Une publication fort originale a fait son apparition il y a près de trois ans dans le paysage médiatique québécois: le Journal Ensemble. Un bulletin qui parle de la vie des coopératives aux membres de coopératives, les journalistes œuvrant pour le titre étant tous travailleurs indépendants. Et membres de la coopérative fondée pour éditer le journal.

Une publication fort originale a fait son apparition il y a près de trois ans dans le paysage médiatique québécois: le Journal Ensemble. Un bulletin qui parle de la vie des coopératives aux membres de coopératives, les journalistes œuvrant pour le titre étant tous travailleurs indépendants. Et membres de la coopérative fondée pour éditer le journal.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Trouver une nouvelle voie pour sortir les journalistes indépendants de la précarité dans laquelle ils se trouvent, notamment en région, tel est l’un des objectifs avoués de Nicolas Falcimaigne, membre du Conseil d’administration de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) et président de la Coopérative du journalisme indépendant (CJI), éditeur d’Ensemble.

«En dehors de Montréal et des grands centres urbains, les journalistes n’ont souvent d’autres choix que de travailler pour l’un des deux grands conglomérats présents en région, à savoir Québécor et TC Media, explique-t-il. On connaît les conditions qu’offre, notamment, TC Media. Les pigistes perdent leurs droits d’auteur et même leurs droits moraux. Ensemble souhaite donner une alternative et être un modèle sur lequel les autres éditeurs devront s’aligner s’ils veulent attirer les meilleurs d’entre nous.»

Travailler pour Ensemble, c’est léguer l’exclusivité de ses textes pendant six mois sur papier et sur internet. Ensuite, les droits reviennent au journaliste qui sera de nouveau payé en cas de republication.

Des parts dans la coopérative

«Notre objectif est de parvenir à rémunérer nos pigistes à hauteur de ce que préconise l’AJIQ, à savoir 125$ le feuillet, affirme Nicolas Falcimaigne. Mais nous n’en sommes pas là. Les papiers de moins de 500 mots sont payés 100$, au dessus de ça, c’est un forfait de 200$. Mais les rédacteurs ne reçoivent pas cette somme dans sa totalité. La moitié leur revient sous forme de parts dans la coopérative. De cette façon, nous développons un réseau de presse au Québec qui n’appartient qu’aux journalistes».

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150 rédacteurs environ font aujourd’hui partie de la coopérative et une vingtaine d’entre eux sont des pigistes réguliers. Après trois ans d’existence, la viabilité n’est cependant pas assurée. L’ambition est de publier douze éditions régionales mais pour l’instant, il s’agit plutôt d’une édition tournante, ciblée soit sur une thématique, soit sur une région.

«Nous la distribuons gratuitement et nous avons 200 abonnés payants à la version Pdf du titre, affirme le président de la CJI. Pour être pérenne, il nous en faudrait 1500, ce qui est tout à fait envisageable puisqu’il existe déjà 3000 coopératives au Québec, structures qui représentent notre cœur de cible. Or, nous n’avons pas encore eu ni le temps, ni les moyens de faire véritablement notre promotion.»

Démocratie et citoyenneté

Les coopératives comme cœur de cible parce qu’Ensemble parle justement de sujets ayant trait à la coopération, tout comme ses illustres prédécesseurs du même nom. Mais cette fois, la thématique s’élargit aux questions de démocratie, de citoyenneté et de participation.

La coopérative comme garantie du journalisme indépendant et de la liberté éditoriale? Nicolas Falcimaigne y croit.

«La structure fait en sorte que les journalistes ne peuvent pas se faire acheter, affirme-t-il. Ils sont moins seuls dans leur coin face aux gros, ils sont mieux soutenus. Ce qui n’empêche pas qu’à Ensemble comme ailleurs, nous avons besoin de revenus pour vivre. Et aujourd’hui, ces revenus proviennent en grande majorité de la publicité.»

À cela, Ensemble cherche des solutions. Le développement des abonnements bien sûr, mais aussi des partenariats avec des annonceurs suprarégionaux afin de ne pas créer une trop grande proximité entre les rédacteurs et les commerces et institutions locales susceptibles d’annoncer dans les pages du journal. À ce sujet, la CJI est en train de recruter un représentant en publicité.