Trois ex-confrères ayant fait le saut en politique sous la bannière du parti québécois ont mordu la poussière hier, dans un scrutin ayant ramené au pouvoir un gouvernement libéral majoritaire. Parmi eux, l’un des ténors du parti depuis son départ de Radio-Canada en 2012, Pierre Duchesne, encore il y a peu ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche, de la science et de la technologie.

 

Trois ex-confrères ayant fait le saut en politique sous la bannière du parti québécois ont mordu la poussière hier, dans un scrutin ayant ramené au pouvoir un gouvernement libéral majoritaire. Parmi eux, l’un des ténors du parti depuis son départ de Radio-Canada en 2012, Pierre Duchesne, encore il y a peu ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche, de la science et de la technologie.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

La lutte aura été serrée dans cette circonscription de Borduas, traditionnellement péquiste, mais la défaite de Pierre Duchesne a été confirmée peu avant minuit. Il perd son siège à l’Assemblée nationale par un peu moins de cent voix, au profit du caquiste Simon Jolin-Barrette.

Monsieur Duchesne avait essuyé des critiques au printemps 2012 lorsqu’il s’est lancé en politique aux côtés des péquistes. Après avoir prévenu qu’il quitterait Radio-Canada le 5 juin, décision effective dix jours plus tard, celui qui fut pendant plusieurs années chef de bureau parlementaire du diffuseur public à Québec avait annoncé sa candidature dans la circonscription de Borduas, laissée vacante par Pierre Curzi. Ses détracteurs lui reprochaient, a posteriori, un manque de transparence lors de ses années passées à couvrir la colline parlementaire.

Critiqué encore pour sa gestion du Sommet de l’éducation supérieure sensé mettre un terme au printemps érable en redonnant de l’espoir aux étudiants et un avenir aux universités québécoises, et qui de l’avis de nombreux observateurs, n’aura pas été à la hauteur des attentes.

Malgré cela, Pierre Duchesne était, il y a encore quelques heures, présenté comme l’un des dauphins de la cheffe péquiste Pauline Marois, et comme l’un de ses successeurs potentiels. Le résultat d’hier en aura certainement décidé autrement.

Dominique Payette refoulée

Autre défaite, celle de Dominique Payette dans la circonscription de Charlesbourg. Ex-journaliste à Télé-Québec et à Radio-Canada, devenue professeur au département de communication de l’Université Laval et mairesse de la municipalité de Lac-Delage, elle n’est arrivée que troisième hier soir, recueillant seulement 17% des suffrages exprimés et laissant le siège au libéral François Blais.

En 2011, Madame Payette a publié un rapport sur l’avenir des médias et du journalisme au Québec. Rapport commandé par le gouvernement libéral de Jean Charest et remis à sa ministre des communications de l’époque Christine Saint-Pierre. Depuis, aucune des cinquante-et-une recommandions qui avaient été faites n’a été mise en œuvre, ni par l’équipe libérale, ni par le gouvernement péquiste qui lui a succédé aux manettes.

Dans une entrevue à ProjetJ en début de campagne électorale, Dominique Payette affirmait que si elle faisait son entrée au Salon bleu, elle continuerait «à plaider la cause des journalistes.»

Nul ne doute qu’elle continuera à le faire, mais à l’extérieur de l’Assemblée nationale. Où elle aura d’ailleurs sans doute les coudées plus franches.

PKP, Drainville et Lisée au Salon bleu

Un autre ex-journaliste a mordu la poussière lors de cette élection, la pire qu’ait connu le Parti québécois depuis sa création, en la personne d’Alexis Deschênes dans la circonscription de Trois-Rivières. Cette étoile montante du journalisme télévisuel avait quitté la profession contre toute attente il y a quelques années pour reprendre des études de droit et devenir avocat.

À l’époque, il avait fustigé le rythme infernal imposé aux journalistes du fait de la convergence et du multiplateforme, et l’impossibilité de travailler en toute indépendance, tout en montrant du doigt son ex-employeur, en l’occurrence Québecor. Interrogé sur cette déclaration lors de l’annonce de la candidature de son ex-patron, Pierre-Karl Péladeau, dans les rangs de sa formation, Monsieur Deschênes s’est adouci, affirmant n’avoir jamais reçu d’appel de PKP avant ou après un reportage.

Un Pierre-Karl Péladeau qui, quant à lui, a remporté la circonscription de Saint-Jérôme, battant notamment l’un de ses anciens employés, le libéral Armand Dubois, qui n’a pas été tendre  envers son ex-employeur durant toute la campagne. L’homme d’affaires québécois fera donc son entrée à l’Assemblée, aux côtés d’un autre ex-journaliste devenu péquiste, Bernard Drainville, réélu facilement dans sa circonscription de Marie-Victorin et de Jean-François Lisée, homme de médias lui-aussi, et dont la confirmation de la réélection dans Rosemont est intervenue tard dans la soirée. Devant les militants dévastés pas la défaite hier soir, ils sont montés tous les trois sur la scène de l’hôtel Westin, dans le Vieux-Montréal, leur promettant un avenir meilleur pour le PQ et le Québec. Avenir dans lequel ils espèrent tous les trois jouer un rôle de tout premier plan…

Du côté du Parti libéral du Québec, les ex-journalistes Christine Saint-Pierre et Dominique Vien se sont très facilement fait réélire, respectivement dans les circonscriptions d’Acadie et de Bellechasse. Les électeurs de Montarville ont, quant à eux, reconduit de justesse la caquiste Nathalie Roy. Avocate et journaliste de formation, elle a notamment travaillé à TQS, Radio-Canada, TVA et LCN.

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