S’ils ont eu leur heure de gloire au temps des salles de cinéma-répertoire, les journalistes spécialisés en cinéma sont en voie de disparition. La plupart des survivants travaillent à la pige, et surtout font d’autres choses en parallèle pour payer les comptes! 

Devant de telles perspectives, nous avons rencontré un des derniers purs et durs du Québec, André Lavoie, critique de cinéma au Devoir depuis 1998. Il pose un regard sur les causes du déclin de son propre métier, «à la fois inutile et important».

Par Malorie Gosselin

S’ils ont eu leur heure de gloire au temps des salles de cinéma-répertoire, les journalistes spécialisés en cinéma sont en voie de disparition. La plupart des survivants travaillent à la pige, et surtout font d’autres choses en parallèle pour payer les comptes! 

«J’aurais tendance à décourager fortement quiconque envisagerait sérieusement de faire carrière comme critique», nous a confié Georges Privet, ancien critique de métier, maintenant réalisateur.

Devant de telles perspectives, nous avons rencontré un des derniers purs et durs du Québec, André Lavoie, critique de cinéma au Devoir depuis 1998. Il pose un regard sur les causes du déclin de son propre métier, «à la fois inutile et important».

Il faut dire que la cinéphilie n’est plus ce qu’elle était. Le cinéma commercial a pris beaucoup de place. Il y a de moins en moins de lieux où l’on voit un cinéma différent. M. Lavoie estime que cela fait en sorte que le public qui aime et qui veut réfléchir sur l’art cinématographique est de moins en moins grand. «Je vois des films qui sont présentés dans les festivals, et on est cinq dans la salle».

Par conséquent, l’espace critique dans les grands médias est de moins en moins grand. «Dans quelques années, les sections «Cuisine et Art de vivre» vont surpasser les pages culturelles», déplore le critique, décontenancé. Il ne sait pas que, selon Influence Communications, le thème cuisine a déjà surpassé le thème culture dans les médias. Rien pour arranger les choses.

«L’espace consacré à la réflexion sur le septième art écope, c’est certain».

Tout ça dans un contexte où les voix se multiplient. Avec internet, avec la possibilité qu’a tout le monde de s’exprimer, «il y a de plus en plus de gens qui donnent leur opinion, qui parlent de cinéma, qui parlent de culture», explique le spécialiste du grand écran. Cette multiplication des voix fait en sorte que l’opinion plus érudite, articulée, plus savante est noyée.

«Dire son opinion n’est pas mauvais en soi, sauf que le problème est qu’on fait de moins en moins de distinctions entre une opinion et une critique», ajoute-t-il.

À l’heure où les débats se polarisent, les gens sont davantage portés sur le coup de gueule. Les gens vont dire «ce film-là, c’est de la marde ; celui-là, c’est un chef d’œuvre». S’il s’agit d’opinions qui se valent probablement, comme toutes les opinions, la critique se situe entre les deux. Elle raconte que le film fonctionne sur telle recette, qu’il pastiche tel film, qu’il fait référence à tel courant, qu’il s’inscrit dans telle mode, que le cinéaste initialement voulait dire ça et que maintenant il est en rupture avec ceci ou cela.

Beaucoup de médias, particulièrement les médias électroniques, ont tendance à éliminer la critique cinématographique au profit de chroniques, de cotes et de comptes-rendus avec votes du public. Ils suivent la demande. "On est loin de l'époque de René-Homier Roy et Chantal Jolis dans À première vue!", rappelait Normand Provencher, critique cinéma depuis 17 ans au journal Le Soleil, sur le blogue de Catherine-Voyer Léger.

Marchandisation de la culture ou pas, le cinéma n’est pas qu’un objet de divertissement, nous rappelle le critique. C’est aussi un phénomène socioculturel qui entraîne son lot de questions. Le rôle du journaliste critique est de tendre la main au citoyen pour lui permettre de mieux comprendre ce qu’on a voulu lui dire, ce pourquoi le film existe à ce moment-ci. Il met une pierre de plus dans l’édification du discours du citoyen.

Les critiques de cinéma ne changent pas le monde. Ils ne changent à peu près pas le cinéma. André Lavoie l’admet. Leur métier ne donne pas à manger aux enfants pauvres. Mais la pauvreté, ce n’est pas juste physique, plaide-t-il. «Lorsqu’un citoyen pose un geste créatif, politique ou social, c’est important d’y réfléchir.» Pas juste cliquer J’aime.

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Malorie Gosselin est étudiante en journalisme à l'UQAM et stagiaire à ProjetJ.

Les choix du critique 

Meilleur film sur le cinéma

8 1/2, de Federico Fellini

Un film exceptionnel sur un cinéaste en panne d'inspiration: rarement passage à vide d'un personnage (et de son créateur!) fut aussi remarquable, inventif, et iconoclaste.

Meilleur livre sur le cinéma

TRUFFAUT, François. Hitchcock, avec la collaboration de Helen Scott, édition définitive, Albums Beaux Livres, Éditions Gallimard, 1993, 312 pages.

Des entretiens menés par François Truffaut avec le maître du suspense: brillant!

Meilleur site sur le cinéma

The Internet Movie Database

Et par fierté, mais aussi par chauvinisme parce que j'y travaille depuis 2003: mediafilm.ca!