Le député Guy Leclair a été écarté du caucus péquiste hier. Au PQ, on l’aurait identifié comme la source de fuites médiatiques ayant relancé les doutes quant au leadership de la chef Pauline Marois, la semaine dernière. Le député de Beauharnois nie catégoriquement être la taupe. Mais un extrait d’un texte publié hier par le journaliste Jean-Luc Lavallée du Journal de Québec sème le doute et relance les discussions sur le «contrat d’anonymat» passé entre un journaliste et sa source.

Avec la collaboration de Michel Dumais

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Le député Guy Leclair a été écarté du caucus péquiste hier. Au PQ, on l’aurait identifié comme la source de fuites médiatiques ayant relancé les doutes quant au leadership de la chef Pauline Marois, la semaine dernière. Le député de Beauharnois nie catégoriquement être la taupe. Mais un extrait d’un texte publié hier par le journaliste Jean-Luc Lavallée du Journal de Québec sème le doute et relance les discussions sur le «contrat d’anonymat» passé entre un journaliste et sa source.

L’histoire remonte à jeudi dernier alors que, citant une source anonyme, la journaliste Geneviève Lajoie du Journal de Québec rapportait qu’une dizaine de députés, craignant une défaite aux prochaines élections, exigeraient le départ de Mme Marois et seraient prêts à claquer la porte si elle demeurait en poste. Selon le Parti Québécois, Guy Leclair aurait admis être à l'origine de cet article. Toutefois, le député nie catégoriquement.

Sa défense est cependant ardue, car hier, un extrait du texte publié par le journaliste Jean-Luc Lavallée du Journal de Québec, confirme clairement qu'il était la taupe de sa collègue. «La semaine dernière, Guy Leclair s'était confié au Journal, sous le couvert de l'anonymat, et avait déclaré que la grogne n'était pas terminée au Parti Québécois», a-t-il écrit. Intrigué, le journaliste Daniel Leblanc du Globe and Mail attrape la balle au bond sur Twitter. «Histoire bizarre à Québec. Le JdeQ identifie une source qui avait parlé sous le couvert de l'anonymat», écrit-il.

Mais le député Leclair est catégorique: «Contrairement aux propos cités dans certains médias, je n'ai jamais avoué être la source des fuites à l'origine des problèmes de leadership de Madame Marois pour la seule et unique raison que ce n'est pas moi. Je refuse donc catégoriquement de porter le chapeau pour quelque fuite que ce soit», proteste-t-il par voie de communiqué. Il explique à Radio-Canada avoir eu une conversation avec Mme Lajoie peu avant la parution de son article, mais celle-ci a eu lieu «à quelques pas de la porte du caucus, au vu et au su de toutes celles et de tous ceux qui y sont entrés» et «en aucun moment notre conversation n'a porté sur un présumé putsch contre Pauline Marois».

Le journaliste Jean-Luc Lavallée admet avoir été «maladroit». «C'est comme si je confirmais qu'il avait été notre source, alors que ce n'est pas ça que je voulais faire du tout», avoue-t-il embarrassé. Il se défend cependant avoir brisé le contrat d'anonymat avec la source de sa collègue. «Je ne pourrais pas écrire qui sont ses sources, je ne sais pas qui elles sont.» Il explique que c'est le porte-parole du PQ qui lui a affirmé qu'il s'agissait de M.Leclair, une affirmation qu'il a simplement rapporté. «Ils (NDLR : les gens du PQ) ont compris par eux-mêmes que c'était lui, c'est évident qu'on ne leur aurait jamais dit», se défend-il, soucieux de s'expliquer auprès de ProjetJ car, selon lui, trop de gens espèrent voir les journalistes du groupe Quebecor «déraper».

Pour la petite histoire, il faut dire que, lors du conflit de travail au Journal de Montréal, le député Leclair avait déposé en 2010 le projet de loi 399 réclamant la modernisation des dispositions anti-briseurs de grève. Le dossier a rebondi à l'Assemblée nationale ces derniers jours alors que les députés membres de la commission de l'économie et du travail, qui se sont penchés sur ce sujet en février, ont unanimement recommandé la modernisation les notions d'établissement et d'employeur prévues dans le Code du travail.

Selon le guide de déontologies des journalistes du Québec, «les journalistes qui ont promis l'anonymat à une source doivent tenir leur promesse, devant quelque instance que ce soit, sauf si la source a volontairement trompé le journaliste. Un journaliste peut cependant informer son supérieur de l'identité d'une source confidentielle si celui-ci respecte également la promesse de confidentialité faite par le journaliste». Le guide met cependant en garde contre l'usage de l'anonymat et recommande d'en user avec jugement, ce sur quoi le guide des droits et responsabilité de la presse ajoute:

«L’utilisation de sources anonymes doit être justifiée et demeurer exceptionnelle. Quelle que soit la provenance des informations – autorités, spécialistes ou témoins de situations ou d'événements – , les médias et les journalistes doivent s’assurer que l’anonymat requis par des sources ne constitue pas un subterfuge pour manipuler l’opinion publique. (…) Les médias et les journalistes doivent éviter d’invoquer des sources fictives ou de se retrancher derrière des sources anonymes. Le fait d’attribuer fréquemment, voire couramment, l’information à des «sources autorisées», des «observateurs» ou autres appellations de sources anonymes, peut indiquer ou encore être perçu comme un manque de rigueur de la part des professionnels de l’information dans l’exercice de leur métier.»

 

Mise à jour 24/11/11:

L'article contenant l'extrait «La semaine dernière, Guy Leclair s'était confié au Journal, sous le couvert de l'anonymat, et avait déclaré que la grogne n'était pas terminée au Parti Québécois» a été retiré du site du Journal de Québec. Le chef de bureau à l'Assemblée nationale pour le Journal de Montréal et le Journal de Québec, Michel Hébert, signe une brève note de «précision» en page 22 du JdeQ ce matin, mais rien n'apparaît sur Internet.

Parce que les erreurs font partie du métier, comme le souligne le journaliste Craig Silverman de Regret the Error, l'Association Canadienne des Journalistes a mis en ligne début novembre un code de bonnes pratiques en matière de correction sur Internet. Il s'agit du tout premier guide du genre au pays. Il n'a pas encore fait son nid dans les salles de rédaction. À consulter (en anglais) ici.