Forte de ses expériences à RDI, au Journal de Montréal et au journal Les Affaires depuis son arrivée au Québec en 2000, Géraldine Martin est devenue le 14 janvier dernier la première femme de l’histoire à être nommée rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, qui célèbre cette année ses 85 ans.

 

Par Samuel Larochelle

Forte de ses expériences à RDI, au Journal de Montréal et au journal Les Affaires depuis son arrivée au Québec en 2000, Géraldine Martin est devenue le 14 janvier dernier la première femme de l’histoire à être nommée rédactrice en chef du Groupe Les Affaires, qui célèbre cette année ses 85 ans.

Même si l’économie a longtemps été une affaire d’hommes, Géraldine Martin affirme que les journalistes féminines sont de plus en plus nombreuses dans le domaine. La nomination d’une femme à la tête du Groupe Les Affaires n’est donc pas surprenante. « J’arrive dans une mouvance où je vois de plus en plus de femmes occuper des postes direction, observe-t-elle. Mon bras droit et ma directrice au contenu sont des femmes, et je vois plusieurs journalistes féminines dans notre salle de rédaction. Les choses sont en train de changer. » 

Détentrice d’une maîtrise en finances de l’Université Paris II Assas, Géraldine Martin a évolué au sein de la firme Deloitte Touche Thomatsu en communications financières, avant de joindre les rangs de l’agence de presse Bloomberg à Paris. « J’ai toujours été plus intéressée par les communications que par la gestion de portefeuilles. En observant tout ce qui se faisait chez Bloomberg, j’ai carrément appris le métier de journaliste. »

Et si on quittait la France pour tout recommencer ailleurs ?

À l’aube du nouveau millénaire, la journaliste et son conjoint ont eu envie de vivre une expérience à l’étranger, avant d’avoir leur premier enfant. Connaissant bien le Québec pour l’avoir visité à quelques reprises avec ses parents, qui ont eux-mêmes vécu deux ans à Sherbrooke, la jeune femme a enclenché le long processus administratif pour déménager de l’autre côté de l’océan. « Quand les visas sont arrivés par la poste, un an et demi après notre demande, j’étais devant un choix déchirant. J’avançais bien chez Bloomberg, mais si nous ne tentions pas notre chance à ce moment-là, nous ne l’aurions jamais fait. Finalement, nous sommes arrivés à Montréal avec cinq valises et juste assez d’argent pour tenir pendant six mois. »

Profitant des contacts de Florian Sauvageau, professeur en communications de l’Université Laval qu’elle avait rencontré à Paris, la nouvelle Québécoise d’adoption a obtenu ses premières piges au Journal Les Affaires et à Infopresse peu de temps après son arrivée. « Dès le début, j’ai constaté que les PDG des grandes entreprises d’ici étaient beaucoup plus accessibles qu’en France. Au lieu de subir un processus très lourd à gérer comme à Paris, je pouvais les avoir au bout du fil en un temps record. Cette proximité est très intéressante pour le lectorat. »

Rapidement engagée à RDI pour travailler à l’émission Capital Action, Géraldine Martin a continué de faire ses classes en profitant des précieux conseils de l’animateur Claude Beauchamp. En 2004, elle a été recrutée par le Journal de Montréal pour écrire dans le cahier Votre Argent. Quelques années plus tard, le lock-out et la création de RueFrontenac.com se sont ajoutés à son parcours professionnel.

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« Même si le lock-out était terrible, RueFrontenac a été une expérience extrêmement enrichissante, relate-t-elle. On était complètement livrés à nous-mêmes, sans patron. Il fallait faire bouger les choses. Le lectorat a été au rendez-vous en très peu de temps et la qualité de nos articles était reconnue. » Quelques mois avant la fin du conflit au Journal de Montréal, Géraldine Martin a accepté un poste au journal Les Affaires.

