Sur
le modèle du Huffington Post, le magazine économique
Forbes.com compte lui aussi constituer une équipe de
blogueurs non rémunérés. Cependant, alors même qu’un
collaborateur du HuffPo estime que le site devrait reverser
une partie des gains de sa fusion avec AOL à ses bénévoles,
Forbes.com envisage de mettre en vente les textes de ses
blogueurs sans leur verser un sou.

Sur
le modèle du Huffington Post, le magazine économique
Forbes.com compte lui aussi constituer une équipe de
blogueurs non rémunérés. Cependant, alors même qu’un
collaborateur du HuffPo
estime que le site devrait reverser
une partie des gains de sa fusion avec AOL à ses bénévoles,
Forbes.com envisage de mettre en vente les textes de ses
blogueurs
sans leur verser un sou.

Pour
illustrer cette information que rapporte Pascal Lapointe dans
L’Indépendant,
le bulletin d’information de l’Association des journalistes
indépendants du Québec (AJIQ), nous publions le témoignage du
journaliste indépendant Martin Forgues.

***

J’étais un jeune
pigiste qui débutait dans le métier. Je rêvais de faire carrière
en journalisme et, surgissant un peu de nulle part, une occasion en
or se présente: alors que j’allais passer sept mois à l’étranger,
un grand quotidien montréalais, appartenant à un grand empire
médiatique, m’offre de publier une chronique hebdomadaire le samedi,
jour où le lectorat est à son paroxysme. Qui plus est, j’allais
être visible dans tous les médias de l’empire au Canada, ma
chronique étant reprise dans la chaîne de quotidiens anglophones
appartenant au dit empire. Quel début de carrière!

Je songeais aux
possibilités infinies qui s’offriraient à moi dès mon retour au
bercail. Un bon matin, alors que je rencontrais le directeur de
l’information du quotidien, il me présente le contrat en vertu
duquel je pouvais être rémunéré.

J’ai lu les clauses
et, dès les premières phrases, mon œil gauche se met à titiller
et j’ai été pris d’étranges spasmes dans le visage: le journal
exige tous les droits rattachés à ma chronique, droits d’auteur et
moraux, ainsi que sur «l’exploitation de projets connexes et dérivés
de l’œuvre par une filiale». Adieu, livre tiré de l’aventure sans
la permission du nouveau titulaire de mon âme, qui n’aura pas à me
payer davantage de toute façon.

Voici qui résume
bien mon expérience de pigiste avec Quebecor, alors que j’ai signé
un contrat de collaboration pour les chroniques «Lettres
d’Afghanistan
» parues entre juillet et décembre 2007.

Pourquoi
avoir apposé ma griffe au bas de la page, demanderez-vous? Parce que
j’étais pressé de travailler et que je n’ai pas pris la peine de
négocier. Je le regrette maintenant. Je regrette d’avoir échangé
ma visibilité contre tous mes droits.

À
quoi me sert cette visibilité maintenant que je ne peux plus
utiliser mes chroniques, mes textes et cette expérience à
l’étranger pour en faire un livre, un documentaire ou un autre
reportage? Je regrette d’avoir accepté l’inacceptable sans avoir
pris la peine de négocier. En plus, cette chronique hebdomadaire ne
m’a même pas permis d’obtenir d’autres contrats dans ledit empire.

Morale de
l’histoire: relisez cette chronique, et faites exactement le
contraire. C’est ce que je ferai la
prochaine fois.

***

Martin
Forgues est journaliste
indépendant et membre du C.A. de l’AJIQ. Ce
témoignage est originellement paru dans L’Indépendant du mois
d’avril.

Voir aussi:

HuffPo et AOL engendrent un géant de l’info en ligne

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