Les journalistes citoyens documentent le mondain et l’extraordinaire, fournissent des photos, des vidéos, des textes, sans rémunération. Ils acceptent de faire bénévolement ce qui épuise, jour après jour, les journalistes salariés. Leur contribution laisse perplexe ou est accueillie avec enthousiasme, selon les cas et selon les définitions que l’on donne aux mots « journalisme » et « nouvelle ». Le livre Citizen Journalism : Valuable, Useless or Dangerous? examine le phénomène, en épluchant des cas concrets.

 

Par Chantal Francoeur

Les journalistes citoyens documentent le mondain et l’extraordinaire, fournissent des photos, des vidéos, des textes, sans rémunération. Ils acceptent de faire bénévolement ce qui épuise, jour après jour, les journalistes salariés. Pour participer au débat public, exercer leur citoyenneté, ébranler le statu quo, donner une voix aux sans voix. Leur contribution laisse perplexe ou est accueillie avec enthousiasme, selon les cas et selon les définitions que l’on donne aux mots « journalisme » et « nouvelle ». 

Le livre Citizen Journalism : Valuable, Useless or Dangerous? examine le phénomène, en épluchant des cas concrets. Son titre résume les facettes du journalisme non professionnel. Nécessaire, inutile et dangereux tout à la fois. Quand des journalistes professionnels ne peuvent accéder à un site, des citoyens peuvent prendre le relais. Comme lors des attentats dans le métro de Londres, le 7 juillet 2005. Comme lors des manifestations en Iran en juin 2009. Lorsqu’un groupe de citoyens est négligé, il peut réaliser ses reportages sur sa réalité. Comme les jeunes sud africains de Grahamstown commentant leur quotidien sur leur téléphone cellulaire. Au moment d’une campagne électorale, des électeurs peuvent attirer l’attention sur des sujets négligés. Comme les participants au site iReport de CNN lors de l’élection américaine de 2008.

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L’ouvrage illustre les relations entre les journalistes professionnels et les journalistes citoyen. Ils se côtoient ou s’évitent. À Londres, à l’été 2005, ils ont travaillé main dans la main à la BBC, au Guardian et à Sky News. Les médias prestigieux ont réservé un espace aux gens qui voulaient témoigner, envoyer des photos inédites prises dans le métro. À d’autres moments, les journalistes citoyens refusent d’être associés aux médias grand public (mainstream), pour mieux marquer leurs différends philosophiques. Les journalistes citoyens peuvent aussi remplacer les journalistes professionnels, comme lors de la révolution de safran en Birmanie en 2007, où la presse était contrôlée par le régime militaire.

Les auteurs de Citizen Journalism : Valuable, Useless or Dangerous? se posent des questions sur les motivations des journalistes citoyens et leur éthique. Dans le cas des attentats à Londres, Stuart Allan raconte que de nombreuses photos mises en ligne ont été prises par des travailleurs qui craignaient d’être en retard : ils voulaient documenter l’arrêt du métro pour éviter les remontrances de leur patron. Il cite aussi un rédacteur en chef dégoûté par des photographes amateurs cherchant les pires victimes. Le rédacteur en chef dénonce ce voyeurisme macabre des « snaparazzi ».

D’autres questions pertinentes sont abordées. Selon certains chercheurs les journalistes citoyens ajoutent au contenu des médias traditionnels, commentent, mais réalisent peu de reportages originaux. D’autres font remarquer que seules les personnes ayant accès aux médias sociaux ou à internet peuvent faire du journalisme citoyen. Par ailleurs, le journalisme « de la base » ajoute au fardeau des journalistes professionnels, qui ont pour mission de vérifier d’où vient l’information, de la mettre en contexte et de lui donner du sens. Les droits d’auteur sont aussi en jeu.  

Citizen Journalism : Valuable, Useless or Dangerous? fait le tour de ces questions en mariant bien la théorie et la vraie vie. Il fait le tour de la planète en exposant des cas prenants. Sans trancher, il permet de pousser la réflexion sur ce qui est parfois présenté comme la clé pour sauver le journalisme contemporain. Et il rappelle que même s’il est lié à la montée d’internet, le journalisme citoyen n’est pas une expérience nouvelle. Il trouve ses racines chez les pamphlétaires américains des années 1700 qui luttaient contre la Grande-Bretagne. Il s’inspire aussi des contestataires utilisant des radios à ondes courtes dans les années 1960 et 1970 pour se révolter contre les gouvernements colonisateurs.