Parce que les uns et les autres proviennent souvent des mêmes formations et entretiennent des liens amicaux, parce qu’avec l’arrivée des nouvelles technologies, ils utilisent les mêmes outils, notamment les réseaux sociaux, parce qu’il y a eu ces dernières années une multiplication des métiers, tant au sein du journalisme que des relations publiques… ces deux sphères de la communication autrefois très délimitées semblent de plus en plus perméables l’une à l’autre.

Parce que les uns et les autres proviennent souvent des mêmes formations et entretiennent des liens amicaux, parce qu’avec l’arrivée des nouvelles technologies, ils utilisent les mêmes outils, notamment les réseaux sociaux, parce qu’il y a eu ces dernières années une multiplication des métiers, tant au sein du journalisme que des relations publiques… ces deux sphères de la communication autrefois très délimitées semblent de plus en plus perméables l’une à l’autre.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

La scène se passe la semaine dernière au 82e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) au sein de l’Université Concordia à Montréal. Alors que sur l’estrade, des chercheurs se succèdent pour expliquer à quel point la frontière entre le journalisme et les relations publiques est devenue poreuse, dans la salle, une journaliste indépendante est mandatée par l’organisation du congrès pour twitter ce qui se dit dans ce colloque.

À ce moment-là, est-elle journaliste parce que personne ne lui a demandé de faire clairement la promotion de l’Acfas et qu’elle se contente de partager des citations afin de faire circuler l’information? Ou fait-elle des relations publiques parce que son client, celui qui va lui remettre sont chèque, est clairement l’organisateur de l’événement? Peut-on faire des relations publiques tout en gardant une sensibilité journalistique? Est-ce qu’un journaliste qui accepte de faire des relations publiques pour un organisme comme l’Acfas, diffuseur de savoir, est moins déontologiquement coupable que celui qui travaille pour un géant de la construction ou une chaine de supermarché?

Quoi qu’il en soit, cet exemple illustre parfaitement les propos qui sont tenus dans la salle, à savoir que la frontière entre le journalisme et les relations publiques est de moins en moins nette, notamment parce que la précarité des journalistes à la pige les pousse bien souvent à enfreindre un temps soit peu l’idéal de la profession en allant regarder temporairement si l’herbe est plus verte de l’autre côté de la barrière.

Une multiplication des métiers

En cause donc, la précarité, qui impose aux journaliste de faire ce va-et-vient. Mais pas seulement, à en croire les deux équipes de chercheurs qui se sont penchées sur la question tant en France, à l’Université Stendhal de Grenoble, qu’ici, à l’Université du Québec à Montréal (Uqàm) et à Laval.

«La diversité des activités des journalistes au sein même des salles de nouvelles et la multiplication des métiers qui sont au contact des journalistes à la fois à l’externe, relationniste, attaché politique, directeur des communications, et à l’interne, éditeur web, animateur de communauté, documentaliste, informaticien, réalisateur, architecte narratif, etc., font en sorte que les statuts sont aujourd’hui très flous, estime Laurie Schmitt, doctorante à Grenoble. On assiste à une extension du nombre de journalistes issus de formations très diverses et à une transformation des médias en raison de la présence accentuée des nouvelles technologies de l’information.»

On assiste également à une redéfinition des rapports entre le journaliste et le relationniste du fait de ces nouvelles technologies et de ces nouvelles plateformes, notamment par la présence de tous, sur les réseaux sociaux.

«D’un côté, les relationnistes s’en servent pour outrepasser les journalistes et faire passer leur message directement au public, explique Josianne Millette de l’Université Laval. De l’autre, pour les journalistes, c’est une formidable vitrine d’employabilité avec laquelle ils font du marketing de soi.»

On voit également de plus en plus de compagnies créer leur propre contenu et devenir elles-mêmes des médias… pour lesquels les journalistes travaillent.

Une zone tampon hybride

«Il n’y a plus de catégories figées, confirme Renaud Carbasse, doctorant à l’Uqàm. C’est l’idée du professionnalisme du flou, de groupes professionnels qui voient leurs frontières, leurs discours de justification, leurs habitudes, évoluer en fonction des époques et des contextes. C’est dans cette zone tampon hybride que l’on retrouve des réalités communes, des pratiques souvent proches.»

Et Josianne Millette d’ajouter que si l’on considère en plus que relationnistes et journalistes ont souvent fait les mêmes études et se fréquentent, il ne s’agit en fait que de «deux sphères qui appartiennent à un même milieu».

Une réalité qui n’élimine pas pour autant les lignes de tension, la principale tournant autour de l’éthique, source essentielle de méfiance des journalistes envers les relations publiques.

«C’est la différence entre l’éthique du témoignage qui s’enligne sur la notion d’intérêt public, d’un côté, note Josianne Millette. Et de l’autre une éthique de la persuasion, qui elle, cherche à négocier entre l’intérêt public et les intérêts privés.»

Une différence qui fait en sorte que le journaliste n’a de cesse de vouloir mettre sa déontologie, son unicité et son identité propre de l’avant. Son rôle de gardien de la démocratie également et la valeur ajoutée qu’il apporte. Tout ça dans le but de reconquérir l’opinion publique.

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