Depuis l’été 2015, les burundais vivent dans un climat de pénurie d’informations dû à un conflit civil. Des journalistes en exil, armés des téléphones intelligents, essaient de combler le vide

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Josine Kazé prend soin de ne pas se cogner la tête en sortant du placard converti où elle vient d’enregistrer le journal parlé du soir. Elle jette un dernier coup d’oeil au conducteur affiché dans la salle de conférence étroite de la Radio Inzamba. Il est épinglé au mur entre le calendrier des congés et une note de service avec la mention « La Réunion Éditoriale est Sacrée. »  

Parmi les sujets en train d’être traités, on trouve une enquête sur l’impact financier de la nouvelle loi électorale burundaise, des lycéens qui portent plainte après avoir été forcés de faire des contributions électorales, et une pénurie de professionnels de la santé aux camps de réfugiés près de la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, en plus de plusieurs pénuries de carburant et épisodes de banditisme ordinaire. C’est une journée normale, bien que tumultueuse, pour une salle de nouvelles à Bujumbura, Burundi. 

Or, Josine Kaze et ses collègues ne sont pas à Bujumbura (la plus grande ville et le centre économique du Burundi, et jusqu’à récemment sa capitale politique) où plusieurs d’entre eux ont travaillé pendant des années avec les stations de radio privées, jadis réputées pour leur influence et leur professionnalisme. 

Ils sont à environ 300 kilomètres de là, à Kigali, au Rwanda, d’où ils diffusent à partir d’une studio minuscule, construite par leurs techniciens dans un coin de ce qui a jadis été le salon d’une maison privée. La maison, dont le loyer est payé par plusieurs organismes européens de la défense de la liberté d’expression, représente une nette progression par rapport à leur ancien espace de travail, un bureau emprunté du syndicat des journalistes rwandais, où ils ont dû enregistrer des émissions accroupis dans une salle de bain partagée, obligés d’arrêter et de recommencer chaque fois que quelqu’un cognait à la porte. 

Josine Kaze sait que si elle n’envoie pas le fichier audio aux groupes WhatsApp habituels dans les minutes qui suivent, son téléphone se mettra à vibrer sans cesse, avec plusieurs auditeurs qui s’inquiéteront de sa sécurité et d’autres qui auront hâte de savoir les nouvelles du jour. 

Bienvenue au monde de la Radio Inzamba et de l’Association des journalistes burundais en exil. 


Le 25 avril 2015, Pierre Nkurunziza, le président du Burundi, a annoncé son intention de briguer un troisième mandat, en violation de l’accord de paix de 2005 qui a mis fin à une décennie de guerre civile dans le petit pays d’Afrique de l’Est. Les rues de Bujumbura se sont remplies de manifestants et manifestantes; des adolescents se joignaient aux militants de longue date qui auraient pu être leurs grands-parents. 

Une semaine plus tard, quand la Cour constitutionnelle a donné le feu vert à la décision du président, les foules se sont encore agrandies. « On a pensé que pour le régime, c’était la fin, » la poète Ketty Nivyabandi, une des leaders d’un groupe de femmes manifestantes, a dit en 2016.  

Au début des manifestations, Josine Kaze et son rédacteur, Patrick Mitabaro, travaillaient chez Radio Isanganiro, une station de radio privée fondée en 2002 pour succéder à Studio Ijambo, une initiative mise sur pied par Search For Common Ground, un organisme sans but lucratif basé aux États-Unis, dans le cadre d’un projet de consolidation de la paix. Ils ne voyaient aucune raison de ne pas couvrir les manifestations comme n’importe quel autre sujet d’intérêt public. «On travaillait sur tout ce qu’on trouvait, tout ce qu’on voyait, on n’était pas limités,” dit-elle. “On pouvait parler [et] celui qui voulait s’exprimer…pouvait s’exprimer. Il y avait la liberté d’expression dans notre pays — jusqu’au 13 mai, le jour du putsch. »

Patrick Mitabaro anime une émission de radio en direct. Fourni par Patrick Mitabaro

Ce jour-là, le général Godefroid Niyombare, l’ancien chef d’intelligence militaire des Forces armées burundaises, a annoncé que le président venait d’être « destitué. » 

Pendant la nuit du 13 au 14 mai, la Radio Isanganiro, la Radio Publique Africaine (RPA) et deux autres radios privées, Radio Bonesha et Radio Renaissance, ont été attaquées par des militaires et des policiers loyaux au régime Nkurunziza, pendant la répression brutale qui a suivi le coup d’état raté. (Une cinquième radio, REMA FM, favorable au pouvoir, a été prise pour cible par des partisans du général Niyombare.) Grâce à un informant, Patrick Mitabaro savait que Isanganiro allait être ciblée; il avait ordonné à son équipe de tout fermer et de quitter le bâtiment. 

