Le Premier ministre britannique, David Cameron, a affronté un feu roulant de questions ce matin à la Chambre des communes. Les parlementaires l'ont interrogé sur ses liens avec l'empire News Corp. de Rupert Murdoch. Le conglomérat est propriétaire du tabloïd News of the World soupçonné d'avoir corrompu la police et infiltré illégalement les boîtes vocales de quelque 4000 personnes.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a affronté un feu roulant de questions ce matin à la Chambre des communes. Les parlementaires l'ont interrogé sur ses liens avec l'empire News Corp. de Rupert Murdoch. Le conglomérat est propriétaire du tabloïd News of the World soupçonné d'avoir corrompu la police et infiltré illégalement les boîtes vocales de quelque 4000 personnes.

«Si j'avais su»

Le chef du gouvernement est vivement critiqué pour avoir embauché un ancien cadre du groupe Murdoch, Andy Coulson, en tant que directeur des communications du Parti conservateur, alors qu'il était dans l'opposition. L'affaire remonte à 2007 alors qu'Andy Coulson venait de démissionner de ses fonctions de rédacteur en chef du News of the World. Le tabloïd phare de la division britannique de News Corp. était alors déjà dans l'eau chaude après les premières révélations d'écoutes illégales.

Aujourd'hui, David Cameron regrette. «Si j'avais su, et après tout ce qui a suivi, je ne lui aurais pas offert le poste», a-t-il déclaré. Il ne s'est toutefois pas excusé affirmant que sa recrue, qui l'a suivi jusqu'à Downing Street, lui avait assuré tout ignorer des écoutes illégales. «S'il s'avère qu'on m'a menti, alors il sera temps de présenter mes plus plates excuses. Et dans ce cas, je peux vous dire que je ne me déroberai pas.»

Andy Coulson a démissionné en janvier rattrapé, à nouveau, par les pratiques illégales du News of the World. Il a récemment été arrêté pour son rôle présumé dans cette affaire avant d'être mis en liberté conditionnelle, tout comme son ex-collègue Rebekah Brooks, ancienne patronne de la division britannique de News Corp.

La séparation du 1er et du 5e pouvoir

Quant à ses liens avec les Murdoch et Rebekah Brooks, David Cameron s'est défendu en pointant du doigt ses prédécesseurs travaillistes, Tony Blair et Gordon Brown. «Je n'ai jamais invité [Rebekah Brooks] à un pyjama party», a-t-il lancé en faisant référence à la présence de l'ex-rédactrice en chef du News of the World à une fête organisée par la femme de Gordon Brown en 2008. Le Premier ministre a assuré que, pour sa part, toutes les rencontres qu'il avait eues avec les Murdochs et Mme Brooks avaient été officielles.

Rupert Murdoch, qui s'est plusieurs fois vanté de faire et défaire les gouvernements britanniques depuis 40 ans, a pour sa part été très bavard sur ses relations privilégiées avec les locataires du 10th Downing street, lors de son témoignage devant la Commission des médias hier. Ses journaux ont appuyé ouvertement le Parti conservateur lors de la dernière campagne électorale britannique et au cours des 15 derniers mois, David Cameron a rencontré 26 fois les dirigeants de News Corp., selon une liste officielle.

C'était avant que le scandale des écoutes ne secoue toute l'Angleterre. Aujourd'hui, éclaboussé et même menacé de perdre le pouvoir, le Premier ministre souhaite assainir les relations entre la classe politique et les médias. Il a promis que la Commission indépendante qu'il a mise en place début juillet pour mener une enquête sur l'éthique et la culture de la presse rendrait public son rapport dans les douze mois. «Cette enquête devra prendre en compte non seulement la relation entre la presse, la police et les politiciens, mais aussi les comportements individuels», a-t-il annoncé.

Le dossier BskyB demeure flou

Le chroniqueur politique du Guardian, Julian Glover, juge que le chef du gouvernement a présenté une défense efficace. «Le débat aux Communes aujourd'hui ne débarrassera pas David Cameron de la tache d'avoir employer Andy Coulson, mais la marque a commencé à s'effacer», écrit-il. Il estime cependant que ses explications au sujet des rencontres qu'il a eu avec Rebekah Brooks concernant l'acquisition de BSkyB sont insuffisantes pour le sortir définitivement de l'embarras.

Tué dan l’œuf par le hackgate, le rachat de BskyB par News Corp. était sur le point d'aboutir, avec la bénédiction des conservateurs, quand l'entreprise s'est enfoncée dans le scandale et a dû y renoncer. Pour le conglomérat adepte de la convergence verticale, absorber le numéro un de la télévision payante britannique revenait à mettre la main sur 10 millions d'abonnés à qui vendre ses contenus et sa politique d'accès payant à ses journaux en ligne. L'opposition libérale et travailliste s'opposait farouchement à cette transaction jugée menaçante pour le pluralisme médiatique.

À ce chapitre, les explications de David Cameron n'ont pas réellement éclairé les députés et le public. Ses liens avec News Corp. ont-ils aidé Rupert Murdoch à faire avancer ce dossier en sa faveur? Le Premier ministre martèle qu'il a expressément demandé à être dissocié de toutes les discussions pour éviter de se placer en conflit d'intérêts. Il admet toutefois avoir eu des discussions avec Rebekah Brooks à ce sujet. S'il n'en précise pas la teneur, l'enquête policière en cours devrait le mettant à nouveau sur la corde raide, prévient Julian Glover.

 

Voir aussi:

Hackgate: Murdoch nie toute responsabilité

L'empire Murdoch s'enfonce dans la tempête

News of the World: le roi du scandale s'y noie

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