«Le lock-out [au Journal de Montréal] démontre que la concentration de la presse et la convergence ont détruit l'équilibre entre les parties et que la Loi anti-briseurs de grève, obsolète, n'est plus en mesure d'assurer la défense de l'intérêt public.» C'est ce que plaide la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) dans le rapport qu'elle a livré hier.

«Le lock-out [au Journal de Montréal] démontre que la concentration de la presse et la convergence ont détruit l'équilibre entre les parties et que la Loi anti-briseurs de grève, obsolète, n'est plus en mesure d'assurer la défense de l'intérêt public.» C'est ce que plaide la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) dans le rapport qu'elle a livré hier aux parlementaires dans le cadre des travaux de la Commission de l'économie et du travail sur la modernisation des dispositions anti-briseurs de grève prévues au Code du travail.

Le président de la fédération, Brian Myles, s'est dit en faveur de la redéfinition de la notion d'«établissement» afin qu'un briseur de grève ne soit plus seulement un travailleur exerçant entre les murs de l'entreprise en grève ou en lock-out. Il s'est ainsi rangé du côté de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui ont recommandé aux parlementaires de redéfinir l'«établissement» pour qu'il comprenne «tous les endroits où les salariés exécutent leurs tâches normales et habituelles».

C'est ainsi de la commissaire Myriam Bédard de la Commission des relations de travail (CRT) avait interprété le Code du travail en décembre 2008 jugeant Quebecor coupable d'avoir utilisé des briseurs de grève pendant le conflit au Journal de Québec. Cependant, le juge Marc St-Pierre de la Cour supérieure du Québec a pour sa part statué que les photographes et journalistes employés n'ayant pas travaillé à l'intérieur des murs du quotidien, ils ne pouvaient être considérés comme des briseurs de grève. Il a donc infirmé la décision de la CRT en septembre 2009.

Pour le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM), il y a clairement une zone grise dans la loi. En permettant à un employeur d'avoir recours à des travailleurs de remplacement ont lui permet également d'utiliser le lock-out comme moyen d'éviter la négociation puisqu'il peut poursuivre ses activités sans aucun contrecoup économique, selon le président du syndicat, Raynald Leblanc. Il estime donc que revoir la notion d'établissement permettrait de rétablir l'équilibre du rapport de force entre journalistes et employeurs et de forcer la négociation.

Dépasser le Code du travail

La FPJQ croit elle aussi que ce serait «un bon premier pas», mais, pour elle, il ne faudrait pas s'y arrêter. Elle recommande en effet la tenue d'une autre commission parlementaire pour discuter de la concentration de la presse, car «même en supposant que le Code du travail fasse l'objet d'une mise à jour (…), Quebecor pourra très bien se passer de ses journalistes syndiqués dans la production du Journal de Montréal», explique-t-elle dans son rapport.

La concentration de la presse est également dans la mire du rapport déposé par le professeur Marc-François Bernier, spécialiste en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa. Il recommande notamment d'«interdire que, lorsqu’elles se retrouvent en situation de confit de travail, les entreprises de presse puissent être alimentées par d’autres médias du même groupe dans une proportion plus importante que cela n’était le cas avant le conflit». Il conseille également de «fixer un plafond quant à l'échange de contenus entre médias d'un même groupe».

Il est cependant peu optimiste quant aux poids réels des recommandations qui émaneront des travaux de la Commission de l'économie et du travail. Il rappelle en effet que, en février 2001, il avait recommandé à la Commission parlementaire sur la concentration de la presse de limiter les pouvoirs des groupes médiatiques, notamment en vue d’éventuels conflits de travail, mais que les engagements pris lors de cet exercice parlementaire ont vite été oubliés.

 

Voir aussi: JdeM: la loi anti-briseurs de grève divise

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