Sun New fera son entrée dans le
paysage médiatique canadien dans trois semaines. Déjà surnommée
la Fox News du Nord ou encore le mouton noir de la télévision
canadienne, cette chaîne anglophone d’information en continu de
Quebecor veut bousculer l’ordre établi en misant sur le débat
et la nouvelle brute. Projetj a rencontré un de ses
architectes: Luc Lavoie, conseiller du président de Quebecor,
Pierre-Karl Péladeau.

Sun New fera son entrée dans le
paysage médiatique canadien dans trois semaines. Déjà surnommée
la Fox News du Nord ou encore le mouton noir de la télévision
canadienne, cette chaîne anglophone d’information en continu de
Quebecor veut bousculer l’ordre établi en misant sur le débat
et la nouvelle brute. Projetj a rencontré un de ses
architectes: Luc Lavoie, conseiller du président de Quebecor,
Pierre-Karl Péladeau.

Comment comptez-vous vous
différencier de CTV News et CBC News?

Nous allons nous inspirer de LCN, une
chaîne portée par des vedettes que les gens aiment, comme Jean-Luc
Mongrain et Denis Levesque. À Sun News, nous avons embauché Charles
Adler, la plus grande personnalité de la radio parlée au Canada
anglais. Nous voulons travailler avec de bons communicateurs qui
présentent l’information sous un jour différent en suscitant et en
encourageant le débat. Les gens se reconnaissent dans ce type
d’émission. C’est comme ça qu’ils discutent de politique autour de
la machine à café au bureau, pas en écoutant un professeur de
l’Université de Toronto.

On s’inspire aussi de la chaîne de
journaux Sun qui a une tradition très particulière. Elle a été
créée en 1971 et s’est développée une personnalité assez unique,
irrévérencieuse, populiste, très col bleu, très près de ses
lecteurs. C’est une chaîne qui n’a pas peur de couvrir les choses
que d’autres ne couvrent pas parce que ça ne répond pas à la
rectitude politique.

Qu’entendez-vous par «rectitude
politique»?

Nous sommes d’avis qu’il y a une
standardisation énorme du contenu des grands médias. Elle se
manifeste dans le ton, dans le choix de la matière à couvrir et
dans les contraintes mentales qu’on s’imposent et elle n’est pas
saine.

Par exemple, l’année dernière, la
question des détenus afghans a suscité énormément d’intérêt de
la part des médias. C’est tiré par les cheveux comme enjeu. Des
soldats à la guerre qui se font tirer dessus, qui prennent
prisonniers les gens qui leur ont tiré dessus dans un pays souverain
et qui les remettent aux autorités locales. Et il paraît que
celles-ci ne sont pas gentilles avec les prisonniers, ben là! On a
fait des sondages en demandant aux gens ce qu’ils pensaient de ce
dossier et 95% n’en ont jamais entendu parler. Ce n’est pas parce que
la gent journalistique est scandalisé qu’il y a un scandale pour le
peuple.

Le rôle des médias n’est-il pas
d’élever le débat public?

C’est de la restriction mentale ça.
L’information est un service. On n’est pas là pour juger à la place
des gens ce sur quoi ils doivent réfléchir. Je n’ai pas de mission
sociale. Ma mission est de connecter avec mon public. Ce n’est pas
parce que le Globe and Mail, le Toronto Star, CBC et
leurs semblables décident qu’on ne devrait pas couvrir un enjeu
parce que ça pourrait créer des remous sociaux qu’on va s’empêcher
de le faire. Je ne suis pas un organisateur de manifestations!

Si vous allez partout au Québec ou au
Canada, vous allez réaliser que l’un des enjeux de l’heure, c’est
l’immigration, mais personne n’en parle. Il ne faut pas parce que si
on en parlait, on se ferait accuser d’être raciste ou je ne sais
quoi. Pourtant, c’est renversant qu’on soit un des seuls pays du
monde où on ne sait pas combien il y a d’immigrants illégaux! Je
suis convaincu qu’il y en a des dizaines et des dizaines de milliers.
Est-ce que c’est mal? À d’autre de juger, mais il faut en parler.

L’information internationale
aura-t-elle sa place à Sun News?

Je pense que l’information
internationale ne pourra représenter moins de 35-40% de notre
couverture. Si vous regardez le comportement de nos entreprises au
cours des dernières crises, que ce soit en Égypte ou au Japon, on a
envoyé des équipes sur place instantanément. Notre réseau de
nouvelles télévisées va, en plus, être à la fine pointe de la
technologie, donc nos journalistes vont partir dans le monde entier
avec des équipements miniaturisés qui vont leur permettre d’envoyer
des images et des commentaires de partout.

On veut se détacher du modèle de
couverture, qui existe depuis 35-40 ans à la télévision, selon
lequel une nouvelle est couverte par un topo complètement monté
d’une minute quarante-cinq se terminant par un stand up du
journaliste. On ne veut pas de ça, on va avoir des présentateurs
qui vont présenter les images, le son puis qui vont se tourner vers
le journaliste pour une conversation en duplex. Ça va être plus
conversationnel et surtout plus réel.

Vous comptez donc contribuer à la
mutation du métier…

Tout à fait. D’abord en faisant sauter
les barrières en bonne partie artificielles qui veulent qu’un
journaliste de l’écrit ne peut pas faire de la télévision parce
que c’est tout un autre métier. Non, pas chez nous. La nouvelle,
c’est la nouvelle: cueillette et traitement de l’information. Nos
journalistes vont être capables de rendre la nouvelle sur toutes les
plateformes.

Les 1000 journalistes de Sun suivent
depuis quelques mois une formation intensive pour être en mesure
d’utiliser tous les outils technologiques. Tous seront appelés à
intervenir partout et de toutes les façons parce que nous voulons
optimiser les ressources. Vous ne verrez pas 4 caméras et 12
personnes de Sun News dans une même conférence de presse, comme
c’est le cas avec CBC. Nous n’avons pas accès aux deniers publics
pour faire ça.

Que pensez-vous de l’étiquette de
Fox News du nord?

Nous n’avons aucun lien avec les gens
de Fox, sinon qu’on les regarde parce qu’on veut savoir ce qui se
fait et ce qui fonctionne. Fox est le réseau de nouvelles qui a le
plus de succès sur la Terre. Si j’ai du succès comme eux, je vais
ouvrir bien des bouteilles de champagne.

Nous ne comptons pas nous placer d’un
côté ou de l’autre de l’échiquier politique, mais du côté des
gens en parlant de ce dont ils parlent. Si certains décrètent qu’on
est très à droite, qu’ils le fassent, mais je ne saurais vous dire
de quel côté vote la plupart de nos personnalités dont Charles Adler et David Akin. Warren Kinsella va être un de nos
collaborateurs, il a travaillé pour Jean Chrétien et est considéré
comme faisant partie de l’aile gauche du Parti libéral. Mais, avant
tout, il débat avec vigueur, c’est ça qu’on veut.

Nous sommes la plus grande organisation
de presse au Canada. Nous avons des critères d’éthique et de
déontologie aussi élevés sinon plus que les autres, nous comptons
sur des journalistes de très bon calibre, nous n’avons de leçon à
recevoir de personne.

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