La course Évasion autour du monde est en route depuis bientôt deux semaines et entrera en onde dimanche à 18h au canal Évasion. Il s'agit d'une compétition mettant en vedette dix jeunes reporters qui parcourront neuf destinations surprises au cours de l'automne. ProjetJ.ca a rencontré leur accompagnateur, le reporter et animateur François Bugingo, ancien vice-président de Reporters sans Frontières.

La course Évasion autour du monde est en route depuis bientôt deux semaines et entrera en onde dimanche à 18h au canal Évasion. Il s'agit d'une compétition mettant en vedette dix jeunes reporters qui parcourront neuf destinations surprises au cours de l'automne. ProjetJ.ca a rencontré leur accompagnateur, le reporter et animateur François Bugingo, ancien vice-président de Reporters sans Frontières.

De quoi va ressembler une semaine type de la course?

Le premier jour on quitte le pays. Les candidats apprennent leur prochaine destination et en discutent dans l'avion. Le deuxième jour, je fais un briefing de rédacteur en chef et ensuite ils disparaissent de leur côté. Certains vont choisir de rester autour de la ville, d'autres décideront d'utiliser leur budget pour s'éloigner. Je les retrouve à la date de remise de leur reportage qui sera diffusé sans montage supplémentaire de l'équipe de production.

Tout au long de la semaine, les candidats peuvent m'appeler pour me dire où ils en sont, mais pas pour me demander des informations. On les surveillera sur l'éthique et la déontologie, par exemple il leur est interdit de payer pour obtenir une information. Tout au long de la semaine, deux cameramen les suivront. On ira d'une équipe à l'autre selon les informations qu'on aura à leur sujet.

Quels sont les enjeux d'actualité internationale que vous souhaitez retrouver dans les reportages?

Je ne veux pas que ce soit une émission de François Bugingo. J'en envie de jouer le rôle d'un véritable animateur en étant un passeur, en mettant en vedette les jeunes qui font la course. Si à la fin, le téléspectateur à l'impression d'avoir vu une émission de François Bugingo, honnêtement, pour moi ce sera un échec. Je demanderai aux juges d'être extrêmement sévères à ce sujet.

Nous avons choisi dix jeunes parmi 600 candidats. Ce sont dix individus qui ont dix regards différents, dix signatures originales, dix manières d'aborder la société et j'ai envie qu'on le retrouve dans leurs reportages. Quant aux pays, on les a choisis sur base régionale. L'idée est de faire en sorte qu'on retrouve de tout, qu'au bout de la course, on est eu des expériences urbaines, de jungle, de destinations à priori touristiques ou à priori classiques parce que tout le monde a déjà été dans ce genre de pays. Le pari c'est que les dix jeunes nous offrent 90 manières de voir les neuf pays qu'on va visiter.

La couverture de l'actualité internationale a été très meurtrière ces derniers mois. Quels pays allez-vous éviter?

Bagdad, Tripoli, l'Iran, la Syrie et l'Afghanistan ne sont pas sur notre route, mais ce ne sera pas une promenade de santé, il va y avoir des défis importants. Ils porteront non pas sur l'information en tant que telle, parce qu'aujourd'hui on ne manque pas d'information internationale, mais sur la façon de la couvrir. On veut amener les jeunes à trouver des sujets inusités, à mettre la lumière sur des angles inédits, pour que le public apprenne quelque chose de nouveau sur un pays déjà couvert.

Il y a un seul pays qui va poser un challenge assez drôle. C'est un pays qui mesure 8 km2. Ça va être un défi géographique exceptionnel. Sur le territoire les candidats vont se voir, savoir sur quoi les autres travaillent, être tentés de s'imiter. On va être dans une dynamique de promiscuité absolue. La signature et l'imagination vont vraiment se révéler dans ce contexte. À mon avis, c'est essentiel pour se démarquer comme journaliste aujourd'hui dans une époque où 10 000 nouveaux clips paraissent sur YouTube à la seconde.

Les habiletés que les candidats acquerront pendant la course répondent-elles aux besoins des médias actuels?

Tout à fait, parce que ça met sur le marché des journalistes qui seront capables de tout faire autant au plan journalistique que technique. C'est l'avenir du journalisme télé. On n'aura plus de grosses équipes télévisuelles avec un cameraman, un preneur de son, etc. Par ailleurs, on a besoin de signatures inédites, de gens qui ont une capacité à émouvoir, à accrocher le public.

J'estime que la grande faillite du journalisme international c'est que nous avons longtemps frimé. Nous faisions exprès d'utiliser des expressions que personne ne comprend, de nous donner des airs de baroudeur blasé qui a tout vu, tout fait, qui ne peut plus rire parce qu'il revient de Bagdad. Pourtant, même à Bagdad, il y a de la vie, il y a de l'amour, il y a des viols, des mariages, des divorces. Les gens veulent qu'on les connecte à cette humanité. Si nos jeunes journalistes arrivent à montrer cette humanité, ils vont réussir où beaucoup ont échoué.

Le journaliste international a longtemps été la vedette occidentale dans un pays en développement. Il se plaçait dans la position où c'était lui la nouvelle et où le drame local ne servait que de tapiserie. Avec la course, on veut revenir à la base, au journalisme d'immersion où la vedette c'est l'histoire qu'on raconte.

Y aura-t-il de la place dans les médias québécois pour ces jeunes à leur retour?

Oui, je pense que le Québec a un potentiel d'absorption. La course précédente a fabriqué des éveilleurs de conscience extraordinaires et il y a encore un besoin pour des voix originales. Mais quand bien même les médias québécois ne les embaucheraient pas, le marché est mondial aujourd'hui. Un journaliste qui a une signature qui touche les gens peut regarder au-delà des frontières. Ceux qui se démarqueront pourront frapper à la porte de CNN, de TF1 ou de la BBC.

 

La course Évasion autour du monde revisite la Course destination monde de Radio-Canada diffusée entre 1988 et 1999. Son jury sera composé de François Parenteau, membre des Zapartistes et participant de l'édition 1994-1995 de la Course destination monde, de Nathalie Petrowski chroniqueuse à La Presse, de Marcel Jean et Jean-Claude Labrecque, tous deux producteurs, réalisateurs et scénaristes.

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