Alors que bon nombre de journalistes s’occupent à défendre leurs conditions de travail, voire leur emploi, le milieu de l’enseignement profite d’une relative stabilité. Les études en journalisme ont encore la cote. Certes, les universités et les cégeps ne roulent pas sur l’or, les finissants peinent de plus en plus à se dénicher des stages, mais les programmes ne sont pas menacés à brève échéance. 

Ce texte a été publié dans le Journal du Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, édition 2009.

Alors que bon nombre de journalistes s’occupent à défendre leurs conditions de travail, voire leur emploi, le milieu de l’enseignement profite d’une relative stabilité. Les études en journalisme ont encore la cote. Certes, les universités et les cégeps ne roulent pas sur l’or, les finissants peinent de plus en plus à se dénicher des stages, mais les programmes ne sont pas menacés à brève échéance.

Les lieux de formation ne peuvent pas pour autant rester indifférents face à la crise actuelle des médias. Au contraire, ils doivent plus que jamais assumer leur rôle de laboratoire professionnel et prendre acte de la complexité, du risque, du contexte d’expérimentation des nouvelles pratiques qui seront le lot du métier dans les années à venir.

Vers les nouveaux médias

La formation spécifique aux différents supports médiatiques – presse écrite, radio, télévision – demeure pertinente, même si elle se décloisonne peu à peu. Les étudiants en journalisme, qui autrefois avaient le choix entre le journal étudiant et la radio communautaire pour s’exercer, ont désormais d’autres options : animer un blogue, un profil Twitter ou un groupe Facebook; diffuser leurs reportages sur YouTube; ou tout ça à la fois. Il ne s’agit pas de se faire voir sur un maximum de plateformes, mais bien de les utiliser de manière spécifiquement journalistique (ce qui serait en soi innovateur!).

Les nouvelles pratiques suscitent le malaise, quand ce n’est pas l’indifférence, chez bien des enseignants. On y voit une mode passagère, un autre exemple de brouillage des genres, ou encore un monde secret, impénétrable, appartenant à une autre génération. Pourtant, tout cela soulève des questions professionnelles auxquelles leur expertise pourrait apporter des éléments de réponse. Des questions qui sollicitent des compétences non pas technologiques, mais intellectuelles – jugement critique et éthique, culture générale, méthode rigoureuse, écriture efficace – qu’on enseigne en journalisme depuis toujours :

–    Comment exploiter le potentiel de diffusion et d’échange de Facebook sans compromettre son intégrité?
–    Comment puiser les richesses informationnelles de Twitter sans succomber au commérage?
–    Sur quelles bases évaluer la qualité du commentaire d’un blogueur?
–    Quel usage efficace, pertinent et journalistique de la vidéo peut faire un journaliste de l’écrit?
–    Y a-t-il un avenir pour des journalistes « monoplateforme »?
–    Comment départager la vie privée et l’intérêt public sur les réseaux sociaux?
–    Les médias sociaux, axés sur la spontanéité, l’humour, le commentaire personnel, sont-ils incompatibles avec le journalisme, qui privilégie un traitement plus sobre et impersonnel?

Pige 101

La diminution de la taille et du nombre des salles de rédaction laisse entrevoir que le journalisme indépendant, pratique déjà bien établie, pourrait devenir la norme dans le métier. Les programmes de formation pourraient s’adapter à cette nouvelle réalité par différents moyens plus ou moins ambitieux : création de cours spécialisés, profil entrepreneurial ou « option pige », voire réaménagement en profondeur du cursus.

Une formation spécialisée n’a jamais été garante d’une carrière journalistique. Il semble que le marché du travail sera encore plus exigeant et imprévisible dans les années à venir. Comme les enseignants ne contrôlent pas les débouchés, ils ne peuvent que se rabattre sur l’essentiel, c’est-à-dire former des esprits indépendants et curieux, favoriser l’expérimentation et l’innovation, et espérer que cela conduise à un emploi satisfaisant et décemment rémunéré, qui portera encore le titre de « journaliste ».
 

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