“Nous avons vu venir l’équipe des militaires et l’équipe de la police,”  se rappelle Patrick Mitabaro. « Ils ont tiré sur le matériel et détruit du fond en comble la radio. » Les portes ont été défoncées et des équipements qui valaient des milliers de dollars ont été détruits, dont une table de mixage récemment reçue d’un donateur, une dizaine d’ordinateurs portables neufs et plusieurs ordinateurs de bureau.  

« Par chance, ils n’ont pas touché à l’émetteur, parce qu’ils ne savaient pas ce que c’était…mais nous avons tout de même perdu environ EUR 10,000 [environ $C 14,600, NDLR] d’équipements, » dit Patrick Mitabaro. « Sans compter les Jeeps. » Les intrus ont lacéré les pneus des deux Jeeps, ouvert les bonnets et fusillé les moteurs. Les Jeeps, le seul moyen de déplacement qui permettait à l’équipe de naviguer les routes sinueuses, boueuses et trouées en dehors de Bujumbura, pour joindre la majorité des burundais là où ils vivaient, étaient une perte totale. Mitabaro estime leur valeur à environ $C 30,000.

Chez RPA, la situation était pire. « Nous avons reçu l’artillerie lourde, littéralement, » dit le rédacteur en chef et fondateur de la RPA, le journaliste d’enquête Bob Rugurika. « Ils ont utilisé des roquettes et des poudres incendiaires. Tout ce qui était à l’intérieur à été brûlée; c’est du cendre à l’intérieur. C’est vrai que l’immeuble est toujours là mais je ne pense pas qu’il peut abriter des bureaux; tout est à refaire. » 

Le jour des attentats, Bob Rugurika, qui avait déjà reçu des menaces de mort en lien avec son travail, était déjà sorti du pays depuis plusieurs jours; Patrick Mitabaro, Josine Kaze et des dizaines d’autres allaient bientôt le suivre. Plus de 100 journalistes se sont joints à l’exode des milliers de réfugiés, qui se dirigeaient en masse vers la Tanzanie et le Rwanda voisins. 

Ceux qui avaient les moyens ont pris des vols commerciaux; d’autres ont traversé la frontière sous le couvert de la nuit. Du jour au lendemain, les journalistes, dont plusieurs étaient des personnalités publiques respectées, sont devenus des réfugiés, déracinés et sans emploi. Du même coup, la plupart des Burundais — ceux et celles qui n’avaient pas accès ni à Internet, ni à la télévision et qui ne pouvaient pas lire le seul journal indépendant du pays — ont perdu leurs sources d’information fiable et équilibrée.  

« On a pensé que tout allait se calmer au bout de quelques semaines, pas plus, » dit Alexandre Niyungeko, l’ancien président de l’Union burundaise des journalistes et un contributeur à la Radio Inzamba, arrivé à Kigali avec sa femme, Francine Kanyange, journaliste chez Isanganiro. « Quand on a commencé à regarder des écoles pour les enfants, on pensait qu’ils allaient être ici pour un trimestre, maximum, et on allait rentrer. » 

Alexandre Niyungeko, l’ancien chef de l’Union burundaise des journalistes, est l’un des cofondateurs de Radio Inzamba. Photo par Ruby Irene Pratka

Les semaines sont devenues des mois, et Patrick Mitabaro a commencé à s’inquiéter pour ses collègues et pour le vide médiatique qu’ils avaient laissé derrière eux. C’était évident que le pays n’était plus sécuritaire, ni pour les journalistes ni pour quiconque. Six mois après la répression de la tentative de coup d’état, Jean-Christophe Nkezabahizi, un reporter pour la télévision d’état, a été tué en couvrant une manifestation. Quelques mois plus tard, Jean Bigirimana, un journaliste d’enquête pour un journal hebdomadaire respecté, Iwacu (“Chez nous”), allait disparaître sans laisser de trace en mission. (En octobre 2019, quatre journalistes et un chauffeur d’Iwacu ont été arrêtés lors d’un reportage dans la province de Bubanza, une détention que leurs patrons et plusieurs organismes de défense de liberté de presse qualifient d’ « arbitraire.”. Au moment de publier ce texte, les quatre reporters étaient toujours derrière les barreaux, et le procureur public demandait une peine de 15 ans de prison pour chacun d’entre eux).  

« On savait que les gens étaient en train de mourir à Bujumbura, » se rappelle Patrick Mitabaro. « Nos radios avaient été fermées, et les médias étrangers ne pouvaient pas travailler; ils ont été chassés du pays. » 

Beaucoup de réfugiés se sentaient à court de solutions. ”On avait vu comment des journalistes inoccupés commençaient déjà à prendre une bière le matin parce qu’ils n’avaient rien à faire,”  se souvient Alexandre Niyungeko. “On se disait, là aussi il va y avoir un problème.”

