ATM célèbre le 10e anniversaire de son nouveau cursus académique, au moment où l’exclusivité de son programme est révoquée, avec la création d’un programme de production et de postproduction télévisuelles à l’Institut André-Grasset en septembre prochain.

 

 

L’année 2013 occupera certainement une place spéciale dans la tête des dirigeants du programme ATM offert au Cégep de Jonquière. En plus de célébrer le 10e anniversaire de leur nouveau cursus académique, ils ont appris que l’exclusivité de leur programme leur était révoquée, avec la création d’un programme de production et de postproduction télévisuelles à l’Institut André-Grasset en septembre prochain.

Par Samuel Larochelle

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Formant des centaines de communicateurs et d’artisans depuis 1967, le Cégep de Jonquière a beaucoup investi pour renouveler ATM en 2003. « On devait s’assurer de suivre la technologie et ce qui se fait sur le marché du travail, explique Richard Derasp, coordonnateur du département. Et comme les jeunes apprennent davantage par projets aujourd’hui, on voulait se coller le plus possible à la vie professionnelle. »

Au menu : apprentissage des différentes formes d’écritures journalistiques (écrit, radio, télé, web), publication d’un journal bimensuel, diffusion des reportages étudiants sur Vox, Cogeco ou sur le web. Animation et mise en ondes d’émissions de radio, production de publicités et d’habillages sonores, gestion de la station ClassRadio. Élaboration de stratégies publicitaires, création d’un plan de communications et coordination de l’agence-école Embryo, qui mène des campagnes de publicité complètes. Tournages en studio et à l’extérieur (courts métrages, nouvelles, reportages, talk-shows), effets spéciaux, postproduction réalisée avec les logiciels de l’industrie.

 

Après avoir donné un coup de barre à l’écriture des cours, ATM a profité d’un investissement de 28 millions de dollars du gouvernement québécois pour optimiser l’environnement et les équipements en 2006, en plus de voir les réseaux sociaux s’intégrer aux réalités des différentes disciplines. « Je crois sincèrement que chacune des nouveautés est venue enrichir le programme. On permet aux étudiants d’être dans le feu de l’action rapidement et de toucher à leur option dès la deuxième session. On a même élaboré des protocoles d’échanges avec la France, la Belgique et l’Île de la Réunion, qui apportent une couleur particulière à nos groupes. »

 

Malgré la réputation d’ATM, les critiques fusent. Le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, a exprimé certaines réserves sur la pertinence d’un programme de journalisme en région, en novembre 2012. « À Jonquière, on offre un DEC, mais c’est aussi une école de vie, se défend Richard Derasp. On reçoit plusieurs jeunes de 17-18 ans qui doivent grandir plus rapidement en apprenant à s’occuper d’eux-mêmes très tôt, à vivre éloignés de leurs familles et à recréer des liens avec d’autres jeunes de partout au Québec. Ils arrivent sur le marché du travail en étant plus autonomes et mieux outillés pour avancer dans leur carrière. Le réseau des ex-Atémiens reste très fort après le cégep et je ne crois pas que les associations d’anciens des autres programmes de communications comptent autant de membres actifs que nous.»

 

Après 45 ans d’exclusivité, le Cégep de Jonquière apprenait à l’automne 2012 que l’ex-ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, avait donné l’autorisation à l’Institut André-Grasset (un établissement d’enseignement privé) de lancer un programme de production et de postproduction télévisuelles à l’automne 2013. « Je ne comprends pas comment cette décision a été prise, lance M. Derasp. ATM répond parfaitement aux besoins du milieu et le Québec n’a pas besoin d’une formation de plus dans le domaine. »

 

Même si la Fédération nationale des enseignants du Québec tente de renverser la décision, le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a déclaré qu’il n’avait pas la capacité de révoquer un programme qui avait été accordé. « Le débat n’est pas terminé, lance Richard Derasp. La décision a été prise, mais je pense qu’elle peut être très dommageable pour l’exclusivité de plusieurs autres cégeps à travers la province. C’est important de ne pas créer de brèches. Le gouvernement ne peut pas investir autant dans la qualité de ses programmes exclusifs et changer la réalité en cours de route. On va continuer de poser des questions. »

 

Malgré les récentes déclarations, la directrice des études au Cégep de Jonquière, Martine Gauthier, a plaidé sa cause auprès du ministre Sylvain Gaudreault, lui-même ancien professeur en journalisme à Jonquière, en affirmant qu’il était encore temps d’agir. L’établissement collégial a d’ailleurs lancé une campagne de mobilisation invitant les diplômés d’ATM, les employeurs, les partenaires de l’industrie des médias, les instances politiques et socio-économiques régionales à manifester leur appui au maintien de l’exclusivité nationale des programmes d’ATM au Cégep de Jonquière en faisant parvenir une lettre au ministre Duchesne.