La campagne pour les élections municipales démarre officiellement aujourd’hui, mais dans les rédactions, on s’y prépare depuis plusieurs semaines. Si pour certains journalistes, spécialistes de la scène municipale, il s’agit simplement de se rancarder sur les principaux candidats, d’autres, à qui l’on attribue pour la première fois une circonscription, doivent se familiariser avec des règles particulièrement complexes.

La campagne pour les élections municipales démarre officiellement aujourd’hui, mais dans les rédactions, on s’y prépare depuis plusieurs semaines. Si pour certains journalistes, spécialistes de la scène municipale, il s’agit simplement de se rancarder sur les principaux candidats, d’autres, à qui l’on attribue pour la première fois une circonscription, doivent se familiariser avec des règles particulièrement complexes.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

La loi sur les élections et référendums municipaux comportent près de 900 articles. La première chose à faire pour tout journaliste couvrant ce scrutin serait donc d’en prendre connaissance, mais même là, pas sûr qu’il parvienne, seul, à en comprendre toutes les subtilités.

«C’est complexe, une loi électorale, estime Denis Dion, responsable des relations presse pour le Directeur général des élections (DGE). Il y a beaucoup de journalistes qui nous appellent lorsque des élections s’en viennent.»

À tel point que le DGE a pris cette année le taureau par les cornes et a proposé à la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ), une formation intitulée Élections municipales: êtes-vous prêts? Formation qui s’est promenée à la fois à Montréal et en région, et à chaque fois, a attiré nombre d’artisans de l’information.

Guider l’électeur

«Dans le contexte de la commission Charbonneau, les journalistes se questionnent beaucoup sur le financement de la campagne et sur les dépenses électorales, raconte Denis Dion. Et force est de constater qu’on retrouve beaucoup d’erreurs à ce sujet dans les médias. Les dépenses électorales sont celles et exclusivement celles qui sont faites durant la période de campagne officielle [à partir d’aujourd’hui, ndlr]. Avant la campagne électorale, il n’y a pas de limite de dépenses. Pendant, il y en a. Et, autre aspect, une dépense faite en dehors de la période électorale ne peut pas faire l’objet d’un remboursement au cas où le candidat atteindrait 15% des voix. Il y a des règles à suivre, des règles qui ne sont pas toujours évidentes.»

Benoit Lapierre couvre la scène municipale pour le Courrier de Saint-Hyacinthe après avoir passé plusieurs années à la Voix de l’Est à Granby. Il offre lui aussi une formation FPJQ, sur le perfectionnement aux affaires municipales.

«Un journaliste qui a de l’expérience et qui connaît bien sa région va être plus à l’aise à couvrir les dossiers durant la campagne, estime-t-il. Mais c’est sûr que pour un jeune reporter à qui on désigne un territoire, c’est complexe. Il doit le mieux possible cerner les enjeux de l’élection sur son secteur en faisant le tour du passé. Il peut le faire en discutant avec les autres, son directeur de l’information notamment, en questionnant les politiciens et les associations, en fouillant dans les archives du journal, en allant voir ce qui s’écrivait lors des dernières campagnes, ce qui s’est fait durant les quatre ans du mandat qui s’achève, etc.»

«La particularité des municipales, dans les villes moyennes comme Chicoutimi ou Saint-Hyacinthe, c’est qu’il n’y a pas de parti politique, donc pas de ligne, pas de programme de parti, poursuit-il. Les candidats développent leurs idées au fur et à mesure. Le journaliste a un gros travail de vérification et de mise en perspective à faire afin de bien guider l’électeur dans ses choix.»

Petits discours électoralistes

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Car ce scrutin est fondamental, estiment les deux hommes. Les enjeux municipaux sont ceux qui touchent la population au quotidien. Le déneigement, les permis de construire, l’éclairage des rues, l’aménagement du territoire, etc., autant de sujets sur lesquels les élus devront statuer, quelle que soit la taille de leur municipalité. Et pourtant, les taux de participation ne sont jamais très hauts.

«C’est le rôle du journaliste d’intéresser son audience à ce sujet, estime Benoit Lapierre. Il peut y parvenir s’il se dote d’un plan. S’il décide de creuser des sujets importants sans se laisser embarquer par les petits discours électoralistes des candidats. Il doit arriver avec ses questions, confronter l’équipe en place et celles qui veulent prendre sa place. Voir ce que les gens ont à offrir et s’ils connaissent bien les dossiers. Par la force des choses, si le journaliste fait bien son travail, ça peut amener la population à aller voter.»

Le temps presse

La liste électorale, autre particularité de l’élection municipale.

«Elle inclut bien sûr tous les citoyens canadiens vivant sur le territoire, mais aussi tous les gens qui ont des commerces dans la localité ainsi qu’une résidence secondaire ou un immeuble à condos, explique Denis Dion. Ça inclut les chalets de villégiature, notamment. Ça signifie que les gens peuvent voter dans plusieurs municipalités. Et ça, peu de journalistes le savent. Or, c’est important de le signifier à la population.»

Important, surtout pour les journalistes, comme Benoit Lapierre, qui couvrent de vastes zones rurales où les chalets sont légions.

«Le problème, c’est que le temps presse, regrette le journaliste du Courrier de Saint-Hyacinthe. La campagne officielle, c’est seulement six semaines et il y aurait tant à dire sur chacune des petites localités que l’on couvre. D’autant que l’une des règles numéro un pour ne pas se voir taxer de favoritisme, c’est d’offrir le même espace à chacun des candidats.»

«Quoi qu’il en soit, en tant que journaliste, ça s’annonce très intéressant, conclut-il. Avec tout ce qui s’est passé dans les dernières années, il risque d’y avoir pas mal de brassage.»

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