Par Nicolas Trottier

Nicolas Trottier est journaliste indépendant depuis quelques mois à Montréal. Après avoir travaillé dans le domaine des communications, Nicolas s’est envolé l’année dernière pour les Vieux Pays, là où il prit la décision de se lancer en journalisme. Pour ce faire, Nicolas a profité de son séjour à Bruxelles pour y étudier le journalisme.  Il nous raconte son expérience.

Deux semaines. C’est le temps dont j’ai disposé pour absorber l’actualité belge et européenne, en devenant un candidat potentiel pour l’Institut de journalisme de Bruxelles (IDJ), situé à Résidence Palace, en plein cœur de Bruxelles. Culture, institutions, politique surréaliste et sport : j’ai dû apprendre vite pour réussir la première épreuve écrite. Une fois cette étape réussie, je suis officiellement devenu étudiant en journalisme à l’Institut.

Véritable fourmilière de l’information, Bruxelles compte quelque 1.200 journalistes accrédités auprès des institutions européennes, dont un bon millier sont étrangers et travaillent pour des médias du monde entier. Les salles de conférence de presse du Résidence ne désemplissent pas. Son resto non plus.

Indélogeable au milieu des nouvelles tours de verre et d’acier qui abritent la bureaucratie européenne à Bruxelles, l’architecture art déco du Résidence Palace a quelque chose de vénérable. Situé à un jet de pierre du siège de la Commission européenne, le bâtiment C du Résidence accueille depuis l’année 2000 un Centre de presse international, les bureaux de l’Association générale des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ).

En marge de la formation traditionnelle

C’est au deuxième étage, quelque part entre l’antenne bruxelloise du Berliner Zeitung et du Corriere Della Serra que l’Institut de journalisme de Bruxelles a pignon sur rue. Fondé en 1922, l’Institut est la plus ancienne école de journalisme de Belgique. Délivrant une vingtaine de diplômes par année, l’IDJ se situe en marge de la formation universitaire traditionnelle.

Le diplôme, n’est pas crédité par la Communauté française de Belgique, l’équivalent du ministère de l’Éducation. Cependant, il est reconnu par l’ensemble de la profession. Depuis sa fondation, l’Institut est sous la responsabilité de l’AGJPB. Ses professeurs, journalistes à temps plein, sont en première ligne pour comprendre les réalités du métier et partagent tous un réel intérêt pour former la relève. À l’instar du réseau des grandes écoles de journalisme, tel que celui que l’on retrouve en France, l’IDJ est la seule école en Belgique qui recrute ses étudiants sur la base d’un concours.

Un accent étranger en classe !

Si la détention d’un diplôme universitaire et l’expérience professionnelle sont considérées, ils ne constituent pas une condition sine qua non pour se faire convoquer à l’épreuve écrite du concours d’entrée. Parfois, la volonté et l’originalité de la démarche suffisent pour se faire remarquer par le jury.

Mes études en histoire, pas plus que mes expériences en communications graphiques, ne me destinaient à être le candidat parfait. Pour cela, il valait mieux être diplômé en droit ou en économie et attaché auprès d’un fonctionnaire européen. Aussitôt que je suis arrivé en Belgique, j’ai postulé à l’IDJ (dont j’ai appris l’existence sur internet). J’ai été rapidement convoqué à la première épreuve écrite.

J’ai dû vite pallier mes carences en information belge. J’avais amplement matière à me mettre sous la dent. Quotidiennement, je lisais Le Soir, La Libre Belgique, La Dernière Heure, L’Écho, Le Monde. Chaque semaine, je passais en revue Le Vif et The Bulletin. Je visitais également les sites institutionnels. Je n’oublie pas de mentionner les discussions de café… C’était, semble-t-il, suffisant pour être invité à l’épreuve orale. Laquelle s’est révélée davantage un test de personnalité qu’une épreuve de connaissances. Finalement, on m’a accordé le privilège d’ajouter un étrange accent à la cuvée 2006-2007 : le mien !

