Certaines municipalités en région sont de véritables déserts médiatiques, d’autres moins. Mais quoi qu’il en soit, plus la communauté est petite, plus le choix de l’électeur se porte sur une personnalité, non sur  un programme, plus l’élection se gagne au magasin général, pas dans les médias.

Certaines municipalités en région sont de véritables déserts médiatiques, d’autres moins. Mais quoi qu’il en soit, plus la communauté est petite, plus le choix de l’électeur se porte sur une personnalité, non sur  un programme, plus l’élection se gagne au magasin général, pas dans les médias.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

«C’est vrai aussi à Montréal, estime Jean-Marc Piotte, politologue et professeur à l’université du Québec à Montréal (Uqàm). Prenez un certain candidat à la mairie, ex-élu du Parti libéral au Fédéral [Denis Coderre, ndlr], vous croyez qu’il a besoin des journalistes pour asseoir sa popularité? Il parvient très bien à parler directement aux gens via ses comptes Facebook et Twitter. C’est encore plus vrai dans les petites municipalités où tout le monde se connaît. L’élection d’un maire se fait via le bouche à oreille.»

Mathieu Proulx est journaliste pour l’Écho abitibien, hebdomadaire propriété de Québecor diffusé dans toute la grande région d’Amos. Il couvre sa première campagne municipale. L’Abitibi n’est pas à proprement parlé un désert médiatique. Québecor y publie un autre hebdomadaire, payant celui-ci, le Citoyen de l’Harricana, TC Média distribue l’Abitibi Express, plusieurs radios locales diffusent des nouvelles et les téléjournaux locaux de Radio-Canada et TVA sont visibles via le réseau RNC.

«Il n’y a pas de quotidien, précise Mathieu Proulx. Mais ce rôle, nous le jouons de plus en plus, nous les hebdomadaires, via nos sites internet. Ce sera d’autant plus vrai lorsque la campagne électorale va prendre son envol, d’ici une semaine ou deux.»

Problème de temps et de place

À Amos, les deux candidats à la mairie sont sortis du bois, mais le débat d’idées n’a pas encore véritablement démarré. Pendant ce temps, Mathieu Proulx creuse les dossiers qui devraient faire l’objet de discussions durant la campagne. Il regarde aussi ailleurs, du côté de la vingtaine de petites municipalités de la MRC d’Abitibi.

«Comment leur donner de la visibilité à toutes alors même que le temps est compté et la place dans le journal limitée? Je me pose encore la question, admet le journaliste. Il va bien falloir leur donner la parole à toutes. Dans certaines communautés, il y a de vrais enjeux en matière d’emploi notamment, mais ce n’est pas partout. Il y a également beaucoup de municipalités où il n’y aura qu’un seul candidat à la mairie. C’est certain que pour moi, le spotlight, ce sera Amos avec cette compétition entre deux candidats, le maire sortant et un de ses collègues au conseil. Il va falloir suivre ce qu’ils auront à dire sur les principaux dossiers.»

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Au magasin général

Mais à en croire Jean-Marc Piotte, la couverture des toutes petites municipalités ne seraient donc pas primordiale pour l’issue du vote.

«Dans les communautés de 200, 300, 400 habitants, c’est au magasin général que ça se passe, estime-t-il. D’autant que le choix de l’électeur se porte en fait plus sur une personne, parce que c’est un ami, un membre de la famille ou du clan, plutôt que sur un programme. À moins qu’il y ait un enjeu particulier comme une augmentation des taxes ou du gaz de schiste sur le territoire. Là, il va y avoir un peu plus de débat si tant est qu’il y ait plusieurs candidats. Mais il est bien rare que les discussions s’étalent dans les journaux.»

La population serait-elle alors plus prompte à se rendre dans les assemblées publiques dans les petites municipalités que dans les grandes villes?

«Je ne pense pas non plus, répond Jean-Marc Piotte. L’affluence qu’on y observe n’a rien à voir avec ce à quoi ça pouvait ressembler avant l’avènement de la télévision, ajoute-t-il. Non, en fait, les gens débattent entre eux, lorsqu’ils se rencontrent au coin de la rue ou dans un commerce, ou lorsqu’ils croisent les candidats. C’est comme ça qu’ils se font leur opinion, pas en fonction de ce qui s’écrit dans le journal!»

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