L'éditrice Josée Pilotte de l'hebdomadaire indépendant Accès Laurentides accuse le grand patron de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau, d'asphyxier l'information régionale. «Ta guerre, elle ne va pas que tuer ta compétition et la presse indépendante en région… c’est la démocratie elle-même que tu assassines!», écrit-elle dans une lettre ouverte parue cette semaine.

L'éditrice Josée Pilotte de l'hebdomadaire indépendant Accès Laurentides accuse le grand patron de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau, d'asphyxier l'information régionale. «Ta guerre, elle ne va pas que tuer ta compétition et la presse indépendante en région… c’est la démocratie elle-même que tu assassines!», écrit-elle dans une lettre ouverte parue cette semaine.

Josée Pilotte accuse son concurrent de mener une guerre des prix déloyale sur le terrain de la publicité. «Tu sais bien que l'on ne vit QUE de la vente de publicités, sans subventions ni autres revenus; nous ne sommes pas des journaux vendus, mais des journaux gratuits, pour le bien de notre communauté. Alors, comment peux-tu vendre tes pages de publicité dans des hebdos gratuits 10 fois moins chères qu’il a y 10 ans, bien que tous nos coûts de production ne cessent de grimper?», demande-t-elle.

Selon elle, cette «guerre sale» ne tue pas seulement la concurrence, mais aussi la diversité de l'information. Elle force les éditeurs à couper dans le journalisme de qualité qui alimente les débats d'idées, un rouage essentiel du système démocratique. Elle se traduit aussi par des emplois précaires et banalise le travail journalistique livrer à rabais aux annonceurs. «C’est le traitement de l’information que tu McDonalises à grands coups de déficits et de cheap labor pour chacun de tes hebdos», dénonce-t-elle.

La vice-présidente exécutive pour le Québec de Sun Media – filiale de Quebecor – , Lyne Robitaille a répliqué au cri du cœur de Josée Pilotte en rappellant que son entreprise a lancé dix nouveaux hebdos régionaux depuis février 2010, ce qui porte à 73 le nombre de journaux régionaux que Sun Media publie et distribue chaque semaine à travers le Québec. «Dans tous les cas, ces journaux ont permis d’ajouter à la diversité de l’information locale et à créer des dizaines d’emplois dans un secteur où les nouvelles embauches se font autrement plutôt rares», lance-t-elle dans une lettre adressée à sa concurrente.

Lyne Robitaille expose également les mérites de la convergence. Elle permet aux publications locales et régionales regroupées au sein du même réseau «de contribuer à mieux informer le pays tout entier sur ce qui se passe dans chacun des territoires où nous sommes présents. Grâce à notre réseau, un hebdo régional peut maintenant relayer au Canada tout entier des nouvelles d’intérêt national qui se déroulent dans son coin de pays. C’est ça, la vraie force de l’écosystème que nous mettons en place», explique-t-elle.

D'une commission à une autre

L'éditrice d'Accès Laurentides n'est pourtant pas seule à craindre l'étouffement de la diversité des voix. En 2001, lors de la Commission parlementaire sur la concentration des médias à l'Assemblée nationale du Québec, plusieurs intervenants exprimaient les mêmes inquiétudes.

«Ce qui peut être mis en cause par une concentration excessive des médias, c’est la possibilité que certains points de vue ne soient pas représentés ou reflétés dans les médias, alors que d’autres le seraient trop, ou que des groupes d’intérêts puissent utiliser leur contrôle des médias pour exercer une influence politique indue et que le rôle des médias dans le processus démocratique ne soit ainsi compromis», peut-on lire dans le mémoire qu'avait présenté le Centre d’études sur les médias.

Au fédéral, le rapport Davey en 1970 et le rapport Kent en 1981, nés de deux enquêtes publiques sur la concentration de la presse, exprimaient les mêmes craintes. Pour remédier à la situation, le rapport Davey recommandait la création d'un Conseil de surveillance de la propriété de la presse, d'une Caisse de prêts pour le développement des publications et d'un conseil de presse. Seule la troisième recommandation a été entendue. Le rapport Kent réclamait pour sa part d'interdire toute nouvelle concentration importante de la propriété et du contrôle des quotidiens. Cette recommandation est restée lettre morte et, depuis 30 ans, les conglomérats n'ont cessé de grossir.

En février, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a ainsi réclamé au gouvernement provincial une nouvelle commission parlementaire sur la concentration des médias. Elle lui a également demander de faire obstacle à l’achat par Quebecor des 15 journaux du groupe Les Hebdos Montérégiens. Cet appel est resté sans suite et le conglomérat a continué sa progression sur le marché des hebdomadaires en lançant notamment deux nouveaux titres en Mauricie. Face à lui, Transcontinental étend lui aussi sa toile. En août, l'entreprise a notamment absorbé le Groupe Le Canada Français.

 

Voir aussi:

Hebdo: aperçu de la stratégie de Quebecor

 

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