Alexandre Niyugeko, Bob Rugurika, Patrick Mitabaro et une poignée d’autres exilés burundais et de journalistes rwandais sympathisants ont convoqué une réunion à Kigali, et Radio Inzamba (« trompette » en kirundi » ) a vu le jour. Le mécanisme de survie dont les réfugiés avaient besoin pouvait aussi faire office de solution à la pénurie d’information au Burundi, qui, comme illustre le cas des journalistes d’Iwacu, continue jusqu’à ce jour. 

Bien que Radio Isanganiro ait pu reprendre ses activités, dans une forme modifiée, un an après le coup, le BBC et Voice of America sont toujours interdits de travailler au Burundi, et les autres radios endommagées en 2015 n’ont pas pu renaître de leurs cendres. Les exilés ont créé une des seules sources d’information fiable sur les développements dans le pays qu’ils ont laissé. 

« Malheureusement pour le régime, nous nous sommes réorganisés en exil, » dit Bob Rugurika. « Maintenant, on fait ce qu’ils avaient peur qu’on fasse en 2015, c’est-à-dire qu’on parle des enlèvements et des gens retrouvés morts. Les radios au Burundi ne peuvent plus faire ça, mais nous on le fait. » 

Un groupe de journalistes rwandais a prêté un bureau à l’équipe d’Inzamba, et ils ont commencé à utiliser des téléphones intelligents et quelques enregistreurs retrouvés dans leurs bagages pour réaliser et télécharger des émissions sur WhatsApp. Patrick Mitabaro explique que l’accessibilité de WhatsApp est maintenant comparable à l’accessibilité des radios au Burundi, même au milieu rural. 

« Même un paysan burundais peut s’approprier un smartphone pour écouter, et si une personne en a un, il peut faire écouter tous ses voisins, » dit-il. Chaque membre de l’équipe entretient plusieurs groupes WhatsApp, dont beaucoup ont atteint la limite du nombre de membres. Une audience de milliers se construit 256 personnes à la fois —le nombre maximal de membres d’un groupe WhatsApp. « Ça fait boule de neige, » dit Patrick Mitabaro. « Les gens nous [mettent de la pression] pour qu’on les ajoute. Notre contenu est aussi partagé dans d’autres groupes, y compris des groupes où il y a beaucoup de sympathisants du pouvoir. » Il ne sait pas exactement combien de personnes écoutent leurs émissions. 

Bien que WhatsApp et d’autres réseaux sociaux puissent être bloqués par des gouvernements, Patrick Mitabaro se souvient d’un seul épisode de blocage de WhatsApp par le régime de Nkurunziza, dans les semaines qui suivaient la tentative de coup d’état. “Même à l’époque, beaucoup de personnes ont contourné ça avec des VPN.” 

En plus de son accessibilité, un réseau bâti sur les téléphones intelligents permet à Inzamba d’éviter le travail coûteux et chronophage d’obtention d’un permis et d’une fréquence au Rwanda. 

Deux autres radios se sont inspirées de la mission de service public et l’infrastructure ultralégère d’Inzamba: Radio Humura (“N’ayez pas peur”), calquée sur RPA, mise sur pied par Bob Rugurika après son départ du collectif Inzamba, et Peace FM, qui se focalise sur la couverture des camps de réfugiés au Rwanda et en Tanzanie. Peace FM a été fondée par deux jeunes pigistes réfugiés, Yves Didier Irakoze et Joe-Philibert Karangwa, dans la chambre à coucher de ce dernier.  

Le cofondateur de Peace FM, Joe-Philibert Karangwa, a retrouvé son père grâce à une émission d’information qu’il a présenté lui-même. Lui et son équipe de bénévoles, basés dans un foyer pour enfants de Kigali, travaillent de longues heures pour réunir les familles déplacées par le conflit brutal. Photo par Ruby Irene Pratka

“On ne peut pas tous travailler avec Inzamba ou Humura, donc je pensais que je pouvais lancer un autre projet,” dit Joe-Philibert Karangwa, qui a des parents dans les camps, où des milliers de Burundais ont fui depuis 2015. “On se focalise sur la vie quotidienne des réfugiés, et nous avons des correspondants dans tous les camps.” Comme ses homologues, Peace FM rejoint aussi un public burundais via WhatsApp.

Joe-Philibert Karangwa anime une émission matinale qui a comme mission de réunir des familles séparées. “Je savais que mon père était au Burundi, mais je ne savais pas où il se trouvait,” raconte le jeune journaliste, qui a fui le Burundi en novembre 2015. “Il était à côté d’un homme qui écoutait notre émission sur son téléphone. Il a entendu ma voix et il a dit, ‘C’est qui ce journaliste? C’est mon enfant! Où est-ce que je peux le trouver?’  Il a commencé à chercher et il m’a trouvé ici.” 

