par Philippe Lapointe

Sophie Thibault succédera donc à Pierre Bruneau à l’heure du souper à TVA Nouvelles, et Pierre-Olivier Zappa la remplacera à 22 heures.

Décision brillante: avec Sophie Thibault aux commandes, le public de TVA reste en terrain connu, en confiance. Sophie incarne les grandes qualités qu’on cherche chez un chef d’antenne : la crédibilité, la solidité, la constance. Zappa, étoile montante, aura le temps de se construire avant d’accéder au trône.

Il y a 20 ans, j’ai nommé Sophie Thibault présentatrice du bulletin national de TVA, le TVA 22 heures. Aussi incroyable que ça puisse paraître aujourd’hui, plusieurs questionnaient cette nomination. Une femme à la barre saurait-elle inspirer confiance? La réponse, immédiate, est venue sous forme de cotes d’écoutes spectaculaires, de trophées Artis votés par le public, et surtout d’une crédibilité à toute épreuve. Le public, plus ouvert que certains le croyaient, a adopté Sophie Thibault comme référence en information télévisée.

Entrevue avec celle qui, il y a 20 ans, devenait la première femme présentatrice d’un bulletin de nouvelles national en Amérique du Nord, par celui qui l’avait nommé à ce poste, Philippe Lapointe

Philippe Lapointe

Après 20 ans à présenter le TVA en fin de soirée, tu vois ce nouveau défi comme une bonne nouvelle?

Sophie Thibault

Je suis ravie et surprise. Je ne m’attendais pas à cette proposition. Je l’ai prise comme un cadeau. J’embarque dans ce bateau-là modestie mais aussi avec confiance. Pierre Bruneau animait à l’heure du souper depuis presque un demi-siècle. Mais je connais l’équipe, une équipe formidable, avec laquelle je travaille déjà très bien. Les nouvelles à TVA, ce n’est pas beaucoup de monde, et on est tissés serrés. J’ai hâte de commencer.

Philippe Lapointe

En 20 ans, est-ce que le rôle de chef d’antenne a beaucoup changé?

Sophie Thibault

Oui, bien sûr. Ça va plus vite, comme tout va plus vite! L’information en direct, et même en temps réel, instantanée, et puis le plus grand nombre de débats en ondes que le chef d’antenne doit arbitrer.

Mais je te dirais que le plus grand changement, c’est celui de l’environnement. Le numérique, avec les téléphones portables, Google et les moteurs de recherche, l’accès instantané à toutes les nouvelles, vraies et fausses. À travers tous ces bouleversements, et les changements climatiques, les conflits et les guerres, à travers toute cette instabilité, le rôle du chef d’antenne comme figure rassurante devient encore plus important.

Philippe Lapointe

Dans le fond, est-ce que dans ce métier de chef d’antenne, la durée représente un avantage? Tu es fidèle au poste depuis 20 ans, presque 30 quand on compte les années où tu présentais les week-ends. C’est un atout?

Sophie Thibault

Je pense que oui. Bâtir une crédibilité prend des années. Un collègue me disait que je suis une influenceuse plus influente que la plupart de ceux qu’on appelle « influenceurs ». Ça peut sembler paradoxal, mais si je peux avoir une quelconque influence, c’est justement parce que je ne donne pas mon opinion. Je ne me prononce pas sur l’actualité, je la raconte, j’en témoigne. Je fais ce métier avec les mêmes valeurs fondamentales que mon père (Marc Thibault, pionnier de l’information télévisée au Québec, ancien grand patron de l’information à Radio-Canada) défendait, l’intégrité et la recherche de la vérité et de l’objectivité.

Philippe Lapointe

Les médias dits « traditionnels », comme TVA, font tout en leur pouvoir pour s’imposer sur le web. Pourtant, tu es toi-même peu présente sur les médias sociaux. Pourquoi?

Sophie Thibault

Les médias sociaux favorisent le contraire, la polarisation, le débat, et les propos qu’on y trouve virent souvent aux diatribes et aux insultes. On y trouve beaucoup de faussetés, de mensonges. Au début, j’y allais un peu plus, mais comme beaucoup de personnalités publiques, je me fais diffamer, insulter et c’est certain que ça peut m’affecter. Alors, pour des raisons d’équilibre personnel, je me tiens plus loin, même si je les consulte forcément, comme Twitter que j’utilise comme un genre de fil de presse. Mais je n’émets pas d’opinion. Ce n’est pas mon rôle.

Au contraire, je pense que le travail que nous faisons, et dont je suis la figure publique, devient en quelque sorte un refuge, un endroit sur lequel on peut se fier pour avoir des informations véridiques.

Ma mission, c’est de présenter les nouvelles aux gens, pas de leur dire ce que j’en pense. Je présente les faits, et les gens se font une opinion. C’est un grand défi, d’abord de ne pas commettre d’erreur, en tout cas le moins possible, puis de présenter les faits le plus objectivement possible. Ce n’est jamais parfait, mais on le fait avec le souci de recherche de la vérité, de l’objectivité. La crédibilité d’un organe de presse repose là-dessus.

Philippe Lapointe

Avec les années, tu atteins un statut plus important. Ça te donne des avantages?

Sophie Thibault

Je vais te faire sourire. Avec ce nouvel horaire de travail, j’ai fait une demande hors de l’ordinaire à mon patron, celle de pouvoir amener mon petit chien avec moi au bureau de temps en temps. C’est un vieux caniche miniature de 13 ans, qui s’appelle Nano. Un petit être poilu et frisé bien tranquille, déjà apprécié de tous. Ça met de la joie dans notre bien sérieuse salle des nouvelles.