Sujet numéro un au Québec depuis que le ministre Drainville en a enfin dévoilé la teneur mardi, la Charte des valeurs. Pas un chroniqueur qui n’ait sa petite idée sur la question. Mais alors que l’on reproche souvent aux donneurs d’opinion de l’empire Québecor de parler comme un seul homme, c’est au contraire du côté de Gesca qu’il faut aller chercher cette fois le consensus.

Sujet numéro un au Québec depuis que le ministre Drainville en a enfin dévoilé la teneur mardi, la Charte des valeurs. Pas un chroniqueur qui n’ait sa petite idée sur la question. Mais alors que l’on reproche souvent aux donneurs d’opinion de l’empire Québecor de parler comme un seul homme, c’est au contraire du côté de Gesca qu’il faut aller chercher cette fois le consensus.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«C’est surprenant, estime Marc-François Bernier, titulaire de la chaire de recherche en éthique et déontologie de l’Université d’Ottawa, qui a lui-même lancé le débat sur son mur Facebook. Nous avons d’un côté les chroniqueurs de Gesca qui vont tous dans le même sens, à savoir qu’ils argumentent contre la Charte, et de l’autre, ceux de Québecor, chez qui on retrouve toute une palette d’opinions.»

Ainsi, cela n’étonnera personne, Richard Martineau est foncièrement en faveur de la Charte. Il estime même que le texte ne va pas assez loin en matière de laïcité et, exemple français à l’appui, y voit matière à satisfaire les femmes musulmanes susceptibles d’y trouver un prétexte pour enlever le voile sans s’attirer les foudres de leurs proches.

«Cela dit, en France, on est cohérent, écrit-il. La laïcité est imposée à TOUS. Pas question de bannir les signes religieux ostentatoires, tout en gardant un crucifix à l’Assemblée…»

Une position que ne partage pas son collègue Mathieu Bock-Côté.

«Étrange débat que celui entourant la place du crucifix à l’Assemblée nationale, estime-t-il. La grande majorité, dont je suis, entend l’y maintenir pour des raisons qui relèvent bien davantage du patrimoine que de la foi.»

Pragmatisme du côté de Lise Ravary, qui se livre à un petit calcul établissant qu’il y a «1 000 femmes potentiellement voilées dans la fonction publique (…), environ 300 hommes juifs portant la kippa et 125 hommes Sikhs, les femmes étant exemptes de signes religieux. Comme je trouve  ces chiffres ridiculement bas, je les double (…). Mais je continue de me dire que le gouvernement ne va pas virer le Québec sens dessus dessous pour 2 850 individus.»

Quant à Benoit Aubin, il fustige dans le blogue politique du Journal, une Charte des valeurs qui créerait «de l’uniformité là où il n’y en n’a pas. Quitte, pour le gouvernement, pour y parvenir, à se mêler de ce qui ne le regarde pas: la vie privée des gens, leurs mœurs, leurs croyances, leurs apparences, leurs signes ostentatoires.»

Changement de décor du côté de la rue Saint-Jacques. Chez Gesca, tous les chroniqueurs fustigent la Charte.

Patrick Lagacé fait montre de toute l’ironie dont il est capable et tire à boulet rouge sur le texte.

[node:ad]

«Je sais, je sais, il y a les vitres givrées du YMCA, il y a ces hassidim qui ne veulent pas recevoir de tickets d’une policière, il y a ces vilaines musulmanes à hidjab qui veulent convaincre nos enfants de 4 ans en CPE des joies d’un califat nord-américain, écrit-il. Je pensais qu’on était plus forts que ça, je pensais que ces feux de paille dans les manchettes ne nous menaçaient guère, mais j’ai dû me tromper.

«Le péril religieux qui pèse sur notre identité n’est pas quantifiable pantoute, poursuit-il. C’est ça le problème, avec les fausses crises basées sur des anecdotes.»

Un avis que partage Gilbert Lavoie au Soleil. Lui insiste sur le peu de cohérence que le droit de retrait confère au projet de loi et reproche au gouvernement de ne pas avoir bien saisi les enjeux.

«Si Bernard Drainville était encore journaliste, il conclurait que l'important, c’est de baliser les accommodements et non pas de se lancer dans une chasse aux sorcières contre une petite minorité de gens, principalement des femmes musulmanes, croit-il.»

Yves Boisvert, de son côté, détaille le projet de Charte point par point, pour les démonter un par un.

«Ce qui est nouveau, c'est la définition que Québec veut donner au prosélytisme. Le port d'un signe religieux sera considéré comme une tentative de promouvoir ou de favoriser sa religion. Jusqu'ici, c'était une simple expression de sa croyance. En quoi une chauffeuse d'autobus avec un hijab ou un inspecteur municipal avec une kippa fait-il du «prosélytisme»?, se demande-t-il notamment.

Quant à Vincent Marissal, il ne nie pas le consensus à La Presse sur le sujet. Consensus défavorable qui expliquerait même, selon lui, pourquoi Pauline Marois n’a accordé aucune entrevue au quotidien pour faire le bilan de sa première année à la tête du gouvernement.

«Les lecteurs de La Presse n’existent apparemment pas aux yeux de Pauline Marois, écrit-il. Ils ne méritent pas son attention et ses explications. Ils sont les victimes collatérales des mesures de représailles de la première ministre envers un média qui s’est montré très critique de ses actions, en particulier envers ses projets de Charte des valeurs québécoises».

«Les chroniqueurs de Gesca ont toute latitude et il arrive régulièrement qu’il y ait débats entre eux, estime Marc-François Bernier. Loin de moi l’idée de dire que ce consensus serait le fruit d’une commande. Ce sont deux visions de la société qui s’affrontent devant cette Charte, ceux qui prônent le multiculturalisme contre les républicains. Il semblerait qu’il n’y ait pas beaucoup de républicains chez Gesca.»

«En revanche, on a assez longtemps critiqué Le Journal de Montréal pour son manque de diversité dans les opinions pour saluer les efforts. Michel Dumais a visiblement enrôlé des chroniqueurs ayant des convictions variées. C’est très rafraîchissant à lire.»