Aucun des journalistes impliqués dans la fondation de Humura, d’Inzamba ou du Peace FM n’attendait à ce que les radios durent longtemps, mais l’exil prolongé a au moins permis aux journalistes de créer un semblant de stabilité — Inzamba et Humura ont réussi à payer leurs collaborateurs à travers des campagnes de sociofinancement. 

Bien que l’équipe de Peace FM reste entièrement bénévole, ils ont pu déménager de la chambre à coucher de Joe-Philibert Karangwa quand Marguerite Barankitse, une militante des droits de l’enfant bien connue en Afrique de l’Est, leur a offert un bureau et des repas gratuits à son centre à Kigali. Pour eux, savoir qu’ils informent le public et qu’ils réunissent des familles vaut autant que n’importe quel salaire. “Nous sommes des bénévoles, mais on ne peut pas dire qu’on travaille pour rien, parce qu’on sait que ce qu’on fait a un impact sur les gens,” dit le cofondateur de la radio.

Joe-Philibert Karangwa (au premier plan à droite) et une équipe de bénévoles ont monté une émission dans les bureaux empruntés par Peace FM à Kigali, au Rwanda. Photo par Ruby Irene Pratka

Bien qu’ils soient hors de portée des autorités burundaises à l’heure actuelle, leur travail n’est pas sans risque. Les noms des correspondantes à l’intérieur du Burundi doivent rester confidentiels, et leurs voix doivent être déguisées.

Cependant, Humura et Inzamba s’efforcent à contacter des sources gouvernementales pour obtenir leur commentaire sur chaque sujet qui leur concerne, même s’ils reçoivent très rarement des réponses. “Ces gens-là sont des criminels, mais ce n’est pas notre rôle de les traiter de criminels [en ondes],” dit Bob Rugurika. “C’est aux burundais et aux acteurs nationaux et internationaux de juger.”

Les équipes sont aussi conscients du bilan du Rwanda en matière de la liberté de presse — le Rwanda occupe le 155e rang sur le classement mondial de liberté de la presse de Reporters sans frontières (le Burundi est 159e).  Le fait que les deux pays, et leurs deux leaders, Pierre Nkurunziza et Paul Kagamé, aient des relations diplomatiques tendues à présent fournit une mesure de protection, pour le moment. 

Patrick Mitabaro s’inquiète de l’impact que les tractations entre Bujumbura et Kigali pourraient avoir sur Inzamba: “Si demain, le pouvoir de Bujumbura commence à se rapprocher du pouvoir à Kigali, une de leurs premières actions pourrait être de nous limiter. Mais j’espère — et je crois — que les choses ne se rendront pas jusque-là.”  

Plus de quatre ans après le coup d’état avorté, le Burundi reste dans l’impasse politique. Toutes les tentatives de médiation internationale ont échoué. Selon Human Rights Watch, environ 400,000 burundais vivent toujours en exil, et “des cadavres de personnes tuées dans des circonstances inconnues ont été régulièrement retrouvés à travers le pays.”

En 2018, un référendum a donné à Pierre Nkurunziza la possibilité théorique de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Patrick Mitabaro, pour sa part, pensait rentrer à la maison après quelques mois, mais sa fille de six ans a vécu plus que la moitié de sa vie en exil. Donc, il continue de travailler, tant pour chasser la douleur que pour créer les conditions pour la laisser derrière lui pour de bon.  

“C’est le chaos total…et s’il n’y a pas d’accord de paix, on mourra tous en exil,” dit-il. “Mais en tant que journalistes et en tant que burundais, nous voulons donner de l’espoir aux burundais en exil et à ceux qui sont restés au pays. Nous voulons réduire la peur et la tension créés par la violence politique. Là où il y a la vie, il y a de l’espoir.” 

Ruby Irene Pratka est journaliste indépendante. Elle est habituellement basée à Montréal. Ses articles ont été publiés par Broadview, Ricochet, Xtra, Canadaland et Vice Québec, entre autres, ainsi que par de nombreuses publications communautaires et spécialisées. Elle fait également de la traduction, de la révision et de la recherche pour des projets de télévision, de radio et de film. Elle travaille actuellement comme coopérante-volontaire spécialisée en communications au sein d’un organisation communautaire sans but lucratif au Bénin. Au cours de l’été 2013, elle a vécu à Bujumbura et fait un stage à la Radio Isanganiro, un des précurseurs des radios présentées dans ce texte. 

Ruby Irene Pratka is a Montreal-based freelance writer, researcher and editor. Her work has been published in English and French in Vice Québec, Ricochet, Daily Xtra, Shareable and Canadaland, among other websites and magazines. She covers a wide range of topics but focuses on diversity and language policy. Originally from the U.S., she has been living the expat life since 2006. She has lived in eight countries and four provinces, but keeps coming back to the delights of Québec.