Des lecteurs à ne pas décevoir

Après 15 ans à travailler dans le domaine du journalisme économique et financier, la nouvelle rédactrice en chef du Groupe Les Affaires est d’avis que les lecteurs sont plus exigeants qu’avant. « Ils ne se contentent plus de la nouvelle basique. Ils ont besoin de savoir comment faire les choses, quels contacts avoir, quels crédits d’impôt utiliser pour obtenir tel avantage et comment percer le marché européen. Avec la concurrence actuelle, ils vont vite nous écarter si on ne répond pas à leurs besoins. »

Les choses ont bien changé depuis les débuts du journal lancé en 1928. « Quand M. Marcoux a racheté les actifs du journal, qui était au bord de la faillite en 1979, il a engagé une nouvelle équipe éditoriale qui a permis au journal de vivre ses heures de gloire pendant les années 80. Il y avait beaucoup moins de médias qui traitaient d’économie à l’époque. Les zones d’intérêts des lecteurs ont aussi beaucoup changé. Avant l’éclatement de la bulle techno en 2000, tous les investisseurs pensaient que c’était facile de faire de l’argent en Bourse. Depuis le krach et la crise de 2008, où ils ont perdu de l’argent, ils n’aiment plus trop ça. C’est dommage. »

Géraldine Martin croit qu’il reste encore beaucoup de travail à faire en éducation financière. « Les gens vont trop vite, ils ne prennent pas le temps de magasiner leur hypothèque et ils ne lisent pas toutes les clauses de leurs contrats. Ce n’est pas pour rien qu’il y a autant de campagnes de sensibilisation depuis quelques années. Si on veut aider nos lecteurs à se prendre en main, on a du pain sur la planche. C’est notre boulot de rendre l’économie plus sexy pour que les gens s’y intéressent et qu’ils prennent le temps d’apprendre. »

Les journalistes capables de séduire en parlant d’économie sont cependant difficiles à trouver. « Il y a 13 ans, j’ai été embauchée très rapidement parce qu’il y avait un besoin criant d’expertise en économie. Aujourd’hui, ça va un peu mieux. De plus en plus de médias traitent d’économie, alors le bassin de journalistes avec de l’expertise augmente. Mais ça reste difficile de trouver des candidats pour parler de la bourse ou des finances personnelles. Plusieurs trouvent que l’économie n’est pas glamour, mais je suis convaincue que c’est possible d’en parler de façon originale. »

Une réputation vieille de 85 ans

Aujourd’hui responsable du journal Les Affaires, du site LesAffaires.com et du magazine de finances personnelles Les Affaires A+, Géraldine Martin compte bien ramener l’inspiration à l’ordre du jour. « Je veux sentir la passion d’entreprendre et raconter l’histoire de ceux et celles qui ont réussi malgré les embûches. Notre mission est d’aider le Québec à devenir plus entrepreneur. Selon les statistiques, seulement 10% des Québécois sont propriétaires d’une entreprise, contre 17,5 % en Ontario. Nous voulons aider les gens d’affaires à grandir, que ce soit en démarrant une entreprise, en lançant un nouveau projet au boulot ou en changeant de carrière. »

Rejoignant 240 000 lecteurs, le Groupe Les Affaires souligne ces jours-ci son 85e anniversaire avec un numéro spécial où 25 personnalités du monde des affaires ont proposé des sujets, en plus de commenter les reportages réalisés. Dans le lot, notons Pierre Beaudoin de Bombardier, Monique Leroux de Desjardins, Yvon Charest de l’Industrielle Alliance, François Coutu de Jean Coutu, Isabelle Hudon de Sun Life et Michael Sabia de la Caisse de dépôt et placement du Québec. « Au début, je ne pensais pas avoir 25 réponses enthousiastes, mais le projet a continué de grossir de jour en jour. Les sujets allaient dans plusieurs directions : comment transmettre les valeurs d’une entreprise familiale d’une génération à l’autre, comment les PME peuvent devenir des géants, comment recréer le climat fertile des années 70-80 ou comment le Québec s’est imposé dans l’univers de la techno. L’implication de ces personnalités démontre la force de nos liens d’affaires avec la communauté depuis des décennies. »