Lorsque le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World (NoW) a éclaté en Grande-Bretagne à l’été 2011, l’Australie venait tout juste d’entamer une étude sur l’état de sa radiodiffusion. Quelques mois plus tard, une commission d’enquête sur les pratiques et l’éthique journalistique est mise sur pied. Coup de projecteur sur ces deux exercices.

Note de lecture de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa

Carolane Gratton, étudiante à la maîtrise en communication à l'Université d'Ottawa

Lorsque le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World (NoW) a éclaté en Grande-Bretagne à l’été 2011, l’Australie venait tout juste d’entamer une étude sur l’état de sa radiodiffusion (Convergence Review ou CR). Puisque la majorité des médias australiens appartiennent à Rupert Murdoch, propriétaire du média au centre de la crise du NoW, le public a demandé au gouvernement de se pencher aussi sur la situation de la presse écrite. En novembre 2011, une commission d’enquête sur les pratiques et l’éthique journalistique, menée par Ray Finkelstein, est mise sur pied.

Les professeurs en journalisme Johan Lidberg et Martin Hirst se sont penchés sur ces deux enquêtes. Ils ont découvert que malgré le manque de confiance croissant de la population australienne envers leurs médias, ces derniers se sont opposés à tout changement du système de régulation qu’ils considèrent comme adéquat.

Pourtant, des études précédentes démontrent que ce système est contreproductif. La presse écrite et électronique s’autorégule via le Conseil de Presse de l’Australie. Les radiodiffuseurs, quant à eux, ont établi leurs codes de conduites en collaboration avec le gouvernement via l’Australian Communication and Media Authority (ACMA) et deux autres acteurs, un comité d’éthique du syndicat des journalistes et la Commission australienne de la consommation et de la concurrence complètent le tableau.

Sur les 33 témoignages que les médias ont soumis aux deux études (CR et Finkelstein), 84% considéraient leur mode de régulation comme suffisant. Ils ont aussi ajouté qu’il n’y avait aucun besoin de modifier ni l’accessibilité du public au système d’imputabilité, ni de réviser les standards journalistiques. De plus, ils ont critiqué l’idée comme quoi le gouvernement devrait soutenir de nouveaux médias émergents afin de favoriser la diversité des voix. Ils considèrent, au contraire, que ces derniers doivent faire face aux lois du marché comme les autres.

Entre les critiques qui veulent changer le mode de régulation en place et les médias australiens qui veulent le garder, les attentes quant au rapport Finkelstein étaient grandes. La principale recommandation était l’unification de tous les organes de régulation sous un seul système de plainte, soit le News Media Council (NMC). De plus, il propose que ce dernier soit géré par le gouvernement.

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Il va sans dire que cette recommandation n’a pas plu aux dirigeants des médias qui ont réagi de façon virulente. Les journaux de Rupert Murdoch se sont particulièrement démarqués dans leur critique que ce soit par rapport à la création du NMC ou envers le gouvernement australien qu’ils accusent d’attaquer la liberté de presse.

Face à une opposition aussi marquée dans les médias, le gouvernement australien a décidé de modifier le mandat de l’enquête du CR, qui n’était toujours pas terminée, afin d’y ajouter la révision du rapport Finkelstein et l'émission de nouvelles recommandations. En mai 2012, le Convergence Review a rejeté l’idée de créer un organe de régulation gouvernemental, mais supportait la création d’un système d’autorégulation indépendant qui regrouperait tous les types de médias (journaux, télévision, radio, internet, etc.).

Douze mois plus tard, le gouvernement australien a déposé cinq projets de loi ayant pour but d’améliorer l’état  actuel des médias. Peu de modifications sont en fait proposées en ce qui a trait à l’imputabilité des médias. Le modèle d’organe de plainte unique n’est pas retenu et la création d’un nouvel organisme de surveillance des médias ne fait que remanier celui qui existait déjà. Les changements sont minimes, mais cela n’empêche pas les médias de s’insurger de nouveau.

Seul le Conseil de presse de l’Australie profite de la situation et réussit à négocier un nouvel accord avec ses membres qui acceptent de lui assurer une meilleure stabilité financière et une plus grande autorité.

Plus de deux ans se sont écoulés entre le début des enquêtes et l’annonce des projets de loi, mais moins de dix jours se sont écoulés entre le dépôt de ces derniers et leur rejet par le reste du parlement. Selon les auteurs,  ce qui se voulait une honnête tentative d’engager le public dans un discours sur l’éthique journalistique s’est donc terminé par un échec cuisant.

Les auteurs de cette recherche concluent en indiquant que les médias de Rupert Murdoch représentent maintenant l’empire médiatique le plus puissant d’Australie et qu’ils ont bien peu de concurrence. Leur position, ouvertement critique du gouvernement libéral en place, leur a permis de dépeindre tout mouvement de ce dernier vers une régulation des médias comme une tentative « stalinienne » de faire taire une presse critique. Ces médias ont ainsi réussi à réorienter le débat, l’éloignant de la question d’imputabilité journalistique pour mettre l’accent sur la notion de liberté de presse. En agissant ainsi, les médias ont réussi à raffermir leur situation et sont maintenant libres d’agir comme de par le passé, sans s’inquiéter de menaces de régulation gouvernementale.

Source: Lidberg, Johan et Hirst, Martin. (2013). «In the Shadow of Phone Hacking: Media Accountability Inquiries in Australia» The Political Economy of Communication, 1(1) 111–121.