C’est ce que révèle le rapport annuel de l’ombudsman de la SRC, rendu public la semaine dernière. 1130 plaintes ont en effet concerné l’information durant la saison 2012-2013, contre seulement 690 en moyenne lors des cinq dernières années. Une hausse justifiée par l’effet combiné du conflit étudiant et de l’élection provinciale.

C’est ce que révèle le rapport annuel de l’ombudsman de la SRC, rendu public la semaine dernière. 1130 plaintes ont en effet concerné l’information durant la saison 2012-2013, contre seulement 690 en moyenne lors des cinq dernières années. Une hausse justifiée par l’effet combiné du conflit étudiant et de l’élection provinciale.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Entre le 31 mars 2012, début de l’exercice financier et la mi-juillet, période à laquelle le conflit étudiant, devenu par la suite crise sociale, a pris fin, l’ombudsman des services français de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, a traité 328 plaintes le concernant.

«Cette longue crise sociale a été exceptionnelle à bien des égards, analyse M. Tourangeau. Durant toute ma carrière de journaliste, qui s’étend maintenant sur plus de trente-cinq ans, je n’ai jamais constaté autant d’opinions tranchées dans la population, ni autant d’émotivité et de susceptibilité, sauf, peut-être, lors des deux campagnes référendaires sur la souveraineté du Québec en 1980 et en 1995.»

«Dire que les plaintes que mon bureau a reçues traduisaient parfaitement cette situation et l’état d’esprit qui animaient les tenants des opinions en cause serait un euphémisme, ajoute-t-il. Dans ce contexte de guerre d’usure que se livraient les parties, plus se prolongeait la crise, plus grandissaient l’agacement et l’intolérance des auditeurs pour l’expression des points de vue différents.»

Effet du média hostile

L’ombudsman insiste sur le fait que dans ce dossier, des plaintes complètement contradictoires, accusant les journalistes de Radio-Canada d’impartialité envers les étudiants ou le gouvernement Charest, de minorer la violence étudiante ou de critiquer le travail de la police, lui parvenait à propos de la même entrevue, de la même présentation, du même reportage, ou du même journaliste.

Phénomène que Pierre Tourangeau qualifie d’«effet du média hostile», qui tend à prouver que notre perception d’une nouvelle dépend en grande partie de qui la présente ou de sa source, et que nous y réagissons en fonction des groupes d’appartenance auxquels, en tant qu’individus, nous nous identifions: jeunes, baby-boomers, retraités, chômeurs, travailleurs autonomes, races ou ethnies, genre, courants politiques, préférences sportives, etc.

Si une seule de ces 328 plaintes n’a trouvé grâce à aux yeux de l’ombudsman, pour une erreur que le journaliste avait déjà corrigé en ondes, Pierre Tourangeau a cependant, comme l’ont formulé nombre de plaignants, reproché à la salle des nouvelles de ne pas avoir assez donné la parole aux étudiants n’ayant pas pris part au mouvement de grève, ni assez expliqué la manière dont s’exerçait la démocratie étudiante.

[node:ad]

Élections québécoises

Autre pomme de discorde, l’élection provinciale, qui a généré 186 plaintes, et même 236 de plus, soit un total de 422, si on ajoute celles dénonçant l’exclusion du chef d’Option nationale Jean-Martin Aussant, du débat des chefs organisé par le consortium de télédiffuseurs francophones.

Seule deux de ces plaintes sont allées jusqu’à une demande de révision, ce qui est relativement peu, estime M. Tourangeau, tout en soulignant que l’une d’elle, concernant la diffusion de deux reportages, a soulevé un tollé, pour lequel, il a dû répondre à pas moins de cinquante-six plaintes.

«Il s’agit de ceux de Mme Marie-Maude Denis et de M. Alain Gravel, membres de l’équipe d’enquête du service de l’information de Radio-Canada, explique-t-il dans son rapport. Ces reportages portaient sur une filature à laquelle la Sûreté du Québec a mis fin après que l’individu surveillé eut rencontré le premier ministre d’alors, Jean Charest. (…) Je n’ai rien relevé dans les reportages eux-mêmes, ni concernant le moment choisi pour leur diffusion, qui allait à l’encontre des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada. J’ai par contre souligné de nombreux éléments entourant leur mise en ondes, et des défaillances dans le contrôle des manchettes, des impressions à l’écran, des introductions et des brèves, utilisés pour mettre en valeur et annoncer les reportages.»

Procédure de reconnaissance des erreurs

Au-delà de l’analyse précise des plaintes, le rapport de l’ombudsman est un véritable plaidoyer  pour aller vers plus de transparence. Si Pierre Tourangeau considère que Radio-Canada fait belle figure en la matière dans le paysage médiatique nord-américain, du fait notamment de la présence de l’ombudsman, alors qu’aucun autre télédiffuseur ne s’en est doté au Canada, que seuls le Globe and Mail et le Toronto Star n’en ont dans l’industrie papier, et qu’aux États-Unis, leur nombre a chuté de 30% en dix ans… il estime cependant que la société publique doit être un modèle, et pourrait faire plus et mieux, en matière de correction des erreurs.

«De la lecture du millier de plaintes (et plus) que je reçois chaque année, on peut aisément conclure que le public, en général, croit que les médias cherchent à cacher leurs erreurs, au mieux à les minimiser quand ils n’ont pas le choix de les admettre, affirme-t-il. Pour eux, Radio-Canada ne fait pas exception. Cela explique que les auditeurs démontrent autant de cynisme, de sarcasme et de colère dans les plaintes qu’ils m’envoient.»

Afin de renouer avec la confiance du public, il appelle les directions concernées par les NPJ à élaborer et à mettre en place une véritable procédure de reconnaissance et de correction des erreurs.

«Je souhaite que cette procédure soit permanente et réellement visible, et non ponctuelle, arbitraire ou cachée, par exemple dans les dédales d’un site internet», précise-t-il.