Les dés sont jetés. D’ici deux à cinq ans selon les sources, la version papier des quotidiens de Gesca aura disparu et d’ici-là, les lecteurs devront tous avoir migré vers l’application tablette s’ils souhaitent continuer à s’abreuver à cette source d’information. Qu’en pensent les principaux intéressés? ProjetJ en a rencontré quelques-uns.

Les dés sont jetés. D’ici deux à cinq ans selon les sources, la version papier des quotidiens de Gesca aura disparu et d’ici-là, les lecteurs devront tous avoir migré vers l’application tablette s’ils souhaitent continuer à s’abreuver à cette source d’information. Qu’en pensent les principaux intéressés? ProjetJ en a rencontré quelques-uns.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Scène désormais banale un samedi matin dans un café de quartier à Montréal. Près de la fenêtre, une femme lit un journal mis à disposition par le gérant. La Presse. Son conjoint la rejoint avec les consommations et lui demande le cahier sports.

Juste à côté, un homme d’un certain âge, tempes grisonnantes, semble véritablement absorbé par ce qu’il lit sur sa tablette… en l’occurrence, les écrans affaires de La Presse+.

L’occasion était trop belle de discuter quelques minutes avec eux, de leur sentiment vis-à-vis de la mort annoncée du papier chez Gesca. Le couple est d’ailleurs surpris que l’échéance puisse être si proche.

«Je trouve ça dommage, avoue Geneviève. Pour nous c’était un rituel de venir ici le samedi matin pour lire le journal. On pourrait tout aussi bien le faire chez nous sur notre tablette. Mais on trouve ça plus sympathique de se le partager en buvant un café.»

Son conjoint Louis-André acquiesce.

«Je ne suis pas un lecteur de journal assidu, je m’informe un peu via la télévision et beaucoup via internet, raconte-t-il. Mais j’apprécie de trouver La Presse au café du coin. Malgré tout, j’aime la sensation de toucher le papier.»

Conscience écolo

À côté d’eux, Michel dit avoir renoncé au format papier dès que La Presse+ est apparue.

«J’étais abonné depuis des années et ça n’a pas pris dix jours pour que je résilie mon abonnement. Pourquoi payer alors que j’ai bien plus avec ma tablette? Il faut dire que ma conscience écolo me taraudait depuis quelques temps déjà… lorsque je vois tous ces journaux dans les poubelles, je pense à mes petits-enfants…»

Le gérant du café quant à lui, affirme que la fin de La Presse papier aura certainement des conséquences sur son commerce, lui qui ne recevra plus les exemplaires gratuits à mettre à la disposition de ses clients.

«Peut-être vont-ils nous envoyer des tablettes gratuites sur lesquelles ont pourra installer La Presse+!, lance-t-il avec humour. Quoi qu’il en soit, de mon comptoir, je les observe les gens. Ils se parlent, l’un demande à l’autre s’il peut emprunter le cahier affaires, ou un autre. Les gens relèvent la tête de leur lecture, rien que pour tourner les pages et aller chercher un autre article qui les intéresse. Des regards se croisent. Des conversations démarrent parfois. Sur la tablette, les gens sont focus, ils ne relèvent jamais la tête, sauf au moment de partir…»

Encore un marché pour le papier?

Même si ces quelques personnes rencontrées par hasard ne représentent en rien un sondage représentatif, leur divergence de points de vue vient questionner la pertinence d’arrêter purement et simplement le papier. Et si les syndicats des quotidiens de Gesca ont confirmé à ProjetJ qu’ils ne se battraient pas pour la survie de ce format, la décision d’affaires ne leur appartenant pas, ils estiment cependant qu’il y a encore un marché pour la papier.

Au Saguenay, la diffusion du Quotidien se porte encore bien, fait valoir Louis Tremblay, président du syndicat des communications.

«Nous n’avons aucun chiffre qui nous indique le taux de pénétration des tablettes dans la région, ajoute-t-il. Ma conjointe lit La Presse+. Mais est-ce significatif? Nous n’en savons rien.»

De son côté, son homologue au Soleil, Jean-François Néron, pense aux plus anciens en général, et à sa mère en particulier, qui lorsqu’elle n’aura plus le journal papier, n’aura d’autres solutions que de s’informer via la télévision, elle qui ne va pas, à son âge, s’équiper d’une tablette.

Se couper de sa base?

En développant une application gratuite, Gesca ne cache pas sa volonté d’aller chercher les jeunes, ceux pour qui payer pour s’informer est un geste complètement incongru. En faisant cela, le groupe se coupe-t-il de sa base, les boomers et de leurs parents, qui l’ont fait vivre durant des décennies?

Au moment du lancement de l’application iPad il y a un peu plus d’un an, Guy Crevier, président et éditeur de La Presse, affirmait que partout dans le monde, l’utilisation de la tablette numérique connaît une croissance fulgurante et ce, à tous les âges.

«Son taux de pénétration dans la population est presque trois fois plus rapide que celui du téléphone intelligent, écrivait-il. C’est l’outil de communication qui connait le taux d’adoption le plus rapide de l’histoire des nouvelles technologies. C’est pourquoi offrir gratuitement l’abonnement sur cet outil permettra à La Presse+ de se positionner rapidement comme un nouveau média de masse au Québec.»

En un an, près de 500 000 téléchargements ont été comptabilisés et aujourd’hui, environ 120 000 éditions sont chargées en moyenne chaque jour de la semaine et 140 000 les fins de semaine. Des chiffres très satisfaisants selon l’éditeur, avec un  seul bémol, les ventes et les abonnements papier n’ont pas baissé de manière significative. Bref, avec la tablette, La Presse+ parvient à aller chercher un nouveau public, moins à faire migrer complètement ses lecteurs traditionnels vers la nouvelle plateforme.

Michel serait donc l’exception qui confirme la règle. Car malgré la belle facture qu’il reconnait à l’application, le lectorat traditionnel dans sa grande majorité, à en croire l’échantillon interrogé par ProjetJ, ne retrouve pas la même convivialité sur la tablette qu’avec le papier.

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