Depuis l’annonce par TC Média de la mise à pied de 11 de ses 23 journalistes écrivant dans ses 22 hebdos montréalais, nombre de voix s’élèvent pour exprimer leur incompréhension. Parmi eux, plusieurs élus de l’île, qui trouvent le moment particulièrement mal choisi, à quelques mois d’une élection municipale capitale pour la démocratie locale.

Depuis l’annonce par TC Média de la mise à pied de 11 de ses 23 journalistes écrivant dans ses 22 hebdos montréalais, nombre de voix s’élèvent pour exprimer leur incompréhension. Parmi eux, plusieurs élus de l’île, qui trouvent le moment particulièrement mal choisi, à quelques mois d’une élection municipale capitale pour la démocratie locale.

Par Hélène Roulot-Ganzmann

Les premiers numéros des hebdos de TC Media, nouvelle formule, arrivent petit à petit dans les boites aux lettres. Nouvelle facture en pages intérieures, la une complètement repensée, plus de photos, moins d’articles et plus de communiqués.

«Avant, lorsque nous envoyions une communication à la rédaction, un journaliste repassait derrière, note François W. Croteau, maire de l’arrondissement Rosemont-Petite Patrie, élu sous la bannière Projet Montréal. Parfois, il nous appelait pour avoir des précisions. Dans le dernier numéro, notre communiqué est passé tel quel. Le sujet n’est pourtant pas anodin puisqu’il s’agit de l’octroi d’un contrat de 212 000$ pour l’enlèvement de graffitis sur notre territoire.»

En bas de page, cette note: source Rosemont-Petite Patrie. Cette fois, il est clair qu’il s’agit d’un communiqué, mais ça ne l’est pas toujours. L’Express d’Outremont de la semaine dernière compte une dizaine d’articles qui ne portent ni la signature d’un journaliste, ni ne mentionnent une source quelconque.

«Ça devient difficile pour le lecteur de juger de la véracité des informations, estime François W. Croteau. Nous venons de recevoir la première édition d’un journal réalisé pratiquement sans journalistes. Il n’y a pas de filtre, pas d’enquête, pas de recherche, pas de vérification de sources. Il peut se dire n’importe quoi, il peut y avoir de fausses accusations. C’est un élément très problématique, d’autant que nous sommes en année électorale.»

Journalisme de communiqué

L'élu prend le dossier tellement au sérieux qu’il a déposé une motion lundi au Conseil de Ville, invitant TC Media à abandonner son intention d’éliminer la couverture journalistique des enjeux politiques locaux dans ses hebdomadaires montréalais. Au même moment, le Syndicat de l’information de Transcontinental (SIT-CSN) organisaient devant les portes de l’Hôtel de Ville, une manifestation de soutien aux journalistes mis à pied.

«Ces coupures sont aberrantes, estime Benoît Leblanc, président du syndicat. Chaque journaliste est maintenant affecté à deux titres. Croyez-vous qu’il va descendre souvent sur le terrain? Il ne va plus faire que recevoir les communiqués et les traiter. La gestion des déchets, le développement urbain, la circulation, la couverture des conseils d’arrondissement, l’aménagement d’un parc, etc., on oublie ça! Nous sommes en pleine année électorale, mais il ne faut pas compter sur les hebdos de TC Media pour que la campagne soit traitée de manière journalistique et critique.»

Alors sur qui? «En l’état actuel, les affaires municipales ne seront tout simplement plus couvertes, répond Chantal Rouleau, mairesse de Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles, sous l’étiquette Vision Montréal. C’est incompréhensible que TC Media ait choisi ce moment des élections municipales pour couper des journalistes qui étaient les seuls à faire remonter la nouvelle hyper-locale. On en parle beaucoup entre élus et nous sommes très inquiets.»

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Animateurs de vie de quartier

Durant le courant du mois de mai, les vingt-deux hebdos montréalais appartenant à TC Media ont tous publié le même article, intitulé «VOTRE journal… plus local que jamais!» Un même article, signé par ailleurs de plusieurs plumes différentes, pour préparer le lectorat au changement de look et de mission. Pas un mot sur les coupures.

«Le journal passera d’observateur à acteur de sa communauté, peut-on lire. Il quittera le banc pour sauter sur la glace et aider l’équipe dont vous faites partie.»

«C’est d’ailleurs le même jargon qui est utilisé à l’interne pour nous présenter notre nouveau rôle, explique Benoît Leblanc. On ne nous présente plus comme des journalistes, mais comme des animateurs et coordinateurs de vie de quartier! On va parler souper spaghetti, tournoi de pétanque et autre petite activité quotidienne. En réalité, il ne se fera plus de journalisme dans les hebdos de TC Media à Montréal.»

Revenir en arrière?

À moins que l’employeur ne succombe à la pression. Lui, avance des raisons budgétaires pour justifier ces compressions. Un prétexte auquel le syndicat ne croit pas, les salaires de la rédaction ne représentant que 6% des dépenses.

«Quelles que soient ses raisons, TC Media est une entreprise libre et autonome, note François W. Croteau. Nous pourrons voter toutes les motions du monde pour tenter d’influer sur sa décision, au final, c’est à elle d’en décider. La campagne électorale va bientôt démarrer et il y aura beaucoup de choses à analyser, poursuit-il. Les enjeux, les candidats potentiels, les programmes, etc. Ces coupures arrivent au moment où la population va vouloir être le plus informée. Et même si la compagnie accepte de revenir en arrière, je ne vois pas comment elle pourrait le faire avant l’échéance électorale.»

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