Combien de personnes ont envahi les rues de Montréal hier pour manifester contre la hausse des frais de scolarité? 100 000, 200 000? Les rédactions ne sont pas d'accord. Alors que Le Devoir titrait ce matin «200 000 fois "entendez-nous!"», La Presse y allait de «100 000 NON!».

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Combien de personnes ont envahi les rues de Montréal hier pour manifester contre la hausse des frais de scolarité? 100 000, 200 000? Les rédactions ne sont pas d'accord. Alors que Le Devoir titrait ce matin «200 000 fois "entendez-nous!"», La Presse y allait de «100 000 NON!».

Si à Montréal le Service de police (SPVM) ne divulgue plus d'évaluation des foules depuis quelques années, ailleurs, entre services policiers et organisateurs, les chiffres divergent souvent de manière colossale. Qui dit vrai? Comment comptent-ils? Une des méthodes de calcul consiste à mesurer la surface en mètre carré du cortège et à la multiplier par le nombre de manifestants au mètre carré. Une autre prévoit plutôt de compter le nombre de manifestants sur une seule rangée du cortège, puis, à dénombrer le nombre de rangées qui défilent et à multiplier le nombre obtenu par celui de manifestants sur une rangée.

En France, où la couverture de manifestations est légion, l'idée de créer une entité indépendante pour compter les manifestants est régulièrement évoquée. En attendant qu'elle se concrétise, le Petit Journal, diffusé à Canal+, a suivi avec humour un syndicaliste marseillais spécialiste du comptage, tandis que Le Figaro a posé la question plus sérieusement aux services de police et aux syndicats:

Pour éviter de faire un choix éditorial entre l'évaluation de la police ou celle des organisateurs, certaines rédactions font leurs propres calculs. Le San Francisco Chronicle, notamment, a tenté l'expérience. Lors d'une manifestation contre la guerre en Irak en 2003, à partir de photographies aériennes prises d'un hélicoptère, le journal a dénombré 65 000 manifestants, alors que les organisateurs affirmaient en avoir réuni 200 000.

D'autres médias ont recours à des entreprises spécialisées en comptage de foules, comme Lynce-ExactCrowd. Cette société espagnole utilise un logiciel qui comptabilise les manifestants un à un à partir de photographies aériennes. Elle aboutit systématiquement à des données très éloignées de ceux des organisateurs. Lors d'une manifestation à Paris l'automne dernier, elle a par exemple dénombré 80 330 manifestants, alors qu'ils étaient 330 000 selon les organisateurs et 89 000 selon la police.

Pour le fondateur et directeur de Lynce-ExactCrowd, Juan-Manuel Gutierrez, ses méthodes scientifiques évitent aux médias de tomber dans le piège politique. «En tant que scientifique, ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les motifs d’une manifestation, son succès ou son échec. C’est le nombre réel de participants», explique-t-il à France-Soir.

Alors, combien étaient-ils hier? Comptons:

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