Avant de prendre une pause estivale, ProjetJ propose un bilan des bonnes et des moins bonnes nouvelles dans l’industrie des médias au cours du premier semestre 2014. En résumé, beaucoup de coupures de postes, des passages de témoin dans les principales organisations, l’avènement du journalisme entrepreneur et le retour en force du débat sur la transparence, la concentration et la convergence alors qu’un certain Pierre Karl Péladeau a fait son entrée à l’Assemblée nationale.

Avant de prendre une pause estivale, ProjetJ propose un bilan des bonnes et des moins bonnes nouvelles dans l’industrie des médias au cours du premier semestre 2014. En résumé, beaucoup de coupures de postes, des passages de témoin dans les principales organisations, l’avènement du journalisme entrepreneur et le retour en force du débat sur la transparence, la concentration et la convergence alors qu’un certain Pierre Karl Péladeau a fait son entrée à l’Assemblée nationale.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Grosses compressions à Radio-Canada

Les annonces se sont succédées ce printemps et il en résulte que d’ici 2020, le diffuseur public perdra 20% de ses effectifs et devra continuer à divertir et informer tout en subissant des compressions budgétaires de 230 millions de dollars. Du côté des artisans de l’information, soixante dix-huit postes seront abolis d’ici dix-huit mois, soit trente-et-un postes permanents, dix-sept contractuels et trente occupés actuellement par des employés temporaires. Le service des sports paiera le plus fort tribut. Parallèlement, les négociations en vue du renouvellement de la convention collective, longtemps au point mort malgré la nomination d’un médiateur en octobre dernier, ont mené en juin à la reconduction pure et simple de l’ancienne jusqu’en février prochain, avec de légères augmentations de salaire. Les discussions reprendront donc dès l’automne prochain… à moins que d’ici-là, Conseil canadien des relations industrielles ne décrète la fusion de tous les syndicats représentant les employés de Radio-Canada au Québec et à Moncton. Une décision que la direction de la SRC appelle de ses vœux et qui retardera forcément les échéances.

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Un livre blanc pour débattre de l’avenir de Radio-Canada

 

D’autres mauvaises nouvelles sur le front de l’emploi

En mai, 24 heures, le quotidien gratuit appartenant à Quebecor, amorce une «grosse restructuration», abolissant quatre postes à savoir l’adjointe à la direction de l’information, le chef de pupitre, ainsi que les deux infographistes. Un mois plus tard, le directeur de l’information quitte également l’entreprise. Quant aux journalistes, ils voient leurs postes de travail dispatchés entre la salle de nouvelles de QMI et celle du Journal de Montréal… ce qui fait dire à certain que 24 heures  ne serait plus qu’une vitrine du JDM. La direction assurant pour sa part qu’il s’agit juste de la poursuite du plan de restructuration implanté dans tous les organes écrits appartenant à Sun Media. Du coté de la Presse Canadienne, c’est dix postes qui devront être supprimés d’ici la fin  de l’été au bureau de Montréal afin de «gérer la décroissance». Pour ce faire l’agence a lancé au mois de juin un plan de départ volontaire. Dans le même temps, la Presse canadienne souhaite diversifier son offre en proposant notamment des services de live blogging à des entreprises de presse, comme elle l’a déjà fait pour Le Devoir lors des élections municipales de novembre dernier. Elle se concentra cependant dorénavant sur les beats qui fonctionnent bien, à savoir principalement la politique, les nouvelles générales, les affaires et le sport. Enfin, l’agence de presse vient de confirmer sa volonté de moderniser son équipement, en remplaçant son système de transmission par satellite par un système basé sur l’internet pour tous les services. Les clients qui reçoivent textes, photos et audio par satellite migreront vers la distribution web d’ici le 1er novembre de cette année.

24 heures: le poste de directeur de l’information est aboli

Grosse restructuration à 24 heures

24 heures: «une ambiance toxique»

10 départs volontaires souhaités à la Presse canadienne

 

La Presse+ crie déjà presque victoire

Face à toutes ces mauvaises nouvelles, tout le monde a les yeux rivés sur La Presse+, alors que la direction de Gesca revendique déjà son succès. Un an après son lancement en avril, force était de constater que les annonceurs commençaient à y trouver un intérêt certain. Fort de ces bons résultats et alors que la publicité continue de fuir irrémédiablement les médias écrits, les frères Desmarais, propriétaires de Gesca, ont confirmé en mai dernier l’abandon dans un avenir plus ou moins proche du format papier pour tous ses quotidiens. Les syndicats ont pris acte et ne souhaitent pas se lancer dans une bataille sur ce terrain. L’heure est maintenant à l’intégration des quotidiens régionaux à la plateforme La Presse+. Mais si l’application tablette semble être un succès sur le plan du modèle d’affaires, il n’en reste pas moins qu’elle pose quelques problèmes éthiques. Le syndicat des employés de l’information La Presse dénonce en effet une certaine confusion entre les reportages et certains publi-reportages.

Gesca: «On ne mènera pas de bataille pour la survie du papier»

Les frères Desmarais le confirment, La Presse abandonnera le papier

La Presse procède à des «ajustements»

La Presse+: confusion entre rédaction et promotion?

«J’aime la sensation de toucher le papier»

Un an après, les annonceurs séduits par La Presse+

Guy Crevier: «Il n’y a pas une job qui n’a pas changé à La Presse»

 

Du changement au Conseil de presse et à la FPJQ

Après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, le secrétaire général de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Claude Robillard, a pris sa retraite en avril, remplacé par Caroline Locher, qui était devenue son adjointe l’été dernier. Le changement dans la continuité alors que la principale association de journalistes au Québec continue de fustiger le manque de transparence des élus et des organismes publics. De son côté de Conseil de presse fait lui aussi peau neuve. Au terme de son premier mandat, John Gomery a décidé d’en quitter la présidence, remplacé en mai par Paule Beaugrand-Champagne. Son but, faire en sorte que les médias de Quebecor  réintègre l’instance d’autorégulation… une exigence d’autant plus absolue au moment ou Pierre Karl Péladeau, ex-patron de l’empire médiatique et toujours actionnaire majoritaire du groupe, fait son entrée à l’Assemblée nationale.

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Paule Beaugrand-Champagne veut rendre l’existence du Conseil de presse évidente

Paule Beaugrand-Champagne à la présidence du Conseil de presse

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Candidature de PKP: inquiétudes sur le front de la liberté de la presse

Docteur Pierre Karl et Mister Péladeau

 

Journalistes, bientôt tous entrepreneurs?

Dans le contexte de crise que traverse l’industrie des médias, des débuts de solutions pointent le bout de leur nez. Si certains modèles d’affaires semblent bel et bien obsolètes, d’autres font leur apparition. De plus en plus de journalistes font en effet le pari du sociofinancement pour lancer leur propre média. Inouï, Planète F, Muses et bientôt Ricochet… tous ont remporté leur campagne de financement participatif. Mieux, ils encouragent les finissants, qui tous ont bien conscience que le journalisme qu’ils produiront n’aura rien à voir avec celui qui a encore cours aujourd’hui. Des initiatives nouvelles qui leur redonnent la confiance nécessaire pour apporter leur pierre à l’édifice et chercher à réinventer le modèle.

Journalistes et entrepreneurs

Ricochet souhaite devenir le Médiapart canadien

Deux journalistes lancent le magazine Muses

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