une personnalité est publique, plus ses démêlés judiciaires sont d'intérêt pour le public qui la suit, l'admire et, bref, lui permet de vivre de sa popularité», écrit le journal.

Marc Pigeon a quant à lui expliqué n'avoir fait que son métier: «mon travail, c'est de rapporter ce qui se passe devant les tribunaux, se défend-il. Je suis tombé sur ces deux requêtes [qui sont publiques] et je m'en suis tenu à ce qu'il y avait dans ces procédures», a-t-il confié à Yahoo. (Marc Pigeon n'a pas rappelé ProjetJ)

Même son de cloche du côté du journaliste de La Presse et ancien du Journal de Montréal, Patrick Lagacé, qui s'est porté à la défense de son confrère sur son blogue. «Les faits sont publics. Le journaliste a fait son job: il a rapporté ce qui se trouvait dans la poursuite. Les médias font ça. Et pas juste le JdeM

Pour la journaliste Isabelle Richer, qui couvre les affaires judiciaires pour Radio-Canada, éplucher les requêtes au quotidien fait certes partie du travail des journalistes affectés aux instances judiciaires et quand une personnalité publique est en cause il y a de fortes chances que l'affaire fasse la manchette. Michèle Richard a par exemple fait couler beaucoup d'encre l'année dernière alors qu'elle était poursuivie pour conduite avec facultés affaiblies.

Intérêt public ou curiosité publique

Dans le cas Michèle Richard, il s'agissait d'une poursuite au criminel, ce pour quoi il était justifié de couvrir l'affaire, croit Isabelle Richer: «Si Joël Legendre avait été accusé de voies de fait contre son ex-conjoint, par exemple, il aurait été justifié d'en parler». Mais, elle insiste: «ce qui doit motiver une couverture journalistique c'est avant tout l'intérêt public». Or, pour elle, le cas Joël Legendre n'est clairement pas d'intérêt public.

C'est aussi le point de vue qu'a émis le journaliste de La Presse, André Noël, à l'émission Tout le monde en parle dimanche, mais aussi l'animateur de TVA, Denis Lévesque. Après avoir consacré une portion de son émission à ce dossier, lundi, il a déclaré qu'il n'aurait lui-même pas sorti la nouvelle. Ce, bien qu'il appartienne au même conglomérat que Marc Pigeon, Quebecor.

À ce chapitre, le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec indique que les médias doivent privilégier le droit à l'information aux dépens du droit à la vie privée d'une personnalité publique «lorsque les faits privés se déroulent sur la place publique». Néanmoins, le guide laisse aux journalistes le soin de délimiter ce qui relève de l'intérêt public plutôt que de la «simple curiosité publique».

Qu'est-ce que l'intérêt public?

Entre les deux, l'élastique est souple. «Dans une société pluraliste, on ne s'entend généralement pas sur une définition de l'intérêt public, car c'est une notion qui renvoie à des valeurs fondamentales, comme la conception du bien et du mal», explique le professeur Pierre Trudel, titulaire du Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal. Journalistes et juges marchent donc sur un fil.

D'une part, les tribunaux ont tendance à considérer que la divulgation d'informations privées contre le gré d'une personne n'est pas d'intérêt public, rapporte Pierre Trudel. Mais, d'autre part, la Loi sur la presse prévoit que l'on peut rapporter fidèlement les rapports des séances des tribunaux pourvu qu'elles ne soient pas tenues à huis clos, ajoute-t-il.

(ajout post-publication) Pour sa part, l'ombudsman de Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne, est d'avis que la vie privée de quelqu'un est d'intérêt public lorsqu’elle a «des répercussions sur sa vie publique, devient pertinente au débat sur une question d'intérêt public ou devient un sujet légitime d'intérêt public». Ainsi, il serait justifié de révéler qu'un ministre consomme de la drogue, car cette activité privée pourrait l'exposer au chantage et, de fait, avoir une influence sur sa vie publique, explique-t-elle.

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