Par Geneviève Gagné, collaboratrice en Italie

Depuis la nuit du 13 janvier dernier, le Costa Concordia est sur toutes les lèvres en Italie. D’un bout à l’autre du pays, les médias n’en ont que pour ce paquebot échoué près de l'île du Giglio. Le fameux enregistrement de la conversation entre le commandant du navire, Francesco Schettino, et le commandant de la Garde côtière, Gregorio De Falco, a été analysé et décortiqué sous toutes ses coutures jusqu’à l’indigestion. Certains journalistes dénoncent l’utilisation d’un moment douloureux et tragique comme celui-ci pour augmenter les cotes d’écoute.

Par Geneviève Gagné, collaboratrice en Italie

Depuis la nuit du 13 janvier dernier, le Costa Concordia est sur toutes les lèvres en Italie. D’un bout à l’autre du pays, les médias n’en ont que pour ce paquebot échoué près de l'île du Giglio. Le fameux enregistrement de la conversation entre le commandant du navire, Francesco Schettino, et le commandant de la Garde côtière, Gregorio De Falco, a été analysé et décortiqué sous toutes ses coutures jusqu’à l’indigestion. Certains journalistes dénoncent l’utilisation d’un moment douloureux et tragique comme celui-ci pour augmenter les cotes d’écoute.

Enrico Mentana, directeur du téléjournal d’une des plus importantes chaînes privées La7, a décrié la course aux témoignages rocambolesques et les tentatives de tourner le terrible accident en une sorte de roman-savon où une intrigue n’attend pas l’autre. Face au nombre incroyable de rescapés faisant la file pour partager leur expérience au grand plaisir des journalistes friands d’émotions, M. Montana a décidé quelques jours après le drame de mettre le holà à la télé-réalité.

Il critique la redondance de l’information en direct: «L’information tourne sur elle-même et au lieu d’apporter de nouveaux éléments, elle cherche seulement à garder l’histoire à la une. Même la mystérieuse femme qui aurait été à bord semble être la preuve que la tragédie est passée à la télé-réalité. Alors je crois que ce soir il faut donner le bon exemple.»

La femme mystérieuse à laquelle il fait référence est une jeune Moldave qui aurait été vue en compagnie du commandant Schettino le soir du naufrage. Elle a suscité une marée de rumeurs et de suppositions. Pour ajouter au spectaculaire, une actrice italienne, Francesca Rettondini, était à bord du bateau et a fait le tour des émissions d’affaires publiques pour raconter son expérience. Des ingrédients parfaits pour transformer le drame en une télé-réalité: un commandant qui abandonne le bateau, une belle actrice italienne comme protagoniste et une mystérieuse jeune femme ayant une relation obscure avec le commandant.

L’image forte du colosse incliné sur un rocher a également contribué à rendre la nouvelle extraordinaire: sans images, cette tragédie n’aurait certainement pas eu le même effet. Un impact tel que des touristes vont à tour de rôle se faire prendre en photo devant l’épave.

Pendant ce temps, les nouvelles mesures de libéralisation du nouveau gouvernement et la grève des camionneurs, des agriculteurs et des pêcheurs sont passées sous silence. La semaine suivant le naufrage, seulement un programme télévisé a parlé en profondeur de cet enjeu qui a finalement a déclassé le naufrage du Costa Concordia.

Il ne faut néanmoins pas abandonner complètement le navire, estime le rédacteur en chef du journal Il Giornale, Mario Giordano. Selon lui, il est important de «laisser les phares allumés sur la situation, principalement sur tout ce qui concerne l’impact environnemental, sans pour autant basculer dans la télé-réalité.»

Le 13 janvier 2012 restera gravé à tout jamais dans la mémoire des Italiens et continuera à susciter débats et discussions. Peut-être même des «incidents diplomatiques» comme celui du 27 janvier dernier où le journal allemand Der Spiegel a intitulé un article «Omission de secours à l’italienne», attaquant directement le peuple italien. Le journal italien appartenant à Silvio Berlusconi, Il Giornale, a répondu à l’attaque de façon virulente: «Nous avons Schettino, vous avez Auschwitz

[node:ad]

 

De la même auteure:

La pige en Italie: 5 questions à Arielle Dumont

Le pluralisme à l'italienne

Haïti: les voix ignorées de la reconstruction

Le scoop est dans les chiffres