Les premières histoires «incroyables mais vraies» ne pourront être lues qu’à partir du mois d’avril sur la plateforme Inouï, plutôt que cet automne comme prévu initialement. Marc-André Sabourin, journaliste indépendant et co-créateur de ce nouveau futur média, explique ce report par la volonté de marquer un grand coup dès le lancement. Entrevue.

Les premières histoires «incroyables mais vraies» ne pourront être lues qu’à partir du mois d’avril sur la plateforme Inouï, plutôt que cet automne comme prévu initialement. Marc-André Sabourin, journaliste indépendant et co-créateur de ce nouveau futur média, explique ce report par la volonté de marquer un grand coup dès le lancement. Entrevue.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Projet J: Pourquoi avoir décidé de reporter le lancement, quitte à déplaire à vos premiers fans, ceux qui ont contribué à votre campagne de socio-financement au printemps?

Marc-André Sabourin: ça a été une décision très difficile, mais il reste encore énormément de détails à fignoler pour que tout fonctionne rondement. On n’a pas voulu livrer un produit inachevé. L’enjeu est de frapper fort dès le départ pour multiplier nos chances de survie. Ainsi, non seulement il faudra être présents sur internet, sur tablettes et sur liseuses dès le lancement, mais aussi avoir une visibilité dans toute la francophonie. Les quelques mois que nous nous donnons en plus vont nous permettre de mieux développer nos liens avec la France, la Belgique et la Suisse notamment.

Est-ce qu’avec ce projet, vous avez dû mettre votre casquette de journaliste au placard pour revêtir celle d’entrepreneur?

C’est sûr que l’aspect entrepreneurial est important dans cette aventure. Mais nous l’abordons avec une vision de journaliste. Ce que nous allons publier ce sont des histoires qui sont incroyables, mais complètement vraies. Ça se lit comme des romans. On raconte des faits divers, des histoires d’amour, des trucs étonnants, mais on ne rapporte pas les faits comme le ferait un journaliste en citant les protagonistes, par exemple. En revanche, il y a un vrai travail de recherche journalistique derrière pour collecter et amasser l’information, mener des entrevues, vérifier les faits, etc. C’est du journalisme à 100%, même si c’est une forme qui est plus fréquente dans le milieu anglophone que francophone.

Vous vous êtes d’ailleurs inspirés d’un site états-unien…

On s’inspire effectivement beaucoup d’une compagnie new-yorkaise qui s’appelle Atavist. Lorsque je l’ai découverte, j’ai adoré la plateforme et le style. Ça faisait longtemps qu’avec Simon Coutu, l’un des partenaires d’Inouï, on rêvait de créer notre propre média. Quand on a vu ça, on s’est dit que non seulement c’était une forme de journalisme qui nous intéressait, mais aussi un modèle d’affaires qui nous intéressait pour le journalisme. On les a approchés et rencontrés à plusieurs reprises, on a racheté leur technologie et on traduit également plusieurs de leurs histoires.

Les histoires ne seront donc pas originales…

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Lors du lancement, nous aurons trois histoires traduites et deux originales. Je me chargerai d’ailleurs d’en écrire une. Mais l’idée, c’est de proposer des auteurs établis. Nous avons plusieurs journalistes qui nous ont approchés, mais ils ne comprennent pas toujours très bien le concept. Une fois que la plateforme sera lancée, ce sera plus clair et nous pourrons avoir plutôt des histoires inédites.

Si  vos histoires se lisent comme un roman, tirez-vous cependant avantage du fait que vous êtes publiés sur des plateformes numériques?

Nous intégrons le multimédia. Il sera possible de cliquer sur des liens pour avoir accès à une photo, une vidéo, une carte, etc. Ça offre l’avantage de camper les histoires dans le réel, dans le récit journalistique. Mais il sera aussi possible de désactiver ce mode pour les gens qui ne souhaitent pas être parasités et qui veulent seulement plonger dans un bon livre.

Avec Inouï, vous créez votre média. Pensez-vous que la révolution qui bouleverse tout l’univers des médias va amener de plus en plus de journalistes à faire comme vous?

C’est sur que le milieu connait énormément de transformations. Mais celles-ci touchent d’abord et avant tout le domaine des affaires et pas le travail journalistique en tant que tel. Évidemment, il y a tout l’aspect multimédia, mais au bout du compte, il faut toujours ramasser des faits, les vérifier, les mettre en contexte et les rapporter de manière rigoureuse. Je pense que pour beaucoup, le métier va continuer à se borner à ça. En revanche, pour ceux qui ont le goût de lancer leur propre média, ça devient possible. Ce n’est pas facile parce qu’il faut être capable de monter un plan d’affaires solide, mais les nouvelles technologies nous permettent de nous lancer. Pour ma part, j’ai toujours eu un intérêt pour le milieu des affaires et l’entreprenariat. Je fais ainsi d’une pierre, deux coups.

Quel est justement le modèle d’affaires pour lequel vous avez opté?

Ce qu’on offre ressemble d’avantage à une maison d’édition qu’à un magazine. Ce sont de longues histoires, entre 10 000 et 20 000 mots. On en aura cinq au départ et on espère ensuite en proposer une nouvelle par trimestre. La plateforme de lecture sera gratuite et chaque histoire coûtera trois dollars. La moitié nous reviendra et l’autre à l’auteur… tout cela après avoir enlevé les frais que se réserve la plateforme. Par exemple, pour chaque téléchargement via l’application iPad, Apple prélève 30% du  montant.

Vous avez fait une étude de marché avant de vous lancer?

Non, mais on sait qu’il nous faudra beaucoup de lecteurs et c’est la raison pour laquelle nous voulons nous implanter dans toute la francophonie. Cependant, en plus de ramasser des fonds, notre campagne de socio-financement nous a aussi servi pour tester l’intérêt du public. 280 personnes ont cru assez en nous pour mettre de l’argent sur notre projet et nous avons atteint notre objectif. Si ça n’avait pas été le cas, nous l’aurions abandonné.