En Haïti, les soirs de matchs de soccer, les foules oublient tous leurs soucis. Et c’est la voix de Jean-Pierre Étienne qui les accompagne dans ces moments de pure communion. À seulement 30 ans, le jeune commentateur sportif a déjà passé dix ans derrière le micro de Radio Ibo.

En Haïti, les soirs de matchs de soccer, les foules oublient tous leurs soucis. Et c’est la voix de Jean-Pierre Étienne qui les accompagne dans ces moments de pure communion. À seulement 30 ans, le jeune commentateur sportif a déjà passé dix ans derrière le micro de Radio Ibo.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Un pur hasard. Comme tous ses frères, comme ses parents avant lui, comme le pays tout entier, Jean-Pierre Étienne se passionne tout jeune pour le soccer et son équipe nationale, les Rouges et Bleus, comme on l’appelle là-bas.

Le jeune homme à la parole aisée. Tous les midis, il est rivé à son poste de radio et écoute Sportissibo, une émission de tribune libre. Il prend l’habitude d’appeler pour commenter et donner son point de vue. Ses analyses sont assez pertinentes pour que les présentateurs l’invitent à l’occasion en studio pour les suppléer.

Bénévolement au départ. Mais très vite, il devient incontournable et le directeur de la station de radio lui propose un contrat. Jean-Pierre Étienne vient tout juste d’avoir 19 ans.

Guidé vers ce métier

Il se retrouve alors à la barre de Sportmania, le show qui remplace Sportissibo. Une heure par jour, il répond aux auditeurs, analyse les matchs, les compétitions. Le soccer est de loin le sport le plus couvert, 85% du temps d’antenne environ lui est consacré. Mais le basket passionne également la population, surtout les séries de la NBA.

Parallèlement, Jean-Pierre Étienne poursuit ses études dans un tout autre domaine, la finance. Depuis deux ans, il est officier de crédit la semaine, et a été obligé de reléguer ses activités journalistiques durant la fin de semaine. Pour le garder, Radio Ibo crée Sportmania bonus week-end, deux heures d’antenne tous les samedis, et lui offre le bulletin sportif quotidien de 7h45. Juste avant de se rendre au travail.

«On arrive difficilement à avoir un niveau de vie décent en Haïti avec un seul salaire, raconte-t-il. Je n’ai pas reçu de cours classiques en journalisme, je ne suis pas allé à l’université en communication. J’ai été guidé vers ce métier mais ma vraie formation est en finance.»

Omniprésent

Jean-Pierre Étienne est une véritable star dans son pays. Commentateur sportif vedette, il officie également  à la télévision nationale lors des grands événements et assure, deux fois par semaine, la page sportive du bulletin de nouvelles du téléjournal.

«À la radio, j’ai tous les moyens dont j’ai besoin pour faire une bonne émission, estime-t-il. Il me suffit d’un ordinateur, d’un logiciel de montage, d’internet, quelques micros, une console. Il n’y a rien à redire sur la qualité de nos émissions. Ce n’est pas la même chose en revanche au niveau de la télévision. On se rend compte en voyageant en Europe et en Amérique, que notre matériel est très obsolète. Nous ne sommes pas encore passés à l’aire de numérique.»

Jean-Pierre Étienne lui, y est passé et bien passé. Le jeune journaliste est aujourd’hui très présent sur Twitter.

«Ça me permet surtout de rejoindre la diaspora, nuance-t-il. En Haïti, peu de gens suivent les informations sur leur téléphone ou même via internet. La radio reste la première source. J’ai bien conscience que Twitter est en train de révolutionner l’univers médiatique dans le monde, mais ça n’est pas encore le cas en Haïti.»

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Leader d’opinion

Son statut de star, Jean-Pierre Étienne l’assume bien. Il en endosse toute la responsabilité, d’autant que son émission donne largement la parole aux auditeurs.

«Nous avons un Conseil des télécommunications qui est censé surveiller ce qui se dit sur les ondes, raconte-t-il. Mais dans les faits, il ne fait pas vraiment son travail et il y a beaucoup de dérives à l’antenne. Le sport est véritablement roi en Haïti et en tant que commentateur sportif, je suis un leader d’opinion. Je dois faire attention à ce que je dis et à ce qui se dit durant mon émission.»

Faire attention  également à ménager les susceptibilités, à fleur de peau lorsqu’il s’agit de  parler de l’équipe nationale de soccer.

«Il y a quelques mois, les Rouges et Bleus ont joué en match amical contre l’Espagne aux États-Unis. L’Espagne est championne du monde en titre et nous n’avons perdu que par 2-1… la foule était en liesse, heureuse, elle célébrait. Un de mes confrères, une très grande vedette au pays, généralement adulée, a osé dire que l’Espagne nous avait laissé jouer… la population n’a pas apprécié du tout ce commentaire et s’en est pris au commentateur!»

 

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