Voilà un titre emprunté à Lara Van Dievoet, doctorante à l’Université catholique de Louvain en Belgique, et qui cherche à comprendre pourquoi tant de reporters et autres lecteurs de nouvelles décident un jour de tout plaquer pour se mettre au service de la société et de leurs concitoyens. La jeune chercheure a présenté les premières conclusions de son étude lors du 82e congrès de l’Acfas organisé la semaine dernière à l’Université Concordia. Et selon elle, si le départ est très souvent accepté, l’éventuel retour au journalisme pose quant à lui plus de problèmes.

Voilà un titre emprunté à Lara Van Dievoet, doctorante à l’Université catholique de Louvain en Belgique, et qui cherche à comprendre pourquoi tant de reporters et autres lecteurs de nouvelles décident un jour de tout plaquer pour se mettre au service de la société et de leurs concitoyens. La jeune chercheure a présenté les premières conclusions de son étude lors du 82e congrès de l’Acfas organisé la semaine dernière à l’Université Concordia. Et selon elle, si le départ est très souvent accepté, l’éventuel retour au journalisme pose quant à lui plus de problèmes.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

En préambule à cette communication, des photos défilent à l’écran. René Lévesque, Bernard Drainville, Christine Saint-Pierre, Pierre Duchesne… il pourrait encore y avoir bien d’autres portraits de ces ex-journalistes ayant décidé un  beau jour de faire une croix sur leur carrière pour se lancer dans l’arène politique. Et si la démonstration de Lara Van Divoet porte plutôt sur son pays, la Belgique, force est de constater qu’elle s’applique fort bien à ce qui se trame ici aussi.

«En Belgique, la polémique a été relancée quand en février, Olivier Maroy, journaliste belge de la télévision publique, la RTBF, animateur d’une émission hebdomadaire de débat politique, a annoncé sa décision de se présenter aux élections qui auront lieu de 25 mai. Il n’est pas le premier à le faire, mais ça a tout de même fait beaucoup de remous dans le monde médiatique belge.»

La chercheure a mené ses entretiens auprès de journalistes ayant fait le saut en politique et d’autres toujours en place, afin de comprendre les différents sentiments qui les traversent vis-à-vis de cette situation. Est-ce que de part leur notoriété, ces ex-journalistes sont des attrape-voix pour les partis? Est-ce ça jette le discrédit sur leur travail antérieur? Est-ce qu’ils étaient déjà politisés? Est-ce qu’il y a un risque pour la profession en tant que chien de garde de la démocratie? Quels rapports ils entretiennent par la suite avec leurs anciens confrères? Est-ce qu’il y a des avantages à venir du milieu journalistique quand on entre en politique? Pourquoi est-ce que le monde politique attire tant de journalistes? Autant de questions que Lara Van Divoet leur a posé.

Pas de retour possible

«Le conflit d’intérêt est une notion qui revient abondamment, explique-t-elle. Et même l’apparence de conflit d’intérêt parce qu’elle peut briser le lien de confiance entre le journalisme et le public. On exclut donc bien sûr toute activité simultanée en journalisme et en politique, même s’il ne s’agit pas d’être élu mais d’être l’attaché de presse d’un politique par exemple. La question des privilèges est souvent abordée aussi dans mes entretiens. Un journaliste ne doit pas se servir de son statut à d’autres fins que d’informer. Or, si sa notoriété lui permet d’être en tête de liste ou s’il se sert de son réseau de contact, est-ce que c’est user de ses privilèges?»

Ces quelques bémols mis de côté, le départ de journalistes vers le monde politique n’est pas réellement condamné. Ce qui l’est plus, c’est la possibilité de revenir dans une salle de nouvelles. De pouvoir récupérer la carte de presse si le journalisme redevient son activité principale. La profession a peur en effet que ça jette le blâme sur elle, que ça la discrédite aux yeux du public.

«Dans les entreprises privées, le journaliste doit démissionner et alors pour lui, c’est très compliqué de revenir, explique Lara Van Divoet. En revanche, la RTBF prévoit un purgatoire de six mois d’antenne pour les journalistes qui ont été relationnistes et de deux ans pour ceux qui ont eu un mandat électif. Le problème, c’est qu’on peut avoir de l’influence sans être visible aux yeux du public. Si on revient en tant que chef de l’information par exemple…»

Journaliste un jour, journaliste toujours?

Quoi qu’il en soit, les premiers résultats des entretiens démontrent que, le journalisme étant un métier de passion, la décision de le quitter est souvent un choix difficile. Si certains partent parce que leur idéal journalistique est contrarié, la plupart le font plutôt par envie de s’engager de manière plus concrète, pour le challenge, par curiosité, pour connaitre les coulisses du pouvoir.

«Souvent, les journalistes me disent qu’on est venu les chercher du fait de leur proximité avec le personnel politique, relate la chercheure. Il me disent également que les attentes de leurs anciens collègues sont plus importantes vis-à-vis d’eux. Qu’il y aurait un boycott, une méfiance. Chose que les journalistes toujours en place nient totalement.»

Ils sont d’ailleurs nombreux à plutôt souligner les compétences particulières, inhérentes au journalisme, et qui peuvent servir dans une carrière politique. Des qualités de communicateur bien sûr, mais aussi une bonne compréhension des enjeux de société, un carnet d’adresse, une légitimité intellectuelle et la bonne connaissance du milieu journalistique qui lui permettra de savoir par exemple à quel moment annoncer quelque-chose pour que ça ne passe pas inaperçu.»

Ainsi, même après avoir quitté le métier, l’identité de journaliste semble bien rester présente même si le monde médiatique va toujours tenter de trouver un changement chez l’ex-journaliste. Changement qui l’aurait poussé à abandonner sa carrière. Au lendemain de l’annonce de sa candidature aux élections, Olivier Maroy a été l’invité de l’émission de débat qu’il animait jusque-là. Et quelques jours seulement après avoir raccroché, ce que les journalistes ont cherché à savoir, c’est s’il avait changé.

«Comme s’il fallait forcément qu’un changement s’opère pour avoir envie de franchir la frontière», conclut Lara Van Divoet.

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