Trois ans jour pour jour après la publication de son rapport sur l’avenir du journalisme au Québec, Dominique Payette ne mâche pas ses mots. Si elle considère que le texte n’est pas mort et enterré et qu’il a le mérite d’avoir provoqué de nombreux débats, elle s’inquiète cependant d’un certain immobilisme au sein de la profession.

Trois ans jour pour jour après la publication de son rapport sur l’avenir du journalisme au Québec, Dominique Payette ne mâche pas ses mots. Si elle considère que le texte n’est pas mort et enterré et qu’il a le mérite d’avoir provoqué de nombreux débats, elle s’inquiète cependant d’un certain immobilisme au sein de la profession.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Trois ans plus tard, aucune des cinquante-et-une recommandations du rapport Payette n’a été mise en œuvre.

«La balle est clairement dans le camp des journalistes, assure Dominique Payette, elle-même ex-journaliste devenue professeure à l’Université Laval. C’est à eux de s’asseoir, de réfléchir et de se demander ce qui veulent. Moi, ceux que je connais, et j’en connais un bon nombre, que ce soit des anciens étudiants ou des ex-collègues, ils sont en très grande majorité en faveur d’un mouvement vers l’avant, en grande majorité en faveur d’un statut du journaliste professionnel. Dans quel cadre, de quelle manière? Tout ça reste à déterminer. Mais à mon avis, un très grand nombre d’entre eux comprend la nécessité absolue d’aller vers le changement. Est-ce que ça se répercute au niveau de leur représentation? Ça c’est une autre question.»

Plateforme web et journalisme indépendant

Ainsi, Dominique Payette s’explique mal que le débat qui avait démarré visant à mettre en place un statut professionnel, n’ait pas abouti.

«Je me questionne encore sur le virage de la FPJQ. Je m’explique mal qu’ils aient été tellement présents lorsqu’on a déposé le rapport et tellement d’accord, pour qu’au bout du compte, cette adhésion s’effrite. En fait c’est ça. On avait une adhésion très forte aux recommandations il y a trois ans, et cette adhésion s’est effritée, notamment parmi les représentants des journalistes. Ce qui ne signifie pas que le rapport soit mort et enterré, parce que ça a fait son chemin parmi les journalistes. C’est donc à eux de questionner leurs représentants, que ce soit par le biais de la Fédération, de leur syndicat, voire du Conseil de Presse.»

Parmi les recommandations, le projet de plateforme web d’informations interrégionales semble le plus à même de voir le jour dans un avenir plus ou moins proche. Dix millions de dollars avaient été promis par le Parti Québécois en pleine campagne électorale. Et s’il n’est plus vraiment question d’investir une telle somme, le ministre de la culture et des communications, Maka Kotto, a annoncé à deux reprises vouloir le mener à bien en collaboration avec Télé-Québec.

«Lorsqu’ils auront l’impression d’avoir les ressources pour le faire, ils vont le faire, suppose Dominique Payette. Là-dessus je suis assez optimiste. C’est une question d’argent et surtout de priorité. Je crois aussi que la situation particulièrement dramatique des journalistes indépendants est sur le bon chemin, ajoute-t-elle. De quelle manière est-ce qu’il y aura des ajustements? Je n’en sais rien. Mais je crois qu’il y a en ce moment beaucoup de gens qui sont saisis par les difficultés particulières rencontrées par les journalistes indépendants et par les conséquences sur toute la société. Maintenant, est-ce qu’on peut trouver des solutions aux problèmes des journalistes indépendants sans qu’il n’y ait de statut professionnel? C’est là où ça devient de plus en plus complexe. Le fait que le statut soit nébuleux rend les interventions difficiles.»

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Situation dangereuse

Dominique Payette refuse de parler de gâchis et avoue même être très fière de son travail. Celui-ci dresse en effet un portrait très précis de la profession et demeurera de ce fait encore pour plusieurs années un document de référence. Ce qui n’empêche pas la rapporteuse de se dire inquiète quant à la suite des choses et à l’avenir de la profession.

«Nous fonçons encore droit dans le mur et à plus grande vitesse!, prévient-elle. Je regarde l’information régionale par exemple, son extrême concentration depuis les dernières transactions, et je trouve que ce n’est joyeux ni pour le journalisme, ni pour le pluralisme et la diversité de l’information régionale. Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas un mouvement de fond et je continue de penser que la situation est très très très dangereuse.»

Un mouvement qui viendra alors peut-être, selon elle, de la nouvelle génération, celle qu’elle côtoie tous les jours à l’université.

«Hier, je finissais mon cours en disant à mes étudiants que ce ne sont pas les constructeurs de calèches qui ont inventé l’automobile, raconte-t-elle. C’est sûr qu’il y a une nouvelle génération qui doit prendre en main les nouveaux modèles d’affaires, développer des idées neuves, faire preuve d’imagination. Tout en essayant de maintenir des principes éthiques et déontologiques très forts.»

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