Alors que l’industrie du magazine tente tant bien que mal de survivre à la crise, l’édition jeunesse fait montre d’une santé insolente. À tel point qu’après les Débrouillards il y a trente-deux ans et les Explorateurs il y a treize ans, les Publications BLD vont tenter, dès la rentrée, de rejoindre les 14-17 ans avec un tout nouveau magazine: Curium.

Alors que l’industrie du magazine tente tant bien que mal de survivre à la crise, l’édition jeunesse fait montre d’une santé insolente. À tel point qu’après les Débrouillards il y a trente-deux ans et les Explorateurs il y a treize ans, les Publications BLD vont tenter, dès la rentrée, de rejoindre les 14-17 ans avec un tout nouveau magazine: Curium.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«C’est un public qui nous faisait peur, avoue Félix Maltais, éditeur des Publications BLD. Nous avions l’impression qu’à cet âge-là, d’une part les jeunes sont plus intéressés par les produits de consommation de masse qui leur sont offerts, dont le choix est énorme, d’autre part, qu’ils se désintéressent de la science. Les plus jeunes voient du fun dans le fait de faire des expériences. Ensuite, ça devient une vraie matière à l’école, c’est moins considéré comme un loisir. Nous savons cependant que même si les Débrouillards ciblent les 10-14 ans, nuance-t-il, nous avons des 15-16 ans qui sont encore abonnés. Ils ne le crient pas, n’apportent pas leur exemplaire à l’école… mais ils restent attachés au produit et au sujet.»

Si les Débrouillards et les Explorateurs vendent à eux deux 50 000 exemplaires par mois – 97% par abonnement – 8 000 jeunes quittent la communauté chaque année, principalement parce qu’ils sont devenus trop vieux. Si les filles, qui s’en vont d’ailleurs généralement plus tôt, peuvent ensuite trouver leur bonheur dans la presse féminine adolescente, les garçons qui voudraient continuer à lire la presse magazine se retrouvent alors dans un véritable no man’s land.

«Nous nous sommes dit que nous étions certainement les mieux placés pour nous installer dans cette niche, explique Félix Maltais. Nous avons l’expertise, et avec nos débrouillards, les futurs lecteurs de Curium. Nous avons aussi décidé de ne pas nous focaliser uniquement sur la science mais aussi sur les technologies et les questions de société, avec une grande ouverture sur le monde.»

Encourager les carrières en science

Aujourd’hui, les Débrouillards, les Explorateurs et leurs hors-séries sont arrivés à maturité et affichent une bonne santé financière, assure leur éditeur. Il était donc temps de s’attaquer à ce nouveau marché, d’autant que le gouvernement du Québec a annoncé l’an dernier vouloir valoriser la science auprès des jeunes afin d’encourager des carrières dans ce domaine.

«Nous y avons vu l’opportunité d’aller chercher une subvention nous permettant de développer et de lancer ce nouveau magazine, explique-t-il. Et de fait, nous savons depuis le mois d’avril que nous recevrons une allocation de 59 000$ pour 2014. En tant que magazine, nous avons une subvention de la part du fédéral, et parce que nous sommes dans le domaine des sciences, une autre du côté du provincial. Mais il nous fallait plus pour démarrer un nouveau magazine, et c’est ce que nous avons obtenu.»

Deux numéros de Curium sortiront d’ici la fin de l’année et dès 2015, ce sera onze numéros par an, comme ses grands frères. En comptant les hors-séries, l’éditeur sortira donc quarante titres par an… avec une équipe de quinze personnes à temps plein. Au sein des rédactions, chaque magazine dispose en effet d’une rédactrice en chef, d’une assistante de rédaction et d’une directrice artistique, les Débrouillards ayant, en plus, un journaliste scientifique.

Une vraie communauté

«Une équipe très féminine, alors que notre public est plutôt masculin, note Félix Maltais. C’est sûr que pour travailler dans un  magazine jeunesse, il faut aimer parler aux enfants… et que ça attire plus les femmes. Nous avons aussi toute une équipe de pigistes, beaucoup de filles encore, surtout en rédaction. Nous, ce que nous recherchons, ce sont des gens qui ont à la fois une formation en journalisme et en science. Ce qui est amusant, c’est que lorsque nous avons fait passer les entretiens pour Curium, nous nous sommes aperçus que beaucoup de ceux qui postulaient avaient lu les Débrouillards lorsqu’ils étaient enfants… c’est une vraie communauté.»

Une communauté que l’éditeur espère bien voir grandir avec l’arrivée de ce nouveau magazine. Pour faire croitre son lectorat, mais aussi pour que le garder dans la presse magazine afin qu’il poursuive, à l’âge adulte.

«Curium, c’est un peu le chainon manquant entre les Débrouillards et Québec Science, conclut-il. On sait bien qu’on n’aura pas 20 000 abonnés dès la première année, mais petit à petit, nous espérons voir nos débrouillards migrer. Ce qui nous a rassuré, c’est que nous avons sondé à la fois nos lecteurs et leurs parents. Tous nous ont dit leur attachement au format magazine alors que nous aurions pu imaginer qu’à cet âge-là, ils auraient préféré un webzine ou une application mobile. Et les parents nous ont même affirmé qu’ils étaient prêts à continuer à payer l’abonnement de leur ado. C’est un des points qui nous a convaincus de nous lancer sur ce créneau.»

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