Les écoles de journalismes ont recruté ces dernières semaines les nouveaux étudiants qui peupleront leurs classes en septembre. Des années d'études exigeantes les attendent en vue d'un métier «en détresse», pour reprendre l'expression de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre.

Les écoles de journalismes ont recruté ces dernières semaines les nouveaux étudiants qui peupleront leurs classes en septembre. Des années d'études exigeantes les attendent en vue d'un métier «en détresse», pour reprendre l'expression de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre.

Beaucoup d'appelés, peu d'élus

Les universités québécoises offrent plusieurs programmes de formation. Au premier cycle, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) offre un baccalauréat en trois ans mêlant ateliers pratiques et cours d'éthique et de culture générale. Pour sa part, l'Université de Montréal offre un certificat d'un an s'adressant aux étudiants ayant déjà en poche un diplôme universitaire. L'Université Concordia et l'Université Laval offrent, quant à elles, des programmes de premier et de second cycle.

Mais à l'image de la profession, ces écoles font beaucoup d'appelés et peu d'élus. À elle seule, l'UQAM recrute chaque année une soixantaine d'étudiants sur environ 400 candidats. La plupart des formations sont contingentées. Elles sélectionnent les étudiants sur la base de leur dossier académique et prennent en compte leur motivation, leur curiosité, leur culture générale et leur niveau d'expression française à l'écrit comme à l'oral. La débrouillardise et l'autonomie sont aussi des qualités recherchées.

Directrice associée pour les cheminements en journalisme de la maîtrise en communication publique de l'Université Laval, Dominique Payette cherche à constituer chaque année une cohorte éclatée composée d'étudiants curieux issus de milieux divers, y compris de l'immigration. Les élus de ce programme de maîtrise – majoritairement des filles, bien que les garçons s'inscrivent plus au second cycle qu'au premier – suivent une formation en 18 mois comprenant un stage de 8 semaines à l'étranger qui pourra les mener aussi loin qu'au bureau de l'AFP à New Delhi.

Le rêve du grand reporter

La plupart des candidats, à l'Université Laval comme à l'UQAM, rêvent d'ailleurs de parcourir le monde. «Beaucoup veulent être correspondants à l'étranger pour Radio-Canada. Ils admirent Joyce Napier et Alexandra Szacka», note Dominique Payette. «Quand on les questionne sur leur motivation, tristement, on constate que plusieurs prennent le journalisme pour une agence de voyages. Ils veulent rencontrer des gens et voyager», explique le responsable du baccalauréat en journalisme de l'UQAM, Jean-Claude Bürger.

Cependant, «au fil des études, les choses se précisent. Ils sont confrontés à la réalité et à leurs limites, ils développent de nouveaux intérêts et passent de touristes à mordus», explique Jean-Claude Bürger, dont la plupart des étudiants sortent fraîchement du cégep. À la maîtrise, en revanche, «très peu n'ont pas encore tâté le marché du travail. Donc, ils sont connectés à la réalité. Ils savent ce qui les attend et beaucoup envisagent le journalisme indépendant», précise Dominique Payette.

Prêts pour la réalité?

Bercés par les aventures de Tintin, beaucoup de ces futurs journalistes, promis à un marché du travail en mutation, rêvent d'un journalisme à l'ancienne. Ils s'informent d'ailleurs majoritairement en consultant les médias traditionnels. Radio-Canada, TVA et Cyberpresse sont les plus cités en entretien de sélection à l'UQAM, tandis que le Courrier International est en haut de la liste des candidats à la maîtrise de l'Université Laval.

Le marché du travail cherche pourtant bien peu de Tintin. De plus en plus, les rédactions convoitent des journalistes capables de faire de la programmation informatique ou de l'exploitation de données. Dans ce contexte, le journaliste argentin Pablo Mancini appelle ses collègues à devenir des hackers pour survivre. Quelques exemples: Quebecor cherche actuellement un «reporter multifonctions» et un «rédacteur-monteur», Yahoo! Québec recrute un «éditeur de page d'accueil» et la radio M105 de Granby embauche un «nouvelliste».

En vue de s'adapter à la demande, l'UQAM modifiera son curriculum à partir de l'automne pour faire plus de place au journalisme multiplateforme et multimédia. Le Prix Lizette-Gervais, s'adressant aux finissants des écoles de journalisme, intégrera d'ailleurs le web-journalisme dès 2012. Dans le même esprit, l'Université King's de Halifax a mis au point une maîtrise axée sur le journalisme entrepreneurial et le journalisme de données alliant des cours de journalisme, d'informatique et de gestion des affaires.

 

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