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Les journalistes sont libres de circuler dans la plupart des palais de justice du pays. Néanmoins, la présence des caméras et de tout matériel d'enregistrement est strictement règlementée, voire interdite. Sourds aux contestations des médias, les juges estiment que ces règles protègent les témoins et les victimes, et assurent que les journalistes ne nuisent pas au bon déroulement des procès. Le public partagerait cet avis, selon une étude publiée dans l'International Journal of Law and Psychiatry.

 

Voir aussi: Juges et journalistes: une relation à construire et Interdiction de filmer dans les tribunaux

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Les journalistes sont libres de circuler dans la plupart des palais de justice du pays. Néanmoins, la présence des caméras et de tout matériel d'enregistrement est strictement règlementée, voire interdite. Sourds aux contestations des médias, les juges estiment que ces règles protègent les témoins et les victimes, et assurent que les journalistes ne nuisent pas au bon déroulement des procès. Le public partagerait cet avis, selon une étude publiée dans l'International Journal of Law and Psychiatry.

Les données présentées dans cette étude sont tirées de la thèse de la psychologue Nina Marie Fusco, déposée 2011 à l'Université de Montréal. Elle a examiné l’opinion du public sur l’imposition de restrictions aux médias dans les palais de justice québécois et l’impact de la couverture médiatique sur la santé mentale des victimes de crime.

La chercheuse a soumis 243 personnes à deux types de questionnaires. Un tiers d'entre elles ont répondu après avoir visionné des images de débordement médiatique dans des tribunaux, un autre tiers a visionné des images calmes et le dernier tiers n'a rien regardé du tout avant de répondre. Ces données ne démontrent pas que la couverture médiatique soit responsable de problèmes de santé mentale chez les victimes. Toutefois, 79% des personnes interrogées ont supporté la restriction des médias dans les palais de justice.

«Il semble que le maintien de l'ordre au sein des tribunaux soit plus important pour ces gens que le droit d'être informé», note une des auteurs de l'étude, la psychologue Nina Marie Fusco, interviewée par le Journal Forum. «Le public estime peut-être qu'une présence incontrôlée des médias dans les palais de justice est nuisible et que le prix à payer pour un accès élargi, c'est-à-dire la production d'effets négatifs sur les personnes impliquées dans les procès, n'est pas justifiable. Ou encore, il trouve qu'une couverture sensationnaliste des affaires judiciaires n'est tout simplement pas défendable, peu importe l'effet produit sur les témoins, victimes, accusés et avocats.»

Mais le professeur Pierre Trudel, du Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, est sceptique. Tout en soulignant qu'un échantillon de moins de 300 participants doit être pris avec des pincettes, il estime que la chercheuse aurait dû aborder le sujet sous un autre angle. Pour savoir véritablement si le public est en accord ou non avec les restrictions imposées aux médias dans les tribunaux, «l'étude aurait dû demander aux gens s'ils s'estiment correctement informés de ce qui se passe devant les tribunaux», croit-il.

«Les gens sont prompts à dénoncer le fonctionnement de la justice; on l'a vu avec les réactions au verdict Turcotte, explique-t-il. Alors il est capital que les membres du public et la presse aient accès à toute l'information disponible sauf celle qui peut clairement nuire au bon déroulement des procès. Ce n'est sûrement pas en cachant les procès qu'on va augmenter la confiance dans le système judiciaire. Avec une justice cachée comme celle que réclament certains, on se retrouve avec des dénonciations de toutes sortes de verdicts qu'on ne parvient pas à expliquer, car on se tient loin des salles d'audience.»

Fervent défenseur de la liberté de presse, M.Trudel fait échos aux arguments des avocats de médias et des associations de journalistes qui estiment que restreindre l'accès de la presse aux tribunaux entrave la liberté de presse et le droit à l'information. Pour eux, il s'agit ni plus ni moins d'une violation de la Charte canadienne des droits et libertés. Cet argumentaire est néanmoins, paradoxalement, peu entendu dans les médias canadiens globalement peu combatifs quant aux enjeux de liberté de presse, soulignait l'éditeur du Toronto Star, Michael Cooke, le mois dernier, lors d'un colloque à Toronto.

Ainsi, le public est peu au fait des règles encadrant la couverture des procès ce qui pourrait teinter ses perceptions. Mme Fusco note d'ailleurs qu'une frange claire de son échantillon n’a pas supporté les restrictions imposées aux médias: celle qui n'a visionné aucune image et qui a été soumise à un questionnaire où les énoncés supportant l’absence des restrictions étaient placés en début de formulaire et non à la fin.

En Ontario, les caméras sont complètement interdites dans l'enceinte des tribunaux, depuis 1974. Les cameramen sont relégués sur le trottoir. Au Québec, depuis 2005, il est interdit de filmer les témoins et les accusés au sortir des salles d'audience ou de les interviewer dans les corridors des palais de justice. Néanmoins, des endroits spécifiquement aménagés sont disponibles pour des entrevues. Plusieurs médias, dont Radio-Canada, La Presse et TVA, ont contesté ces règles jusqu'en Cour Suprême. Mais le plus haut tribunal du pays a statué en janvier 2011 qu'il s'agit de limites acceptables dans la conciliation des droits garantis par la charte et une «saine administration» de la justice.