En plus de faire la manchette au quatres coins du monde, les manifestations étudiantes de Montréal ont été étudiées ces derniers jours à l'Université Columbia. La professeure Judith Matloff, ancienne correspondante à l'étranger qui prépare les reporters à partir en zones de conflits, a donné une série de conseils pratiques pour couvrir les manifestations violentes lors du congrès annuel de l'Association canadienne des journalistes, à Toronto samedi.

Voir aussi: Les journalistes vistimes de la police et des manifestants

En plus de faire la manchette aux quatre coins du monde, les manifestations étudiantes de Montréal ont été étudiées ces derniers jours à l'Université Columbia. La professeure Judith Matloffancienne correspondante à l'étranger qui prépare les reporters à partir en zones de conflits, a donné une série de conseils pratiques pour couvrir les manifestations violentes lors du congrès annuel de l'Association canadienne des journalistes, à Toronto samedi.

Depuis plusieurs années, l'École de journalisme de l'Université Colombia organise des sessions de formation pour préparer les reporters à couvrir les milieux hostiles. Elles abordent la reconnaissance des armes, les techniques de survie, les moyens de passer à travers des barrages routiers ou d'éviter les embuscades. Elles comportent également un volet psychologique pour préparer les journalistes à faire face à la violence, à l'emprisonnement, à la torture ou même à la mort d'autrui. 

Toutefois, depuis l'émergence du mouvement Occupy qui a donné lieu à des frictions entre forces de l'ordre, manifestants et représentants des médias, Columbia a décidé de construire une formation parallèle non plus pour les journalistes qui partent à l'étranger, mais pour ceux qui couvrent les manifestations violentes en Amérique du Nord. Pour Judith Matloff, autant que pour couvrir une guerre civile, les journalistes doivent être minutieusement préparés pour ce type d'évènement.

En premier lieu, elle recommande d'étudier le parcours de la manifestation sur une carte pour déterminer à l'avance les points idéals où se placer pour observer. S'ils ne sont pas en hauteur (balcons, toîts d'immeuble, hélicoptère, etc.), ces endroits doivent offrir une échappatoire pour fuire en cas de débordements. Il ne faut jamais se placer au milieu de la foule, mais toujours sur le côté de la colonne de manifestants, assez loin pour ne pas être encerclé, à une intersection pour pouvoir reculer rapidement et jamais entre les policiers et les manifestants. Le caméraman de TVA, capté par notre collaborateur Jean-Hugues Roy, était selon elle relativement bien placé:

Toutefois, en répondant au manifestant le doigt dressé, il a commis une faute qui aurait pu le mettre gravement en danger. Selon Judith Matloff, il aurait simplement du baisser sa caméra et s'excuser en faisant mine de partir pour calmer son agresseur. Elle recommande d'être extrêmement méfiant des manifestants masqués et vêtus de noir, les Black Blocks. Ces radicaux confrontent la police et s'en prennent aux journalistes qu'ils considèrent comme des symboles du capitalisme. Dans certains cas, ils sont très organisés et se déplacent en groupe, arrivant même en autobus pour participer à des manifestations.

Judith Matloff estime par ailleurs qu'un cameraman ne doit jamais être laissé seul, car il n'a pas une vision d'ensemble de la situation et peut rapidement se faire encercler sans s'en rendre compte. L'idéal pour couvrir ce type d'évènement est selon elle d'être trois, (un cameraman et deux journalistes) et de ne pas utiliser de volumineuses caméras bétacam placardées de logos. Trop lourdes à transporter donc handicapantes en cas de fuite, elles attirent également trop l'attention des manifestants et deviennent des cibles.

Toutefois, pour éviter de devenir des cibles pour les forces de l'ordre, elle recommande de ne pas tenter de se fondre aux manifestants ce qu'a fait selon elle le cameraman de CUTV en arborant le carré rouge et le foulard palestinien:

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D'autre part, les journalistes doivent étudier les techniques utilisées par la police pour disperser les foules. En connaissant ces méthodes, qui diffèrent d'une ville à l'autre, les reporters peuvent s'équiper adéquatement pour y faire face et garnir leur sac à dos en conséquence. Quelques trucs à porter ou non:

  • Un sac zip-lock contenant un foulard imbibé de vinaigre ou de citron pour se couvrir le nez et la bouche en cas de gaz lacrymogène

  • Du lait de Magnésie pour se rincer le visage en cas de poivre de Cayenne

  • Des bouchons d'oreilles de natation en cas de bombes assourdissantes

  • Un imperméable en cas de jets d'eau

  • Une bouteille d'eau et des barres de céréales en cas de détention prolongée

  • Une petite trousse de premiers soins

  • Pas de verres de contact ou de crème hydratante sur le visage qui brûlent les yeux ou la peau s'ils sont en contact avec du gaz ou du poivre.

  • Pas de queue de cheval ou de boucles d'oreilles qui deviennent des prises pour les agresseurs.

  • Pas de vêtements noirs

Judith Matloff conseille par ailleurs aux rédactions de se regrouper pour solliciter une rencontre avec les autorités policières. Au cours de cette rencontre, la question de la validité de la carte de presse doit être discutée – pendant Occupy Wall Street, la police de New York a décidé d'émettre ses propres cartes de presse – , de même que le droit de filmer les actions policières – certaines villes comme Chicago interdisent de filmer les arrestations. Les rédactions doivent par ailleurs demander le numéro de cellulaire d'une personne responsable à la police qu'elles pourront joindre directement en cas de violence à l'égard de leurs journalistes ou d'arrestation.

Sur les terrains, les journalistes doivent avoir ce numéro, de même que celui d'un avocat à portée de main – inscrits directement sur leur bras et/ou enregistré en appel rapide sur leur cellulaire – pour pouvoir y référer le plus rapidement possible s'ils sont arrêtés. Ceci leur permettra d'éviter de longues heures d'attente dans une cellule. Quant à leur carte de presse, ils doivent la porter dans une poche à porter de main, mais jamais en vue pour ne pas être pris pour cible par les manifestants radicaux. Toujours sur le plan des communications, Judith Matloff conseille aux journalistes d'être attentifs aux échanges des manifestants sur Twitter et de créer eux-mêmes un mot clic qu'ils pourront utiliser entre eux pour repérer les zones de danger ou appeler à l'aide.

Si tout ceci peut paraître extrême, Judith Matloff estime qu'il vaut toujours mieux se préparer au pire que d'être pris au dépourvu. Elle prévient également que les épisodes de violences à l'égard des journalistes risquent de se multiplier au cours des prochaines semaines avec la résurgence du mouvement Occupy et la tenue du sommet de l'OTAN à Chicago les 20 et 21 mai.

Pour aller plus loin: le Guide de sécurité complet du Comité pour la protection des journalistes