Par Michel Munger

La grève étudiante et les frais de scolarité constituant un débat endiablé au Québec, je reconnais que la tribune suivante en dérangera quelques-uns. Je crois par contre qu'il est temps de dénoncer les récents dérapages d'opinion des journalistes.

Par Michel Munger

La grève étudiante et les frais de scolarité constituant un débat endiablé au Québec, je reconnais que la tribune suivante en dérangera quelques-uns. Je crois par contre qu'il est temps de dénoncer les récents dérapages d'opinion des journalistes.

Ne vous inquiétez pas, je m'en prends aux écarts de conduite des deux côtés, tant de ceux qui sont pour la hausse des frais que contre. Je ne nommerai pas de noms, car personnaliser le débat serait passer à côté de la question.

Les médias sociaux sont malheureusement les premiers à permettre aux journalistes de sortir de leur réserve, sans filtre. Si vous suivez des confrères sur Facebook et Twitter, vous verrez certains railler la position des étudiants ou du gouvernement. D'autres poussent le bouchon plus loin, utilisant le carré rouge à titre de photo de profil.

Sur YouTube, j'ai vu une prise de bec entre reporters et étudiants lors d'une manifestation.

Dans les médias traditionnels, j'ai vu au moins un cas où la prise de position a entraîné le recours à des arguments qui ressemblent à des insultes personnelles mal déguisées.

Établissons clairement que je me contrefiche du point de vue exprimé par des journalistes dans ce dossier. Je m'inquiète concernant la démarche d'objectivité.

Je choisis le mot «démarche» car je suis le premier à reconnaître que le journaliste est un être humain à part entière, incapable d'une parfaite impartialité. Ses choix de sujets, de traitement et d'intervenants teintent les reportages. Par contre, un travail rigoureux balance les reportages au maximum. Même dans la chronique, la rigueur pousse à explorer des arguments contraires à ceux de l'auteur.

Quand les journalistes militent ouvertement pour ou contre une cause, ils tirent la chasse sur leur démarche d'objectivité.

N'y a-t-il pas une place, même minime, pour s'exprimer ? Peut-être dans certaines circonstances. Lorsque l'animatrice Chantal Macchabée s'est fait taquiner par un collègue de RDS sur son penchant pour les Penguins de Pittsburgh et Mario Lemieux, il y a bien des années, ça faisait sourire.

C'est la même chose si un chef d'antenne a l'air un peu secoué après avoir présenté des images troublantes à la télé. C'est une réaction humaine qui se défend, au lieu d'une action militante.

Par contre, c'est une toute autre affaire de prendre partie sur un enjeu politisé et polarisant. Ça compromet la crédibilité des professionnels qui affirment informer le public de la façon la plus équilibrée possible.

Je ne dis pas que les journalistes ne doivent pas avoir d'opinions. Par contre, il serait plus sage de les garder pour les discussions autour d'une bonne bière que de les répandre sur Twitter.

 

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Michel Munger est journaliste web au Canal Argent et membre du comité éditorial de ProjetJ.