Alors que le Conseil de presse du Québec (CPQ) réfléchit toujours à la meilleure manière de renforcer l’éducation aux médias d’information dans les écoles, s’ouvre aujourd’hui en France, la vingt-cinquième édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école. Avec pour nouveauté cette année, une application tablette destinée à fournir des armes aux enseignants investis dans l’opération, et à inviter les élèves à adopter un regard critique vis-à-vis de l’information, dès le plus jeune âge et de manière ludique.

Alors que le Conseil de presse du Québec (CPQ) réfléchit toujours à la meilleure manière de renforcer l’éducation aux médias d’information dans les écoles, s’ouvre aujourd’hui en France, la vingt-cinquième édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école. Avec pour nouveauté cette année, une application tablette destinée à fournir des armes aux enseignants investis dans l’opération, et à inviter les élèves à adopter un regard critique vis-à-vis de l’information, dès le plus jeune âge et de manière ludique.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

25 ans, 14 125 établissements scolaires inscrits, plus de 3 millions d’élèves touchés de la maternelle au lycée, soit entre 3 et 18 ans, 1 900 médias partenaires, 186 675 enseignants investis, 5 000 rencontres entre élèves et journalistes… la liste des chiffres faisant montre du succès en France de la Semaine de la presse et des médias dans l’école pourrait encore être longue…

«Mais ça ne se réduit pas à cette semaine, précise d’emblée Elsa Santamaria, responsable de cet événement organisé par le Ministère de l’Éducation nationale et le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI). Dans la nouvelle loi d’orientation et de programmation pour l’école promulguée en juillet dernier, l’éducation aux médias est affichée comme une priorité. Ça va se traduire prochainement sans doute dans les programmes scolaires et dans le socle commun de connaissances et de compétences. Ce n’est pas une discipline en soi. C’est transversal. L’idée, c’est que l’école est aussi là pour former des citoyens et qu’on ne peut pas être un citoyen actif si l’on ne sait se repérer dans tout le flot d’informations qui se déverse chaque jour. L’éducation aux médias était essentielle il y a vingt-cinq ans. Elle l’est encore plus aujourd’hui.»

Mobiliser les enseignants

D’où la thématique de cette année: une info, des supports. Thématique en résonnance, selon Mme Santamaria, avec ce que vivent les journalistes aujourd’hui.

«On voit bien que le métier est en train de muter. Les journalistes sont de plus en plus bi, voire tri-médias. Ça nous a intéressé de voir comment sont déclinées les informations sur les différents supports. Parce qu’il y a deux axes principaux dans cette éducation aux médias, un axe de décryptage, apprendre à se repérer, savoir ce qu’est une information, faire la différente entre ce qui est écrit par un journaliste et ce qui n’a pas été vérifié, poser un regard critique sur ce que les médias, anciens ou nouveaux diffusent, etc.; et un autre axe, plus production celui-là. On va faire un journal scolaire, enregistrer un petit journal télévisé ou une émission de radio. Les élèves se mettent donc en situation de produire de l’information et ça les amènent forcément à se poser des questions sur la hiérarchie de l’information, la crédibilité des sources, etc.»

Ce sont la plupart du temps les responsables des centres de documentation au sein des écoles, qui prennent les opérations en charge et qui doivent ensuite parvenir à mobiliser les enseignants dans diverses disciplines. Si les professeurs d’histoire, de géographie ou encore de littérature sont les soutiens les plus naturels, il peut être intéressant d’aller chercher d’autres ressources, comme un enseignant en mathématiques pour animer un atelier sur l’utilisation de statistiques dans les médias.

Application tablette

Quoi qu’il en soit, toutes les écoles participantes reçoivent un dossier pédagogique destiné à soutenir les enseignants. Dossier qui, nouveauté cette année, se trouve également sous la forme d’une application pour tablette iPad et Androïd.

«Elle offre en fait deux volets, explique Elsa Santamaria. Pour l’enseignant, des ressources, des fiches susceptibles de l’aider à préparer son cours, mais qui peuvent aussi être projetées en classe. Pour les élèves, des exercices ludiques adaptés aux différents âges, et qui peuvent tout  à la fois être faits seuls, au centre de documentation ou à la maison, ou en groupe durant les ateliers.»

Application gratuite qui peut être aussi téléchargée par les parents qui souhaitent sensibiliser leurs enfants à l’importance à la fois d’adopter un comportement critique vis-à-vis de l’information, mais aussi de consommer de l’information tout en sachant à quelle source ils s’abreuvent.

Résultat, une étude parue dans les Clés de la presse en mars 2013 démontre que les jeunes Français lisent particulièrement beaucoup la presse: 3h20 par semaine pour les 1-6 ans et les 13-19 ans et jusqu’à 4h10 pour les 7-12 ans.

«52% des jeunes considèrent même que les journaux et magazines sont les meilleurs médias pour les aider à avoir confiance en eux, ajoute Mme Santamaria. Avant internet, la télévision et la radio. Ils considèrent la presse jeunesse comme un média indispensable pour la mémorisation de ce qu’ils on lu, vu ou entendu.»

Moment de découverte mutuelle

De leur côté, les médias participants voient là une bonne manière de sensibiliser les plus jeunes à l’importance dans toute société démocratique, de disposer d’une information de qualité, de les familiariser avec leurs titres, mais aussi de redorer le blason du métier de journaliste.

«Les enquêtes démontrent une méfiance de plus en plus grande de la population en général, mais aussi chez les jeunes, vis-à-vis des journalistes, explique la responsable de l’événement. Mais quand une Florence Aubenas, journaliste au quotidien Le Monde, vient raconter son métier de grand reporter, c’est sûr que leur vision change et que ça fait même naitre parfois des vocations.»

Un événement qui demande une grande implication de la part tant des enseignants que des médias participants, qui financent par ailleurs les opérations et fournissent gratuitement des milliers d’exemplaires de journaux.

«Mais c’est aussi un grand moment de découverte mutuelle, conclut Elsa Santamaria. Pour certains petits éditeurs, c’est assez lourd à gérer dans le contexte de crise qu’ils traversent. Mais ils y voient aussi une belle occasion de rencontrer ceux qui seront peut-être leurs lecteurs de demain.»

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