Par Martin Forgues – ce texte a originellement été publié dans le bulletin de mai de l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), L'Indépendant.

Ce n’est pas d’hier que l’avènement du numérique a irrémédiablement changé la donne quant à la création de contenu, sa rémunération et les droits touchant à sa distribution. Signe des temps, récemment, le journal Métro placardait abribus et stations de métro d’affiches publicitaires proposant une offre qui témoigne de cette réalité sans équivoque: le quotidien gratuit achète les clichés pris par n’importe quel quidam pour la mirobolante somme de… 50 dollars.

Par Martin Forgues – ce texte a originellement été publié dans le bulletin de mai de l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), L'Indépendant.

Ce n’est pas d’hier que l’avènement du numérique a irrémédiablement changé la donne quant à la création de contenu, sa rémunération et les droits touchant à sa distribution. Signe des temps, récemment, le journal Métro placardait abribus et stations de métro d’affiches publicitaires proposant une offre qui témoigne de cette réalité sans équivoque: le quotidien gratuit achète les clichés pris par n’importe quel quidam pour la mirobolante somme de… 50 dollars.

Cette tendance priorisant l’instantané et la quantité n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour les photographes professionnels. C’est notamment l’opinion d’André Cornellier, photographe professionnel et cofondateur de l’Association canadienne des photographes et illustrateur en communications (CAPIC, selon son acronyme en anglais).

M. Cornellier a récemment rencontré les membres de l’AJIQ dans le cadre du 6@8 mensuel tenu le 27 avril dernier, où il a livré un discours sur l’importance de la protection du droit d’auteur. Il y a notamment dénoncé la facilité avec laquelle on peut s’approprier du matériel protégé via internet, conséquence de l’avènement de l’ère numérique.

Bien que son organisme représente peu de photojournalistes, il s’inquiète du fait que la tendance décrite plus haut se trouve également dans la photo publicitaire, notamment dans le catalogue. «Avant, une bonne caméra coûtait très cher. Maintenant, tout le monde ou presque peut s’acheter du matériel qui donne des résultats de qualité», dit-il lors d’un entretien téléphonique à la suite de la rencontre.

Évidemment, l’universalisation de l’accès à de l’équipement photo de qualité n’est pas ce qui préoccupe le plus; c’est plutôt ce qui en découle. «Aujourd’hui, les magasins peuvent faire eux-mêmes les photos des produits de leur catalogue», déplore-t-il.

«Tout ce qui est ‘bas de gamme’ (NDLR Les photos requérant peu de techniques. Des photos de clous dans une circulaire de quincaillerie, par exemple), ils n’engagent plus personne pour faire ça». Le problème, selon André Cornellier, est que ces photos «bas de gamme» représentaient une bonne partie des revenus de beaucoup de photographes.

Bien sûr, tout n’est pas perdu. M. Cornellier croit que le talent est la planche de salut pour les photographes professionnels. «Tout le monde peut avoir une caméra et de la technique. Le talent, la vision artistique, ça ne s’apprend nulle part», dit-il, ajoutant que la clientèle aura toujours à débourser pour des photos «haut de gamme».

Et que pense-t-il de l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, vu la possibilité de voir être entériné le projet de loi C-32 sur le droit d’auteur? «Nous aurons des représentations avec le gouvernement, c’est sûr», assure le photographe, visiblement préoccupé par le sujet. Rappelons que ce projet de loi, dans sa forme actuelle, fournit un avantage considérable à l’industrie quant à la négociation des droits d’auteur.

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