Les têtes roulent dans le monde municipal québécois. «Grâce au travail courageux et patient de quelques journalistes», l'opinion publique découvre le «système de perversion de l'économie légale mis en place par la mafia», écrit ce matin l'éditorialiste de La Presse, André Pratte. Mais peut-être en saurions-nous davantage sans les efforts de nombreuses municipalités pour barrer la route des journalistes d'un bout à l'autre de la province.

Les têtes roulent dans le monde municipal québécois. «Grâce au travail courageux et patient de quelques journalistes», l'opinion publique découvre le «système de perversion de l'économie légale mis en place par la mafia», écrit ce matin l'éditorialiste de La Presse, André Pratte. Mais peut-être en saurions-nous davantage sans les efforts de nombreuses municipalités pour barrer la route des journalistes d'un bout à l'autre de la province.

En effet, selon «le dossier noir de l'information municipale» présenté hier par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), les journalistes affectés aux affaires municipales font face, depuis l'automne 2009, à une recrudescence des problèmes, qu'il s'agisse de barrières à l'accès aux documents publics ou de mesures d'intimidation verbale, physique, et économique.

Les poseurs de question dérangent

D'après le témoignage d'une cinquantaine d'artisans de l'information qui ont bien voulu témoigner, le président de la FPJQ, Brian Myles, estime que bien souvent les journalistes sont perçus comme «des meneurs de claques chargés de faire valoir le point de vue du roitelet en place».

«Arrêtez de toujours vouloir faire reculer la région. Voyez l'avenir avec optimisme. Elles sont choquantes vos questions. Choquantes et pessimistes», a par exemple déclaré le maire Tremblay de Saguenay à un journaliste qui l'interrogeait sur un projet d'infrastructures qu'il soutient bien qu'il soit décrié par les experts. Ce même maire boycotte Radio-Canada depuis des mois.

Si le maire Tremblay est considéré comme le champion de la noirceur par la FPJQ, il n'est pas le seul. D'après le «dossier noir», de nombreux maires barrent en effet la route aux médias que ce soit en compliquant l'accès aux documents publics ou en interdisant les caméras et appareils photo. Le président de l'Union des municipalités et maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon, a par exemple lui-même fermé la porte aux caméras de Radio-Canada en janvier.

La FPJQ dénonce également des cas de menaces verbales et physiques. À Laval, un attaché politique du cabinet du maire Vaillancourt a par exemple déclaré à l'éditeur du Courrier Laval «à l'époque, c'était pas mal moins compliqué qu'aujourd'hui; les indésirables, on les empalait!». Scénario similaire à Chambly où des militants du parti municipal Chambly ont intimidé et invectivé une journaliste du Journal de Chambly.

Mais, la menace la plus puissante selon le «dossier noir» est de nature économique, soit liée à la publicité et surtout aux avis publics qui représentent une source de revenus importante pour la presse locale. Plusieurs municipalités profitent en effet du jeu de la concurrence entre les publications pour menacer celles dont elles désapprouvent le travail de les priver des avis publics.

Briser la chape de plomb

Ce n'est pas la première fois que la FPJQ dresse un portrait sombre des relations entre journalistes et élus municipaux. Le premier «dossier noir de l'information municipale» date en effet de 1999. Une décennie plus tard, la Fédération admet que ce document n'a pas changé grand-chose. «Les problèmes observés en 1999 persistent et certains autres se manifestent plus clairement», peut-on lire dans le dossier dévoilé hier.

Brian Myles explique qu'au cours des dix dernières années, l'organisme a pris position au cas par cas en diffusant des communiqués et en envoyant des lettres pour défendre ses membres, mais que cette approche ne suffit plus. Il demande désormais des changements systémiques pour résoudre un problème devenu systémique.

Il réclame donc des modifications législatives pour faciliter le travail des médias, mais avant tout la mise en place d'un programme de formation obligatoire sur le journalisme à l'intention des élus, car plusieurs ne comprennent tout simplement pas le rôle des médias et ne savent pas comment les aborder.

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