Le Conseil de presse du Québec (CPQ) dénonce les municipalités et organisations qui veulent museler et intimider les médias. Selon l'organisme, c'est ce que tente de faire la municipalité de Les Escoumins, dans la région de la Haute-Côte-Nord, en s'en prenant à la journaliste Sonia St-Gelais de la station CHME-FM.

Le Conseil de presse du Québec (CPQ) dénonce les municipalités et organisations qui veulent museler et intimider les médias. Selon l'organisme, c'est ce que tente de faire la municipalité de Les Escoumins, dans la région de la Haute-Côte-Nord, contre la journaliste Sonia St-Gelais de la station CHME-FM.

La municipalité a porté plainte au CPQ et fait parvenir une mise en demeure à la journaliste et à la station autochtone. Elle accuse Mme St-Gelais d'avoir mené une «campagne de salissage» contre elle en avril 2010 dans une série de reportages et d'entrevues sur le départ d'une douzaine d'employés municipaux. Tous seraient partis après avoir eu des démêlés avec la directrice générale de la Ville qui entretiendrait un climat de travail malsain, selon les anciens employés qui se sont confiés à la radio.

La Ville considère que «la journaliste n’a aucunement respecté son devoir de livrer au public une information complète, rigoureuse et conforme aux faits et aux événements. Elle exige une rétractation et des excuses publiques». Mais, le tribunal d'honneur du Conseil juge que «les événements qui se sont déroulés à la Ville de Les Escoumins sont d’intérêt public» et souligne que toutes les parties, y compris le maire Pierre Laurencelle, ont pu s'exprimer en ondes. Il rejette donc la plainte et renvoie le blâme à la municipalité qui souhaite, selon lui, censurer CHME-FM.

Cette décision a réjoui la directrice générale de la petite station autochtone, Claudine Roussel, qui partage son unique journaliste avec la télévision locale. «Avec cette plainte et la mise en demeure sur les épaules, à la longue, on finit pas se dire qu'on a peut-être tort. Le Conseil de presse nous confirme qu'on avait raison. C'est un gros baume.»

Se reverra-t-on au tribunal?

Cependant, le maire Laurencelle ne sourcille pas. «Je ne fondais pas beaucoup d'espoir sur cette plainte depuis le début. La décision n'a pas beaucoup de valeur pour moi», affirme-t-il. Il ne tire pas non plus un trait sur une éventuelle poursuite au civil. «C'est un dossier qui évolue constamment, notre décision n'est pas prise.»

Une épée de Damoclès pend donc toujours au-dessus de CHME-FM, si bien que «Mme St-Gelais a décidé de ne plus traiter de la question par crainte de poursuite», note le Conseil de presse. De son côté, tout en refusant l'auto-censure, Mme Roussel avoue se sentir seule et démunie dans ce dossier. «Si ça s'en va en Cour, j'ai bien peur de ne pas être capable de trouver un avocat spécialisé en droit des médias dans la région», explique-t-elle.

Une judiciarisation du dossier engendrerait par ailleurs de lourdes dépenses pour la station qui vit de l'organisation hebdomadaire d'un bingo et de revenus publicitaires diminués depuis que la Ville lui a coupé les vivres. Mme Roussel craint en plus que ses relations d'affaires avec la MRC Haute-Côte-Nord se détériorent puisque le maire Laurencelle en a été élu préfet récemment. La MRC est responsable de distribuer les avis publics qui représentent une importante source de revenus pour les médias régionaux.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec n'est pas intervenue dans le dossier de CHME-FM. En novembre, elle a cependant vivement dénoncé les pressions qu'exercent plusieurs élus municipaux sur ses membres dans son Dossier noir sur l'information municipale. Elle y souligne que certains élus accusent une méconnaissance générale du travail des journalistes et les considèrent comme des agents de relations publiques de la municipalité.

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