Bell poursuit sa stratégie d'intégration verticale. Après CTV en 2010, elle met 3,38 milliards de dollars sur la table pour s'offrir Astral Media. Cette entreprise spécialiste de la radio, de l’affichage extérieur et de la télévision spécialisée, lui permettra d'offrir une panoplie de contenus partout au pays.

Voir aussi: Convergence verticale: le CRTC serre la vis et Bell acquiert CTV: un autre géant du contenu naît

2e version 18h20

Bell poursuit sa stratégie d'intégration verticale. Après CTV en 2010, elle met 3,38 milliards de dollars sur la table pour s'offrir Astral Media. Cette entreprise spécialiste de la radio, de l’affichage extérieur et de la télévision spécialisée, lui permettra d'offrir une panoplie de contenus partout au pays.

Annoncée ce matin, cette transaction est conditionnelle à l'aval du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et Bureau de la concurrence. Dans ce contexte, Bell précise d'ailleurs par voie de communiqué que «la transaction proposée pourrait être modifiée, restructurée ou résiliée». L'ancien vice-président du CRTC, Michel Arpin, prévoit que le Conseil donnera son aval à la transaction, mais exigera que Bell se départisse de certaines stations de radio en vertu de sa politique restreignant la propriété mixte des médias. Ce à quoi le président et chef de la direction de BCE Inc. et de Bell Canada, George Cope, a déclaré s'attendre, ce matin en conférence de presse.

Depuis 2008, dans le but d'assurer le maintien de la diversité des voix dans le système canadien de radiodiffusion, les règlements du CRTC stipulent qu'une entreprise ne peut contrôler que deux des types de médias suivant dans un même marché: une station de radio locale, une station de télévision locale ou un journal local. Des restrictions à la propriété des licences de radiodiffusion empêchent également qu’une entreprise contrôle plus de 45% de l’ensemble de l’auditoire télévisuel et qu'une seule compagnie distributrice de services de télévision contrôle l'ensemble de la fourniture de la programmation dans un marché donné.

Par ailleurs, en 2011, le CRTC a adopté de nouvelles règles pour baliser l'intégration verticale. Ces règles interdisent notamment aux groupes médiatiques de réserver leurs contenus conçus pour la télévision en exclusivité à leurs clients abonnés à leurs services mobiles ou Internet. Ce, pour faire en sorte que les consommateurs ne soient pas obligés de s’abonner à plusieurs distributeurs afin de recevoir la programmation qu'ils souhaitent.

Compte tenu de ces balises, M.Arpin estime que cette transaction ne se fera pas au détriment des citoyens. Ce, d'autant plus que la concentration de l'information n'est pas en jeu, car Astral n'a pas de salle des nouvelles. La ministre des Communications du Québec, Chrisine St-Pierre, a d'ailleurs réagi favorablement à l'annonce, rapporte La Presse. Tout en soulignant que «le citoyen doit toujours avoir la possibilité de s'informer à plusieurs sources», elle a déclaré: «en terme d'information, je ne vois pas de plus grande concentration, on ne voit pas de monopole total».

Pour le professeur Pierre C. Bélanger, de l'Université d'Ottawa, cette transaction est nécessaire pour la consolidation de l'industrie canadienne des médias. «Sur le plan éthique et moral, tout le monde va dire "plus il y a de joueurs, mieux le citoyen est servi". Mais, en même temps, étant donné l'écosystème numérique, on a l'obligation de créer des géants médiatiques au pays, dont l'ensemble du portefolio va être suffisamment varié, alléchant, intéressant et adapté aux clientèles canadiennes pour rivaliser avec les forces qui viennent de l'extérieur, comme Netflix et Hulu. Il faut optimiser la diversité des voix tout en favorisant le développement, l'agrégation et le renforcement des grands groupes canadiens.»

En absorbant Astral, Bell met la main sur des chaînes de télévision spécialisée (Canal Vie, Canal D, Séries+, MusiquePlus, etc.), les chaînes spécialisées payantes Super Écran, The Movie Network et HBO Canada, les stations de radio NRJ, Rouge FM et Boom FM, et 9500 panneaux d'affichage publicitaires urbains au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique. Sans Astral, Bell détient plusieurs chaînes anglophones (dont CTV, TSN, MTV et Discovery) et trois chaînes sportives francophones (RDS, RDS2 et RDS Info).

Plusieurs analystes, dont Sophie Cousineau de La Presse, estiment que cette transaction place désormais Bell et Quebecor au coude à coude en terme d'offre de contenu télévisuel. Peu présent sur le marché québécois, le géant de la téléphonie devait offrir plus de contenus francophones pour asseoir sa position dans la belle province face à son rival. «Bell vient de bomber le torse devant le conglomérat médiatique basé à Montréal», écrit le journaliste Matthieu Lavallée du journal Les Affaires. Mais pour M.Bélanger, rien n'est gagné pour Bell, car bien que rentables, les chaînes francophones d'Astral ne sont pas des chaînes de premier plan bien ancré dans les foyers québécois. Contrairement à celles de Quebecor, ce sont des chaînes qui n'ont pas une personnalité foncièrement québécoise.

 

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