Résultats connus de tous

Début octobre, les cours ont enfin commencé. La session s’est ouverte sur une présentation de Yves Bigot, directeur de la programmation de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF). Bienheureux furent ceux qui prirent des notes, puisque l’on nous demanda de faire un compte-rendu de la présentation pour la semaine suivante. Le ton était donné ! Il fallait en tous lieux, en toutes circonstances, être disposés à rapporter, synthétiser, analyser, bref : informer. La session d’automne reposait essentiellement sur les exercices d’écriture pratiques (l’entrevue, le portrait, le reportage, le billet d’humeur, la conférence de presse, etc.) selon les types de journalisme (correspondant à l’étranger, correspondant européen à Bruxelles, journalisme d’enquête et d’infiltration, presse économique, judiciaire et culturelle).

Afin que les professeurs puissent évaluer les travaux, des cours plus théoriques étaient inclus dans le cursus (déontologie, presse et justice, fonctionnement d’une rédaction, panorama de la presse en Belgique). L’approche pédagogique était souvent sans pitié et très vicieuse, la règle de la confidentialité des résultats en vigueur dans nos universités n’ayant, semble-t-il, pas traversé l’Atlantique.

Sans consigne

Curieusement, on nous demanda un jour de produire un exercice sans avoir reçu préalablement la moindre consigne à part la longueur du papier. Par exemple, nous disposions de quelques jours pour faire le portrait d’une personnalité, n’importe laquelle, en autant qu’elle soit médiatiquement significative. Tout simplement, sans davantage d’explications. Forcément, les résultats étaient parfois catastrophiques. Les professeurs ne se privaient pas de nous massacrer devant tout le groupe lors de la correction en classe. Certains ont vu leur amour propre fondre comme neige au soleil.

Dès le retour des vacances de Noël, les exercices de radio-télévision ont débuté. Encore une fois, la même approche pédagogique : partir en reportage radio sans en connaître les rudiments, réaliser un commentaire sur image sans consigne. Les différents exercices visaient à nous préparer aux épreuves de fin d’année. Il s’agissait de rédiger, d’enregistrer et de présenter l’actualité de la semaine en un journal télévisé ainsi qu’un journal radio d’une vingtaine de minutes. Il faut dire que le corps professoral aura réussi à nous élever en très peu de temps à un très haut niveau de professionnalisme. Du moins, pour la plupart d’entre nous.

Un stage apprécié

À la fin du programme, outre un examen écrit classique sur la matière théorique couverte durant le cours, on nous a demandé de rédiger un mémoire de fin d’études afin de nous faire réfléchir plus librement sur un aspect ou un autre du métier. Nous devions défendre avec vigueur le contenu de ce mémoire lors de l’épreuve orale pour le moins agressive qui venait clore la période des examens à la fin mai. Au terme des épreuves, les étudiants qui n’avaient pas échoué aux évaluations ont intégré la rédaction ou la salle des nouvelles de leur choix pour leur stage de fin d’études.

J’ai choisi, pour ma part, le quotidien La Libre Belgique pour la liberté rédactionnelle (sans mauvais jeu de mot) laissée aux stagiaires. Le risque de voir son papier réécrit de bout en bout était, dit-on, peu probable. Mon expérience acquise au service économique m’a valu, à elle seule, toutes les compétences acquises sur les bancs de l’Institut de journalisme. La vie dans une vraie salle de rédaction, avec de vraies heures de tombée et de vrais sujets à couvrir, c’est quelque chose que l’on n’apprend pas dans les livres.

En dépit de l’enseignement résolument orienté vers la pratique que j’ai reçu à Bruxelles, je dois admettre que c’est en forgeant que je suis devenu forgeron. Et me voilà de retour au Québec où j’ai commencé à exercer mon métier.

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